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Châteaubriant, art et Histoire, les mots de la critique

 

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/ea/Avis_execution_Tyszelman_Gautherot_1941.JPG/500px-Avis_execution_Tyszelman_Gautherot_1941.JPG

 

 

Il ne s'agit pas ici de porter avis sur un film que La Canaille par définition n'a pas encore vu, le réalisateur, Volker Schlöndorff étant de ceux qui ne sont pas les moins intéressants parmi les cinéastes allemands.

 

Une cinématographie parmi laquelle figure quelques moments d'un grand cinéma : depuis 1966 : Les Désarrois de l'élève Törless (Der junge Törless) jusqu'à 2008 : Ulzhan en passant par quelques repères comme L'Honneur perdu de Katharina Blum 75 "Le Tambour" 79, 1996 : Le Roi des aulnes, 2004 : Le Neuvième Jour , rien qui n'autorise à un jugement préconçu par rapport  à l'œuvre si ce n'est une attention à mesurer la distance entre l'Histoire telle qu'elle est et une histoire telle qu'écrite.

 

Non pas de prévention devant le film. Mais un coup de gueule quand même sur une critique (pourtant si ce n'est positive du moins bienveillante) paru dans le Monde signé Pierre Assouline : Critique sur l'usage des mots au regard de l'Histoire :

L'Occupation, sa part grise

De quoi s'agit-il ? Nous sommes à Nantes, le 23 octobre 1941. Deux jeunes résistants communistes assassinent un officier allemand. En représailles, sur ordre du Führer, des dizaines d'otages seront fusillés, parmi lesquels des détenus politiques du camp de Choisel dont le jeune Guy Môquet, le syndicaliste Jean-Pierre Timbaud et le député Charles Michels. Le temps du récit s'inscrit dans les 33 heures qui séparent l'attentat des exécutions.

 

L'article dans son ensemble est passionnant. Il pousse à voir le film et à lire les livres évoqués. Mais quand on se pique de dire que le titre se veut "être de référence", il porte un problème qui est récurent sur la façon de présenter les évènements et cela pèse sur comment se construit la mémoire :

Passons sur les dates pour ne retenir que ce qui pose problème dans le papier d'Assouline: Les "deux résistants communistes assassinent un officier allemand" conduisant à ce que des dizaines d'otages soient fusillés. 33h séparent "l'attentat des exécutions"

Dans ces trois lignes, tout est dit grâce à un non dit. Par un exercice de sémantique qui confine au trapèze volant :

Pourquoi l'officier Allemand est-il abattu ? Pourquoi à cette date ? Qui et pourquoi décide de cette action ?

Ce type n'est pas pris au hasard : Le 20 octobre 1941, le. De 1929 à 1933, Karl Hotz responsable des troupes d'occupation en Loire-Inférieure a travaillé à Nantes comme ingénieur responsable du chantier de comblement de l'Erdre, dirigeant une équipe de travailleurs allemands fournis au titre des réparations de la Première Guerre mondiale. Karl Hotz est donc une personnalité connue à Nantes, en juin 1940, de retour avec la Wehrmacht, responsable de ce qu'on appelle la 5ème colonne, il est affecté dans cette ville comme Feldkommandant, c'est-à-dire responsable des troupes d'occupation du département. Il ne s'agit pas d'un attentat "aveugle".

Ne pas donner cet éclairage revient à admettre qu'il s'agirait d'une banale affaire de justice de droit commun à implication politique, certes extrêmement brutales, mais en période de guerre, n'est-ce pas, il y a si ce n'est des excuses, du moins des explications.

Rien sur le fait qu'il s'agit d'une décision de la résistance politique de passer à la Résistance armée parce que deux jeunes communistes Henri Gautherot et Samuel Tyselmann ont été exécuté pour délit d'opinion (participation à une manifestation à Paris) par les forces d'occupations. Il s'agit d'un, acte de résistance à la terreur.

Deux militants de la JC fusillé faut-il laisser continuer ? 


http://www.nantes.fr/webdav/site/nantesfr/shared/fileadmin/images/Culture/Actualites/Mer%20aube/Meraubeaff12560.jpg


 

Or, Pierre Assouline dans son papier, laissons lui le bénéfice du doute, plus par paresse que par réflexion, par le choix de ses mots, outre la singularisation d'une résistance (communiste) par rapport  à d'autre qui ne l'est pas, use de mots qui entretiennent l'idée que "la résistance-commuistre-assassine", "l'occupant fusille", "la résistance attente", "la Wehrmacht exécute". Il donne une légitimité par les mots aux uns simultanément à une qualification criminelle à l'autre, le tout dans une logique d'otage qui semble couler de source.


Quand on est référence en matière de plume il faut faire attention au choix de ses mots d'autant que nous savons, preuves à l'appui et texte du discours de De Gaulle à radio Londres appelant à la grève après l'exécution des patriotes, que c'est Pucheu, de sa main de responsable du comité des Forges et ministre de l'intérieur, qui dressera la liste des "fusillables". Il est établi que Pétain laissera faire puisque le tri avait été fait entre bons et mauvais Français (ce qui laisse perplexe sur les critères appliqués aux fusillés de Nantes qui sont de la même charrette).


C'est d'autant plus indispensables de relever cela que s'engouffrant derrière cette façon de présenter l'Histoire, certains usent de la même construction.  Précisons ici que bien évidement il n'est pas question d'entretenir la moindre confusion entre l'article et donc la pensée de P. Assouline et ceux là. Mais nous avons tous au moins une fois entendu pour infléchir la réalité à propos des pratiques tant de la Wehrmacht que de la SS (Mons, Duns les Places, Buchères ou Oradour) : "c'est pour répondre à une attaque de la résistance que ces massacres certes regrettables ont été commis", sous entendu les responsables sont …ceux qui se défendent devant l'agression, banalisant la logique d'otage et instillant du négationnisme qui ne demande ensuite qu'à sourdre.


La Canaille qui découvre certes tardivement ce que peut être le plaisir d'écrire souffre aussi des affres de trouver le mot juste pour avancer clairement ses idées et transmettre exactement ce qu'il veut dire. Ne pas abandonner Boileau est une exigence aussi passionnante que difficile. Quand il s'agit de l'Histoire cet effort doit redoubler pour ne pas trébucher.


De L'épuration des intellectuels, à Lutétia , P Assouline a suffisamment exploré ce terrain pour mesurer ce qui  ici interpelle.


Je ne sais si ses activités multiples, ses nouvelles occupations de juré de l'académie Goncourt lui en laisseront le temps mais s'il lit ces lignes, j'aimerai avoir son avis.

 


 

 



 

 

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