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Grain de sel sur les élections professionnelles à la SNCF

 

                            
Et en musique si vous le désirez 

Ayant été sollicité de diverses manières pour donner son opinion sur les résultats des élections à la SNCF, outre le conseil de consulter les analyses que mène la fédération CGT, ses communiqués et les travaux de son conseil national, La Canaille se risque à porter appréciation singulièrement sur les conditions dans lesquelles le vote à eu lieu et fait part de deux ou trois réflexions que cela lui inspire.

 

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Un peu de recul le temps de regarder les résultats et de réfléchir un peu.

Une satisfaction mitigée à propos des élections professionnelles à la SNCF. Elles me posent questions, la lecture de la Tribune du Cheminots ne répond pas encore à toutes.

Pas pour porter de derrière son clavier comme chasseur caché dans sa palombière des sentences, appuyées de conseils ; une pratique contraire à une conception de la vie démocratique. Et de plus, pourquoi l'adopter comme retraité quand on la condamnait à juste titre en activité ?

Plutôt des interrogations, une tentative de compréhension voire des pistes d'explications qui sont à contester, approuver ou ignorer séparément ou en liens les unes les autres.

D'abord dire que le résultat est certes lié à un bilan d'activité mais un bilan dans un contexte qui pèse sur celui-ci et la lecture à en avoir.

Durant ce mandat, les cheminots n'ont cessé d'agir seuls comme profession ou rassemblés avec d'autre travailleurs contre une avalanche de mauvais coups portés avec une brutalité rarement connus en temps de paix sauf pour les générations qui ont vécu les répressions de l'époque de la guerre froide. Il a fallu se battre contre des décisions ET clarifier les causes des choix qui les pilotent. Y compris la responsabilité de ceux qui se présentent du bout des lèvres comme soutient ou participant à ces luttes pour se refaire une virginité devant les diverses échéances à venir …dont les élections, toutes, professionnelles comprises.

Dans ses conditions, décider d'exprimer sa citoyenneté dans l'entreprise est déjà un acte de contestation et le fort taux de participation malgré une nouvelle progression des abstentions est indicatif du refus des pressions mais aussi de la prégnance de celle-ci.

Deuxième idée, l'écart qui toujours important voire qui par endroit se creuse entre le vote CGT au CE et DP au détriment du résultat du premier indique un besoin d'outil de gestion des activités sociales en proximité avec les lieux de travail et les bassins d'habitat et d'emplois.  Cela d'autant plus qu'ils sont frappés de plein fouet par la politique du capital, de l'UE et son pouvoir : casse industrielle, privatisations des activités de service public fermeture des pivots sociaux que sont écoles, hôpitaux, postes, gares etc. Situations qui demandent des réponses qui s'écartent de celles, simplistes et contraires aux intérêts populaires, portées par les OS d'accompagnement de la crise.

Lors de son recours contre les premiers CE (au nombre de 327) après la mise en place de la LOTI qui les avait créées, cette question était déjà pendante. Ceux qui ont poussé dans le sens de l'éloignement (FO) ont pour les uns perdu leur représentativité. D'autres durablement compromis avec la direction ont quasiment été rayé de la carte. On ne s'en plaindra pas ici. Les restructurations voulues par l'entreprise ont sans aucun doute intégrées cette dimension pour affaiblir les capacités de mobilisation des cheminots. Contre les choix politiques qui explosent la SNCF, éloigner les centres de décisions de la présence des salariés, tenter de couper les élus de leur bases sociales est la reprise d'une vieille stratégie patronale qui atteint sa pleinitude avec ces comités de groupe européens qui sont à des années lumière des préoccupations des salariés. A la SNCF, ce n'est que la reprise des pratiques de l'UIMM, la SNCF n'ayant jamais cessé de cotiser au CNPF puis au Medef quelques soit le gouvernement.

Le positionnement de fond de la CGT pour défendre une conception de service public en phase avec les attentes des populations et les moyens en personnels et matériels pour y répondre est un obstacle pour le pouvoir et la direction. Cette position structure pour une grande part le vote CGT et explique le différentiel avec l'organisation arrivée en deuxième position.

Cela dit la recomposition des syndicats réformistes, plutôt que de dire "naturellement consensuels", pose une série de questions dont les réponses se trouvent pour partie…dans la CGT, mais pas circonscrites à la collectivité cheminote et sa fédération CGT.

Cela pose la question des stratégies des directions au plan confédéral qui ont concouru à chaque fois par une conception du rassemblement autour des sigles et non du contenu revendicatif à un brouillard sur les positions de fond. Divergences dans les analyses et solutions que chacun porte sur la nature et l'organisation de la crise et donc sur les contenus revendicatifs. Entre les assemblées générales et piquets de grève qui sont la réalité du mouvement et les déclarations de tel ou tel dirigeant national sur le perron de l'Élysée, les avis se sont montrés comme très éloignés. Ils portent de vives discussions durant les phases aigües des conflits qui ne sont pas un secret. La fédération CGT des cheminots en a fait état dans ses structures et dans les instances confédérales. Les rapports des CE fédérale, les communiqués du BF des cheminots d'une part celles au CCN et les communiqués non pas du Bureau Confédéral mais de sa coordination éclairant la nature du débat. A dominé une orientation, non partagée à la base, qui a servi à revirginiser des organisations, CFDT en tête, compromises à chaque moment crucial dans les mauvais coups, d'autres pratiquants une surenchère permise par la volonté affichée de préserver une forme d'unité qui ne résistait pas à la nature des exigences sur le terrain. A noter que ce positionnement de SUD, pour la première fois, ne l'a pas servi. D'autres dans l'espace réformiste tirent les marrons du feu.

Dès lors qu'une absence sur le terrain et un flou dans les objectifs leur permet de se recomposer une image, ils s'engouffrent dans la brèche qui leur est offertes (remarquons, sauf erreur que l'écart entre CE et DP est plus mince voire inversée chez les réformistes. Ce qui tend donc d'une part à crédibiliser le syndicalisme de proximité, y compris dans la façon de mener l'action devant les stratégies nationale peu ou pas débattues au CCN de la CGT et d'autre part de regarder cette question des périmètres géographiques des instances de représentation comme enjeu démocratique. Notons que c'est le même débat que celui imposé par les attaques contre les bourses du travail et donc l'hébergement des UL et UD par le pouvoir et le patronat.

A lire "Le Peuple" (pour les non syndiqués CGT qui lisent ce papier, "le Peuple est historiquement la publication officielle de la CGT) les fédérations qui sont à la pointe de l'action ont montré et subi les limites et les risques de cette stratégie d'union déconnectée des contenus revendicatifs et de ceux qui les portent. La CGT chez les cheminots ne paient-elle pas ces errements ?

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Ce différentiel entre vote CE et DP, il faut y revenir, marque aussi en creux les attentes sociales liées à la chute du pouvoir d'achat qu'en l'état de leurs moyens, sauf en répartissant la pénurie au détriment du rôle réel et social des CE comme prévue par le Conseil National de la Résistance qui préside à leur mise en place, ils ne peuvent avoir. Les réponses par ce biais ne s'en prendraient pas aux causes réelles de la crise, la géreraient ; ce que propose allègrement le club des signataires coutumiers.

Pour éclairer ce débat, si on en croit les comptes officiels de la SNCF le total des salaires perçus par l'ensemble des cheminots actifs en 2009 a été de 8 707 000 000 € de salaires pour la totalité des salaires des 162 000 cheminots, portant une augmentation en masse de 0,8% par rapport à 2008.

Si on en croit aussi la presse économique (et donc patronale), en 2010, les patrons du CAC 40 se sont partagés en salaires divers la somme de 98 300 000 d'€ (nous parlons de leur seule part "salariales", hors dividendes aux actionnaires, provisions pour risques divers, stock-options et autres détournements divers via les niches fiscales et spéculatives). Leur variation n'est pas connue par rapport à l'année 2009.

La totalité des salaires de ces 240 "CAC sic" est égal à 12% des salaires de ces 162 000 salariés de la SNCF. 

Tant que cette réalité, dédiée à tous ceux qui s'interrogent sur la réalité de la lutte des classes et n'auront pas décidés d'y prendre leur part, ne soulèvera pas d'indignation, quelle rassemblement construire ? L'Union là encore est un combat. Ne pas faire de l'action contre les inégalités sociales la priorité, ne pas gagner les moyens de répondre aux exigences revendicatives est dans les orientations habituelles de ceux qui nous laissent à chaque fois tomber au milieu des luttes pour inaugurer le stylo que leur offre tantôt le MEDEF tantôt l'Élysée (parfois les deux ensemble à l'occasion des diners du "Siècle").

Une autre question est prégnante. S'il faut se réjouir de voir confortée l'influence de la CGT dans le deuxième et troisième collège, qu'elle soit à un résultat égal ou à peine supérieur au deuxième que dans le premier n'est pas sans poser des questions. Évidement, avec une CGT à 60% dans le premier collège, la question ne se poserait pas ainsi. Mais quand la barre est vers les 40% l'analyse est différente.

Dans les catégories aux conditions de travail les plus dégradées par les restructurations, aux salaires les plus bas et souvent au regard des déroulements de carrière statutaires là où sont les jeunes en plus grand nombre, la CGT n'engrange pas les fruits d'une action permanente pour les revendications alors que ce sont des catégories qui ont été massivement dans l'action. N'est-ce pas un des gisements d'une abstention parmi ceux-ci ?

Les luttes revendicatives menées depuis des années, par le jeu des examens et la reconnaissance des compétences professionnelles ont fait qu'une part importante du collège exécution accède en fin de carrière au deuxième collège ; on ne va pas s'en plaindre au contraire. Il ne s'agit donc pas en soit d'un affaiblissement du vote "ouvrier-employé" mais ces promotions ne masquent-elle pas la profondeur des reculs du pouvoir d'achat qui frappent plus brutalement les plus jeunes de la catégorie, eux qui ont été parmi les plus déterminés et qui se posent le plus de question sur la stratégie adoptée durant les conflits qui ont marqué ces deux dernières années ? Ils ne sont pas allé voter pour les impasses ou les abondons à partir de leur pratique concrète des luttes, mais ils sont plus nombreux dans ces catégories à s'être abstenus. Cela ne rejoint-il pas la question de la nature de l'écart entre vote CE et DP ?

Pour rappel, la paie d'un élève conducteur ELCR hors primes et sujétions en 1981 était de 2.2 fois le SMIG alors que la paie d'un équivalent CRLP fin de carrière en 2011 hors primes et sujétions peine à atteindre hors prime les deux fois le SMIC. Pour un OK de 1981, 1.5 fois le SMIG, un équivalent OKP de 2011, c'est 1.3 SMIC. Or le SMIC lui-même a un pouvoir d'achat qui a été laminé sur la même période. Ce sont les plus jeunes qui sont le plus brutalement frappés.

Questions :

Sommes-nous (toute la CGT) en phase avec le niveau de la colère et la traduction revendicative en matière de salaires, reconnaissance des qualifications dès l'embauche (valeur du point et positionnement sur la grille, quid de l'évolution de celle-ci ?) La barre confédérale fortement dépendante de pressions extérieures à la CGT rassemblant autour d'un smic à 1600€ (qui fixe le point 100 des grilles) est-elle à la hauteur les pertes subies et des exigences des salariés ?

L'absence d'un indice des prix calculé par la CGT, à défaut d'un avoir un de négocié, ne laisse-telle pas désarmés les syndiqués et les salariés pour mener le combat pour les salaires et le PA qui est la base du combat quotidien ? N'est-il pas urgent d'en redéfinir un qui unifierait les salariés hors consensus et signatures de complaisances autour d'objectif rassembleur, en phase avec les besoins réels ? Les salariés et l'efficacité de leurs luttes ont tout à y gagner.

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Il ne s'agit que de questions qui de mon point de vue demande examen, qui doivent être éventuellement réfutées si elles ne sont pas en phase avec la réalité, intégrées dans le débats global pour reconstruire des issues revendicatives débattues avec les syndiqués et les cheminots en particulier.

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<br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Lorsque nous avons su les résultats, j'ai de suite remarqué l'écart grandissant entre les CE et les DP.<br /> Les candidats aux DP, on les connait, on les côtoie chaque jour au boulot. Ce que veulent les gens, c'est voter pour des futurs élus qu'ils pourront contacter rapidement en cas de besoin<br /> urgent.<br /> Le taux d'abstention est élevé parmi le personnel de l'exécution qui est de toutes les luttes et de loin le plus combatif.<br /> Certes, la CGT progresse dans l'encadrement, c'est bien mais ce n'est pas là qu'est le fer de lance des luttes ouvrières à la SNCF.<br /> Ce qu'il faut surtout constater, c'est qu'à chaque élection, la CGT recule à l'exécution, cela a une profonde signification qui ne cesse de m'interpeler.<br /> Que les cadres progressent, on ne va pas s'en plaindre mais cette avancée est loin d'être aussi conséquente que l'est notre recul à l'exécution. Sans faire d'excès d'ouvriérisme, à la SNCF, il y<br /> a toujours eu et il y aura toujours un fossé qui ne se comblera jamais entre les cadres et l'exécution. Je ne parle pas des maitrises et petits cadres, je parles de ceux que l'on ne voit guère<br /> dans les luttes parce qu'ils n'ont pas cet esprit de luttes de classe qui habite les gens de l'exécution.<br /> <br /> <br /> <br />