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Entre deux averses en attendant le soleil,

Le temps de lire permet de recaler les idées.

Une question dans l'air du temps. Elle n'est pas qu'anecdotique, loin s'en faut tout comme elle n'est pas nouvelle mais prend dans la période une acuité certaine:

Comment se fait-il alors que nombre d'intellectuels progressistes donnent à réfléchir sur l'évolution du monde, la richesse et la justesse de cette argumentation ne conduisent pas ceux qui ont besoin d'une insurrection politique libératrice à réagir avec la vigueur nécessaire.

Certes une littérature conséquente a désossé toutes les formes de l'aliénation jusqu'à une théorisation sur cet espèce de syndrome de Stockholm collectif qui a été, est, sera produite pour expliquer les choses.

Bien sur, il existe une cause générique décisive parmi d'autres : la disparition d'un outil politique capable de penser la transformation et d'y articuler les actions à proposer, à contribuer à organiser, capable de donner du sens aux actions comme outils de la transformation. C'est ce qui au moment du 23ème congrès jusqu'au disons 27ème le PCF nommera la stratégie autogestionnaire qu'il abandonnera parce que cela menaçait nombre de potentats voir de micro république héritière d'un communisme municipal tombé en déserrance réunis dans certains secteurs de l'ANECR métastasant la place du colonel Fabien.

Aujourd'hui, en France métropolitaine (heureusement les colonies dom-tomisées semblent réagir) ne reste hors du kyste des faillis institutionnels qu'une réflexion certes pertinente voire puissante sur l'état des lieux, une analyse des plus fouillée de la stratégie du capital, mais impossible de porter une proposition de projet, une piste de stratégie créant une perspective.

Et donc ces analyses mutilées de débouchés,  si une part conséquente de vérité y trouve sa place, ne peut  satisfaire quiconque veut travailler à une issue qui a été volontairement plombée par choix politiques.

Cette insatisfaction part d'un constat partagé par de nombreux militants : Des déclencheurs parfois marginaux par rapports aux enjeux arrivent à créer des mouvements capables de faire reculer des projets importants pour le capital alors que des agressions frontales qui devraient conduire des centaines de milliers de personnes dans la rue ne produisent qu'une indignation statique de masse au mieux des expressions de colères marginales. 

Cette interrogation initiale s'est affinée depuis le début 2011 de façon anecdotique à l'occasion de réunions à sujet historique, singulièrement autour des thèmes de la Commune de Paris, des années pré Front Populaire, le programme et la mise en œuvre de celui-ci et les discussions sans fin autour du programme du Conseil National de la Résistance. Plus l'auditoire était jeune, à intérêt-très fort- constant, plus dès lors que le cadrage des conditions économiques du moment était nécessaires pour expliquer les stratégies politiques, il y a avait besoin d'expliquer le sens de mots qui faisaient partie du bagage militant jusqu'à récemment partagé.

J'en serais peut-être resté là si un court et dense article d'Alain Bhir articulé avec le long et fort texte de Serge Halimi dans le Diplo de juillet n'avait pas eu un effet déclencheur d'une réflexion dont ce qui suit est la traduction.

Ces articles, "Le capitalisme à la loupe" du premier lié à une analyse clinique de la réalité d'une crise voulue et entretenu "ne rougissez pas de vouloir la lune, il nous la faut" sont d'une grande clarté et ouvrent des pistes de réflexions multidirectionnelles.

A moment donné la question se pose : sachant que celui qui écrit ici, lecteur qui fut un salarié moyen qui en fera un syndicaliste tout aussi moyen  n'est ni plus ni moins intelligent que la moyenne, que son niveau scolaire initial n'est pas supérieur au niveau moyen de ceux qui sont confrontés au rouleau compresseurs économique et idéologiques présent, pourquoi prend-il l'article d'A Bhir avec jubilation tout comme la dissection du capital financier de Serge Halimi, pourquoi la limpidité de leur proposition ne crée pas l'étincelle indispensable?

Certes, le Diplo est moins vu dans les transports en commun que "métro " ou le Parisien, et Alain Bhir ou Serge Halimi sont  moins médiatisé que madame Ferrari  mais cela ne suffit pas. Stéphane Hessel pour peu officiellement médiatisé qu'il fût a une diffusion pour un texte que je qualifierai certes de positif mais de seulement néo sous-subversif. Les deux articles du Diplo, dont l'un assez court, vont bien au delà ce libelle de S Hessel en terme de solution. "Indignez-vous" aura eu le mérite de faire découvrir une forme de littérature et faire lire des textes politiques autres que ceux des chroniqueurs officiels, il faut le lui reconnaitre.

Or chacun a pu noter que parmi un public engagé l'enthousiasme pour le texte de Stéphane Hessel était d'autant plus partagé que l'âge des lecteurs diminuait. L'attente d'une proposition d'issue existe.

Pourquoi lors de ces réunions et  rencontres ce qui faisait qu'à engagement équivalent la réaction devenait plus dubitative avec l'âge, non pas en terme de rejet mais d'insuffisance de radicalité devant le niveau des solutions à mettre en œuvre, solutions qui sont quasiment toutes posées dans le texte d'A Bhir et que l'article d'Halimi éclaire de son actualité ?

Et là une piste qui n'appartient ni à l'un ni à l'autre des auteurs mais qui permet à l'un de passer pour subversif et aux seconds à ne pas entrer dans l'espace de la lecture de masse : le recul des références, l'amoindrissement du bagage conceptuel militant.

Ceux qu'on peut appeler sans que cela ne soit en rien péjoratif ou condescendant GIP (grand intellectuels progressistes) souvent par ailleurs militants, écrivent… un langage d'intellectuel progressiste qui dans la seconde moitié du 20ème siècle était si ce n'est partagé du moins à portés du corps social sur lequel la réflexion portait et qui n'est plus en consonances avec ceux à qui pourtant ils tentent avec un  succès relatif de s'adresser.

Deux obstacles apparent qui masquent des réalités plus profondes se dressent : la longueur des textes et la technicité du langage aujourd'hui, le texte d'A.B. s'il était proposé dans un stage de formation syndicale de niveau moyen (et encore faudrait-il qu'il arrive jusqu'aux stagiaires compte tenu des principes qui pilotent la formation syndicale et filtrent les contenus) demanderait de décortiquer un a un des concepts qui auparavant faisait partie de la musette de tout délégué syndical : régulation Keynésienne, valorisation du capital, accumulation, taux de profit etc. Si dans ces stages de formation ces termes ne sont pas totalement absents, leur articulation, les constructions économiques qu'ils produisent, le renvoi à la quotidienneté revendicative, cela essentiellement au nom d'un lien présupposé avec un modèle faillit, ne sont plus abordées de façon dialectique. L'économie est regardée  comme une mécanique sur laquelle éventuellement peser pour discuter des termes de la répartition où le capital garde droit à se servir plutôt que d'en mesurer l'implacable logique qui produit l'affrontement de classe et exige la disparition comme rapport social d'exploitation. C'est ce qui conduit la CGT à accompagner toutes les autres OS françaises dans la CES pour demander plus d'Europe. "Remettez-moi un peu de cyanure avant de me garroter monsieur le bourreau".

La question qui se pose est celui de la reconquête par les salariés des idées de classe, comment comme le disaient dès 1848 ces bon vieux K Marx et F Engels s'approprier les outils de connaissance qui permettent aux salariés et parmi eux cette classe ouvrière qui produit la richesse de s'ériger en classe pour avoir la force de mener et gagner le combat de l'émancipation politique.

Dès lors, la question est posée : comment faire pour que le lien entre la réflexion des "GIP" et la pensée dans l'action de ceux qui doivent d'émanciper puisse s'établir. Pour que la réflexion et l'expérience de chacun fasse avancer la solution dans le rapport de force social, politique et idéologique indispensable. La responsabilité incombe autant à ceux qui ont mandat de faire grandir cette connaissance dans la clarté du propos que ceux qui sont en première ligne pour produire ces idées avec une clarté similaire. 

Un creuset devenu par un long compagnonnage - organisations ouvrières et intellectuels - engagés à partir des Lumières et des conquêtes démocratiques  et  rendu quasi naturel existait au travers d'une espace de réflexion collective que des forces politiques, pas exclusivement mais principalement autour du PCF d'une part, les secteurs formation syndicale d'autres part avec des passerelles militantes dues à la natures des engagements. Cela produisait une réflexion non pas sur la méthode d'enseignement mais sur le contenu de celui-ci qui aiguillonnait au rythme du besoin de comprendre le monde et au sein de celui-ci de la société française pour le transformer.

Il n'est pas question de reproduire un état de fait qui s'est délité dans l'échec mais il est indispensable de reconstruire un lien théorie pratique fonctionnant dans les deux sens.

Il ne s'agit pas de vulgarisation mais d'un travail collectif  de pédagogie qui permette la réappropriation de concepts forts par ceux là même  qui ont besoin de les maitriser pour leur propre action et dont l'expérience enrichisse la réflexion collective dans tous les compartiments de la réflexion théorique.

Bien évidement cela pose la question d'un outil politique. Non pas en terme de conquête de mandats ou positions de notabilité mais bien dans l'esprit du manifeste de 48 comme levier pour que la classe ouvrière (dans son acceptation contemporaine) s'érige en classe pour subvertir et éliminer la classe spoliatrice qui s'accapare les richesses pour en faire son capital et les critères et méthodes qui lui sont propre pour en assurer sa rentabilité déconnecté de la réponse aux besoins sociaux de ceux qui produisent la richesse.

Il y a besoin pour cela de rendre simple et non ambigüe les objectifs : dès lors qu'au nom du culte des mots on alimente l'ambigüité, plutôt que de s'affronter pour savoir comment Marx a posé la question de la subversion du capitalisme par son dépassement  ou sa suppression, devant les ravages que fait ce système, les morts qui jalonnent les chemins qui partent des usines aux coffres forts, pas de temps à perdre devant la gravité des agressions. Eliminer le capitalisme voila l'objectif.

Devant sa volonté de recourir à tous les leviers à sa disposition pour se maintenir y compris la barbarie, le rôle émancipateur pour toute l'espèce humaine de ce combat de classe qui met en première ligne les producteurs réels des richesses se confirme. Il pose de façon renouvelée les bases d'un pacte politique avec toutes les forces sociales victimes des errements du capitalisme pour liguer toutes les énergies disponibles contre celui-ci.

Le capital l'a tellement compris qu'il a intégré comme une novlangue officielle toutes les formes d'atténuations possible des ravages de son système et s'en sert pour masquer depuis son invention idéologique majeur du "droit d'ingérence" et de toutes ses déclinaisons ayant remis le pied à l'étrier le plus violent des impérialismes, cela à partir d'un consensus pseudo humanitaire qui n'est que peu ou pas combattu par ceux qui se réclament des combats universels pour la Paix ou les droits de l'Homme.

Les bases objectives de ce rassemblement est d'autant facilité  dans une société où 95% des actifs sont salariés. L'obstacle est dans les  conditions et le contenu du combat idéologique. Dès lors, laissons les théoriciens de salon gloser dans leur coin et restons campés sur le combat à mener en intégrant et en participant aux travaux de ceux qui ne font pas de la réflexion économico politique un objet de colloque mais la pense comme outil d'émancipation.

Dit autrement, laissons Robert Hue, ses acolytes et disciples de sa fondation théoriser sur la couleur des poils des ours blancs s'ils devaient migrer en Polynésie ou les vertus de la mixité du capital et regardons comment combattre la mondialisation capitaliste qui est aux antipodes d'un internationalisme et ses coopérations entre peuples.

 

 

 

  

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C


Salut la c@n@ille rouge super article il y aurait beaucoup de chose à dire mais tu es allé a l'essentiel.


Mais serais tu reparti te reposer ou y a t'il un problême dans le systéme qui fait que je ne reçois plus les articles de ton blog depuis quelques jour, j'espère aussi que ce n'est pas un problême
de santé.


Amitiés


Mcoco Le Rebelle Médocain



C


Salut et merci, vieille Canaille !


Merci pour ce rappel-bouffée d'oxygène sur l'impérieuse nécessité de revenir sur les fondamentaux de la formation théorique des militants.


Le problème, c'est qu'il y en a deux :


1°) On a vingt ans de retard dans les pattes et de moins en moins de camarades en position d'assurer ce travail de formation et


2°) De quel outil (politique, syndical..) disposons-nous pour ce faire, dans le champ de ruines où nous nous trouvons ?


 


(Je rentre de deux semaines en pleine montagne... je déprime.)


 



C


Haut le coeur pas le temps de déprimer de toute façon se résigner c'est ce qu'il y a de pire même si rien à ce joiur ne permet d'envisager une perspective.