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Suicides regrettables ou plutôt des petits meurtres refléchis entre amis ?

 

Après les articles de l'huma puis l'explosion journalistique autour des suicides de FT, malheureusement il faut déjà compléter avec ceci qui est tiré du Parisien Libéré du 10 et de libé du 11 octobre 2009 :

 

Du PL :… la SNCF, qui a mis sur pied en 2008 avec les syndicats un observatoire des conditions de vie au travail, a mené en 2006 et en 2009 une enquête épidémiologique la plus vaste jamais conduite en Europe auprès de plus de 10 000 de ses agents. Résultat ? Sur une échelle de 1 à 12 mesurant le stress au travail, les cheminots se situent en moyenne à 2,6. Ce qui correspond exactement à la moyenne nationale.

 

De Libé en ligne le 11 octobre : Suicidé par injection. Dans la nuit du 13 au 14 septembre, Philippe R. (1), 32 ans, interne en anesthésie-réanimation, est retrouvé mort dans sa chambre de garde de l’hôpital Lariboisière à Paris, une seringue à ses côtés.

Durant l’été, un infirmier, puis un ouvrier de l’établissement Saint-Louis, ont tenté de mettre fin à leurs jours.

Les mois précédents, une secrétaire de la Pitié-Salpêtrière, en conflit avec sa hiérarchie, se jetait sous un train ;

Un agent technique de Trousseau se poignardait dans les couloirs de l’établissement, un agent de maîtrise se pendait à l’hôpital Robert-Debré.

Sans remonter plus en amont, Estelle, 34 ans, cadre à l’hôpital Bichat, se pendait chez elle pendant l’été 2008 : la direction de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) réglait peu après à sa famille un stock de 200 jours de repos non pris et d’heures sup…

Au total, une dizaine de suicides ou de tentatives ont émaillé la vie de l’AP-HP depuis près d’un an. Autant de cas dont le contexte ou les témoignages des proches laissent suggérer un lien avec le travail.

 

Deux ou trois observations qui alimentent la colère:

Ces vagues proviennent d'espaces sociaux où la question du suicide était jusqu'à nos jours plus qu'extrêmement marginale, souvent dans des professions qui ont toujours côtoyé coups durs, stress et mobilisations individuelles et collectives pour affronter des situations lourdes, des événements pesant, même des catastrophes. Cette disponibilité permanente en toute situation est d'ailleurs un des points qui historiquement porte la légitimation des formes contractuels du travail dont le statut des personnels.

Les fonctionnements des services publics ont  formé des savoir faire, construit les conditions de leurs transmission et leur modernisation. La gestion par objectifs de rentabilité imposés par les politiques libérales est plus qu'une fracture. Comment expliquer hors de cette casse de la structuration sociale et une rupture avec les objectifs des entreprises et administrations touchées que la mort en série des agents et employés soit aujourd'hui un fléau majeur. Combien, d'enseignants en dépression internés pour déroute psychique, combien de suicide parmi le corps enseignant ?

Cet observatoire des conditions de vie et de travail à la SNCF cité par le Parisien n'a pas germé un beau jour dans un coin moins stérile du cerveau d'un technocrate de la direction de la SNCF de FT ou des autres administrations, il a été imposé par la représentation du personnel, s'appuyant sur les salariés devant le constat des conséquences des restructurations engagées à marche forcée dans l'entreprise.

Deuxio, quand une question devient objet d'étude épidémiologique c'est qu'on a dépassé le cap des situations marginales.

Qu'on puisse arriver à étalonner un niveau de risque et d'y affecter une moyenne globale d'une population de plus de 150 000 salarié à partir d'un échantillon de 10 00 montre l'urgence non pas seulement d'endiguer les suicides ce qui est un impératif mais surtout d'éliminer les causes.

Notons au passage que le stress au travail moyen approcherait de près à 25% de la hauteur de l'échelle d'étalonnage. Est-ce à dire qu'ils s'octroient encore de la marge ?

Souvenons-nous des suicides en série en GB lors de la privatisation de British Rail, les catastrophes en série et la culpabilisation des exécutants par le haut de leur hiérarchie.

Et une question n'est nulle part posée :

Renault F.T. la Poste, l'EN, EDF DDE DRE SNCF, APHP etc.? Oui bien sur cela s'appelle le passage en force. Cela n'épargne pas la police et ni même la gendarmerie semble –t-il.

Comment les stratèges de l'école des guerres sociales qui harcèlent depuis les DRH font-ils le lien entre la casse des repères et des valeurs et conception de services publics qui sous-tendent l'exercice professionnel de toutes les branches concernées :

En vérité, ils le font ce lien mais toute leur énergie est tendue à le masquer comme symbole de la faillite économique sociale et sociétale de leur crédo de la rentabilité financière pour continuer leur démolition. Ils sont aidés en cela par un déploiement idéologique formidable. N'est-ce pas Laurence Parisot, patronne du Medef qui a déclaré lors de son soutien au C.PE. " « La vie est précaire, l’amour est précaire pourquoi pas le travail ? ».

 Il faut le dire et le redire, regardons aussi sur une longue durée, il s'agit, pesons les mots, d'un génocide social : ils créent les conditions de la mort en série tout en se protégeant de la responsabilité judiciaire et légale. Le dossier de l'amiante démontre leur cynisme et éclaire les complicités institutionnelles.

Cela nous attrape aussi par le col: N'avons-nous pas eu de grandes cécités lors des restructurations antérieures : sidérurgie, textile, mines et automobile, chimie etc. ? Sans parler des liens familiaux délités, du tissu social explosé, combien de ces mutilations, disparitions mal évaluées. Ne serait-il pas temps que le mouvement syndical change de braquet  sur ces questions, public comme privé (que dire des pratiques "managériales "dans le commerce, la santé privé les PME et PMI où l'activité est liée au rendement imposé par les même donneurs d'ordres qui tuent dans les grands groupe à l'image du BTP etc.) avant que les cimetières se garnissent de carrés des assassinés du travail comme il y a des carrés des fusillés ?

Peut-être aussi la pression pour qu'ils cessent a-t-elle besoin de fortement  s'intensifier et de grandement se diversifier pour avoir une réponse au moins au niveau de la violence subit.

Le Canard Enchainé de cette semaine écrit que ce qui a fait bouger le gouvernement "c'est moins la peur des morts à venir dans le personnel" que de voir des hauts dirigeants de FT devoir concrètement rendre des comptes (la citation est plus… croustillante).

Si c'est le seul langage qu'ils comprennent…

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