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Extrême droite, repoussoirs et stratégie assassine des agents du capital

 http://www.lexpress.fr/pictures/208/107005_des-membres-du-gud-defilent-a-paris-le-8-mai-2011-contre-la-mondialisation.jpg

Pour qui roulent-ils, qui leur permet de rouler ?

 

Pour cause de désert informatique local, Canaille le Rouge n'a pas été d'une extrême réactivité au moment de l'assassinat de Clément Meric. Un commentaire sur l'évènement n'en fera qu'un de plus qui ne pourra que confirmer la dénonciation des fascistes, l'exigence de leur éradication par tous les moyens politiques idéologiques et réglementaires (ils ne sont pas une opinions mais au regard des attendus de Nuremberg un crime) reste un impératif qui semble toujours devoir être rappelé.


Par contre revenir sans cesse sur le terreau où la fange se repend, qui l'alimente le finance, qui fait sont lit est indispensable et à constamment reprendre et actualiser.


L'article Charles Hoareau dans "Rouge Midi" donne un bon coup de projecteur dans ce massif des plantes vénéneuses et aide à y voir clair. Après sa lecture, La Canaille y apporte deux ou trois observations qui peuvent compléter le propos de Charles.


 

 

La bête immonde et les apprentis sorciers

vendredi 7 juin 2013 
par  
Charles Hoareau 


 

Au lendemain de la guerre de 39/45, le peuple se libérait aux cris de « plus jamais ça ! ». Bertolt Brecht avait beau avoir écrit « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde » on se refusait à croire que cela pouvait revenir chez nous. On pensait le fascisme réservé à l’Amérique du Sud où il régnait en maître sur tout le continent. L’éducation, l’histoire devait suffire pensait-on souvent.

Après plus de 30 ans de luttes, débarrassée de la droite et de sa politique de régression sociale, la France de 1981 pouvait croire que la gauche allait « changer la vie ».

Hélas, il y eut le « tournant de la rigueur » de 1983 où l’on vit un gouvernement tourner le dos à son anticapitalisme claironné au lendemain de 1968 [1].

Reprendre les mêmes recettes que le gouvernement précédent, faire payer le travail et non le capital, la différence entre gauche et droite devenait diffuse, il fallait recréer un clivage.

C’est là que Mitterrand a fait le choix stratégique de ressortir Le Pen des poubelles de l’histoire afin de lui donner visibilité et crédibilité. Invité à de multiples reprises des plateaux de télévision bien que représentant moins d’1% de l’électorat, il put soutenir ses thèses nauséabondes réhabilitées de fait par le pouvoir et les médias obéissantes au nom de la liberté d’expression. Ce fut l’époque où l’on vit fleurir pour la première fois sur les murs des campagnes électorales ce slogan machiavélique : « le PS ou l’extrême droite, c’est vous qui choisissez » .

La fausse alternance droite gauche, des choix économiques de plus en plus semblables et antisociaux, un pays s’enfonçant dans la crise, une UE de plus en plus totalitaire et niant la souveraineté populaire, ont creusé le lit de la montée du fascisme à laquelle nous sommes confrontés.

Récemment le discours médiatique sur la montée des « extrêmes » pour qualifier tout refus d’accepter les délocalisations ou les attaques sur la protection sociale, comme si la seule voie « raisonnable » possible était la soumission au capital ont encore aggravé le phénomène.

La CGT des Bouches du Rhône a bien raison d’écrire « Cette violence entretenue par l’extrême droite, sur un terrain de crise sociale doit être éradiquée et sanctionnée. Les responsables politiques de notre pays ont le devoir d’agir face à l’idéologie de la haine de l’autre. 
Cela passe nécessairement par une politique qui réponde aux exigences sociales du monde du travail.
 
En effet, la situation est grave, austérité, chômage, misère ne font qu’enraciner ces discours d’extrême droite qui alimentent les tensions, la xénophobie et le racisme, l’homophobie et les violences pour en arriver à des drames inacceptables… ».

Ce n’est pas d’aujourd’hui que datent ces groupes fascistes qui s’en prennent régulièrement aux arabes, aux noirs, aux roms, aux travailleurs en lutte… et plus généralement à celles et ceux qui ne pensent pas comme eux, sans que cela ne fasse forcément autant de bruit que cette fois-ci. Dissoudre les groupes d’extrême droite, si tant est que cela serve à quelque chose, ne suffit pas, c’est le terreau sur lequel ils se développent qu’il faut éradiquer. On ne combat pas une idée en l’interdisant mais en la combattant par des idées dont les actes et les faits démontrent la validité.

L’histoire récente montre assez que la stratégie Mitterrandienne avec laquelle le PS n’a jamais rompu, loin d’affaiblir l’extrême droite l’a renforcée et ses liens avec la droite « décomplexée » se sont affirmés comme jamais sous le quinquennat précédent. On avait bien vu dans les années 80 des alliances électorales droite/FN au nom de l’anticommunisme, mais sous Sarkozy un pas supplémentaire est franchi, c’est sur le terrain des idées que le rapprochement se fait sentir au point de ne plus voir sur certains points (le racisme en particulier) où est la différence entre la droite et son extrême.

Si ce gouvernement à son arrivée avait augmenté le SMIC de 30% et s’était opposé aux fermetures d’entreprises en les réquisitionnant pour en donner les clefs aux salarié-e-s, les opposants au mariage pour tous auraient-ils pu avec tant de facilité développer leur discours homophobe face à une loi censée représenter à elle seule le retour du clivage gauche/droite ?…Ce qui en plus est faux quand on voit la couleur politique des gouvernements qui de par le monde ont adopté une loi semblable.

Le fascisme ne se combat pas avec les bons sentiments mais avec une politique de progrès social faite par et pour le monde du travail. Il en va ainsi des quartiers populaires en manifestation le 1er juin, comme des jeunes épris de liberté et d’antiracisme.

Le capitalisme qui condamne à la mal-vie et au chômage des quartiers entiers, est directement responsable de la mort des jeunes tombés dans les trafics comme il est responsable de la montée des haines fascistes dernier rempart du maintien de son ordre. Celles et ceux qui, ayant le pouvoir, ont cru pouvoir jouer aux apprentis sorciers avec l’extrême droite pour masquer leurs renoncements à attaquer le mal à la racine portent une lourde responsabilité dans la situation actuelle.

Ce sont leurs renoncements que Clément a payé de sa vie et les larmes hypocrites de leurs auteurs sont encore moins supportables.

 

Oui, le coup de gueule est partagé. Reste la question des raisons de Mitterrand et du PS à plus et mieux cerner.

 

Dans l'après 1968, une des grandes revendications politiques qui donne corps à la transformation profonde du pays est l'exigence de la proportionnelle à toutes les élections, exigence consubstantielle à la fin de la monarchie républicaine du système présidentiel.

 

Si cette avancée n'est pas stoppée net,c'en est fait pour une longue très longue durée pour le capital. Le scrutin uninominal à deux tour est le moyen de se parer des plumes de la démocratie pour habiller la carcasse de la dictature du capital (et au passage créer la camarilla politicienne qui vit maintenant "hors sol").

 

Ce sera le rôle de Mitterrand de faire monter le "fn" grâce à une fausse proportionnelle temporaire, après avoir donné ordre aux télés de lui ouvrir leurs écrans, cela au moment où le PS négocie non pas le tournant mais la volte face de la rigueur (ce qui au passage explique le silence de La Canaille dans le cortèges de louanges qui a accompagné P Mauroy jusqu'à la cérémonie officielle en la cathédrale de Lille au nom de la laïcité et de la séparation de l'église et de l'état).

 

La rigueur de 83 c'est le moment où l'internationale socialiste décide dans sa globalité d'adhérer à l'horizon indépassable du marché. Moment où des générations de cadres issus des outils de la bourgeoisie (ENA IEP, polytechnique) vont investir le PS et chasser ce qui lui reste de sa base ouvrière pour organiser l'alternance pour interdire toute alternative.

 

Exit la proportionnelle.

 

Mitterrand est un homme issu de la droite qui a su user et abuser des mécanismes constitutionnels qu'il avait dénoncés avant de les utiliser. Le calcul est simple : la proportionnelle permet à l'extrême droite (remise en selle par l'ex pétainiste décoré par le chef lui-même) de revenir au parlement et ainsi de diaboliser le mode scrutin rendu responsable de l'outrage à la démocratie.

 

Ultérieurement ressassée par la droite et le PS, la célèbre petite phrase qui maintenant est ressortie sur tout et n'importe quoi si le capital se sent menacé. Défendre une idée anticapitaliste, à l'image du scrutin proportionnel, "c'est faire le jeu du fn"."

 

Chacun peut ainsi mesurer pourquoi tous les pouvoirs qui veulent tenir en respect les éventuelles colères populaires savent garder sous le coude les nazillons de toutes obédiences et les faire ressortir du placard dès qu'ils en ont besoin.

 

Le rejet de la proportionnelle sera la première mouture de ce brouet. Souveraineté, nation, indépendance nationale, vote et intégration des immigrés qui le souhaitent et autres valeurs issues des profondeurs de l'histoire politique et sociale de notre pays, tout y passe : commune, départements compris.

 

Un mode de pensée qui gagnera même ici ou là la direction du PCF (La Canaille se souvient d'une engueulade homérique avec une secrétaire du CC du PCF qui défendait ce point de vue et appelait dès le premier tour à penser voter socialiste au second). N'avons pas entendu un responsable du PCF comme le premier social traitre venu reprendre à son compte la notion de "mille feuilles institutionnel" et accepter ainsi la remise en cause de la commune au nom de la valorisation de structures quasi censitaires éloignées de l'électeur ?   

 

La remise en selle du "f-haine" et de ses dogues en meute plus ou moins tenus à longe souple servait donc à cela : montrer que la proportionnelle était l'ennemi. Combattre la droite et le capital exige de ce réemparer de cette exigence.

 

Faire repoussoir y compris pour justifier tous les abandons dont celui de la classe ouvrière qui voterait "f-haine" (rien de plus faux, elle ne va plus voter et la mobilisation de la droite extrême monte ses pourcentages. Orange Aix, les villes rurales de Picardie ne sont pas des bastions ouvriers) dans les couronnes parisiennes, les zones désertifiées par les recompositions du capital, du nord au midi, l'abstention est massive. Quand le monde du travail boude les urnes les résultats des forces de droites sont dopées. Si le PS devrait admettre cela il ne pourrait plus tenir son langage au service du capital d'où l'usage du repoussoir et du besoin de son existence.

 

N'est-ce pas aussi avec cet angle là qu'il faut regarder à quoi sert l'extrême droite pourquoi droite et PS se la garde au chaud. Une fois encore pour eux, l'ennemi, c'est le peuple. Et jouer avec cela conduit à l'assassinat de Clément Meric.

 

 

 

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