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Paris Damas une longue histoire de bombardements

Bombardement de Damas 19 octobre 1925 par les troupes françaises

Bombardement de Damas 19 octobre 1925 par les troupes françaises

Peu de canaillophiles (et même audelà) connaissent Michel Peyret.

 

L'homme est discret, mais ce qu'il distille avec constance sur la toile est un coffre de pépites de références politiques philosophiques historiques qui aident à se construire un référentiel pour les débats d'idées et surtout  est un arsenal de munitions pour abattre les murs du dogmatisme ou les remparts des renoncements.

 

Ses sources sont multiples. Seul un examen rigoureux assure le passage vers la diffusion.

 

Sa dernière livraison nous rappelle combien le chemin de Damas, pavé du bleu horizon au rose bon teint est un itinéraire de délestage pour les navires et bombardiers et artilleurs français.

 

Le 18 octobre 1925,  Damas est considérée comme "territoire rebelle". La loi martiale est instituée, et Gamelin, commandant en chef des "forces françaises au levant" est chargé de "mener à bien la pacification" . Il va pour cela utiliser l'artillerie pour écraser la résistance.

 

La ville est bombardée pendant trois jours, et un incendie embrase le 20 octobre une zone de 45 000 mètres carrés.

Place à l'ami Michel :

 

Quand le Cartel des Gauches bombardait Damas

 

Ce ne sera qu’en 1936, conclut l'article, avec une grève générale de cinquante jours conduite par les travailleurs de Syrie que Paris sera forcé d’entamer des négociations pour reconnaître l’indépendance du pays dont la France, officiellement, n’était que « mandataire ». Soit dit en passant… le gouvernement de l’époque, celui de Léon Blum, du Front Populaire, refusera de ratifier le traité. Comme quoi, entre la gauche (colonialiste) française et le Proche et Moyen-Orient, c’est une longue histoire.

Bien sûr, on ne peut dire que l'histoire est un perpétuel recommencement, ce serait nier toute possibilité d'évolution, mais il faut reconnaître que certains font tout de même preuve d'une grande persévérance ! Au moins d'intention !

Michel Peyret

lundi 30 septembre 2013

 

Occupation coloniale et révolte : la Syrie en 1925

CT

La Première Guerre mondiale se livre aussi sur le front proche et moyen-oriental. Français et britanniques ont réussi à faire reculer l’armée ottomane en s’appuyant sur les troupes hachémites du Hedjaz, à qui Paris et Londres (et un certain Lawrence d’Arabie…) ont promis l’indépendance et la constitution d’une grande nation arabe. Mais en sous-main, dès 1916, avec les accords Sykes-Picot, la France et la Grande-Bretagne se sont mis d’accord pour dépecer l’ancien empire ottoman et se répartir le butin en s’asseyant sur les promesses faites à leurs alliés arabes.

 

 

La Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU actuelle, leur donne raison à la Conférence de San Remo, en 1920. Londres devient puissance mandataire de la Palestine, de la Transjordanie et de l’Irak et Paris reçoit les actuels territoires syrien et libanais sur lesquels la bourgeoisie française lorgnait depuis des décennies, souvent au nom de la « défense des chrétiens d’Orient », mais surtout pour écouler ses marchandises, réaliser des affaires et étendre sa sphère d’influence.

 

Pour commencer, Paris fragmente et divise le territoire en plusieurs provinces (Etats de Damas, d’Alep, État des Alaouites, du djebel druze et territoires de Lattaquié et d’Alexandrette), pas tant pour des raisons géographiques que pour mieux s’imposer, en instaurant des divisions là où il n’y en avait pas auparavant et en exacerbant les séparations religieuses et communautaires là où elles existent.

Les troupes mandataires, elles, se comportent en armée coloniale. Elles lèvent l’impôt et ont mis de côté tous ceux qui, sous la tutelle ottomane, jouaient un rôle central dans l’administration. Paris réussit ainsi à faire passer la population syrienne de la défiance à la franche hostilité et à générer, y compris chez les grandes familles les plus disposées à négocier avec Paris, rancœurs et frustrations.

C’est dans ce cadre qu’une délégation de notables druzes est chargée en 1925 de porter leurs doléances au Haut-commissaire français en poste à Beyrouth. Non seulement le général Maurice Sarrail ne les reçoit pas mais il les fait tout bonnement arrêter. Il n’en faut pas plus pour mettre le feu aux poudres. La révolte qui commence tout d’abord dans le Djébel druze s’étend rapidement et déborde même du côté libanais. Au cours de l’été 1925, après que le sultan Al-Atrash se porte à la tête des insurgés et déclare la « révolte contre la France », les troupes coloniales essuient un certain nombre d’échecs cuisants.

Pour reprendre le contrôle de la situation, avec la bénédiction, encore une fois, de la Société des Nations, le gouvernement français conduit par le Cartel des Gauches décide d’envoyer des renforts pour reprendre le contrôle des campagnes (où une guerre de guérilla se poursuit jusqu’au printemps 1927) et de bombarder les villes qui refusent de se soumettre. Ce sera le cas, notamment, de Damas, Homs et Hama. La « pacification » de certains quartiers de la capitale n’interviendra pas avant le printemps 1926.

La « révolte druze » qui a dépassé, et de loin, les strictes limites communautaires dans laquelle les autorités coloniales avaient voulu l’enfermer, n’est pas un cas à part à l’époque. Toute la région actuellement secouée, d’une façon ou d’une autre, par « le printemps arabe », est marquée par la multiplication de mouvements de lutte contre le colonialisme, que ce soit dans le Rif marocain avec la rébellion d’Abdelkrim contre l’Espagne et la France, entre 1921 et 1926 (où les troupes françaises utilisent du gaz moutarde contre les populations rifaines) ou encore celle d’Omar Al-Moukhtar contre les troupes italiennes en Libye entre 1928 et 1931.

Dans le cas syrien, maniant le bâton et la carotte et surtout après la dévastation des campagnes, le bombardement des villes, le déplacement des populations et un pays à genoux, Paris fait quelques concessions en direction du mouvement national qui, militairement, n’a pas pu faire le poids face aux 50.000 hommes envoyés par la France pour faire plier Al-Atrash.

Ce ne sera qu’en 1936, avec une grève générale de cinquante jours conduite par les travailleurs de Syrie que Paris sera forcé d’entamer des négociations pour reconnaître l’indépendance du pays dont la France, officiellement, n’était que « mandataire ». Soit dit en passant… le gouvernement de l’époque, celui de Léon Blum, du Front Populaire, refusera de ratifier le traité. Comme quoi, entre la gauche (colonialiste) française et le Proche et Moyen-Orient, c’est une longue histoire…

 

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