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Amiante dossier de presse

 

http://www.arte.tv/fr/4268910,property=imageData,CmC=4279872,CmPage=70.2151234.4209628.4287832,CmStyle=2151076,v=1,CmPart=com.arte-tv.www.jpg

La Canaille préparait un dossier sur le sujet quand l'ami Tourtaux a mis en ligne une véritable revue de presse sur le sujet [la revue de presse de Jacques].

N'y est ajouté ici que l'article du Monde de ce samedi qui indique que sous hitler en allemagne nazi, dès 1938, déjà les méfait de l'amiante étaient connus.

Compte tenu des difficultées chromatiques qui parfois rendent les textes difficilement lisibles pour certains vous les trouverez ci après en noir et blanc.

Si cela peut aider les militants à se battre dans les CHSCT et pour mener l'action. 

La densité des textes conduisent à publier en deux parties. Vous trouverez la seconde avec ve lien  :  Dossier amiante seconde partie

L'article du Monde :

 

CASALE MONFERRATO (ITALIE) ENVOYÉ SPÉCIAL - Tous les soirs, sur la scène du Teatro stabile de Turin, une actrice en noir pousse un cri de douleur ou de révolte. Toute seule, elle incarne le drame et les angoisses d'une petite ville à une centaine de kilomètres de là. Elle donne sa voix, tantôt rauque et essoufflée ou légère et ironique, aux 1 800 personnes mortes d'asbestose (fibrose pulmonaire) ou de mésothéliome (cancer de la plèvre) à Casale Monferrato (Piémont), là où l'entreprise Eternit, spécialisée dans les matériaux de construction en amiante, avait son plus grand établissement. Elle parle des morts passés et des morts à venir. Le quotidien La Stampa a résumé d'une formule indélébile le drame en cours : "Ce sont nos tours jumelles." A une différence près : l'amiante tue tous les jours.

D'un théâtre l'autre. A trois kilomètres à peine. Un immense bâtiment moderne de briques et de verre. Le tribunal pénal de Turin. Lundi 13 février, la grande salle d'audience sera bondée. 2 000 personnes sont attendues pour l'énoncé du verdict à l'encontre du milliardaire suisse Stephan Schmidheiny, 65 ans, et du baron belgeJean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne, 89 ans, accusés d'avoir omis volontairement de protéger la santé de leurs employés et "de désastre environnemental permanent". Le premier est l'ex-propriétaire du groupe suisse Eternit ; le second, l'ancien actionnaire belge de la branche italienne de l'entreprise. Commencé il y a deux ans, ce procès passe, avec ses 6 337 parties civiles, pour le plus grand procès contre l'amiante jamais organisé. Le 4 juillet 2011, le procureur, Raffaelle Guariniello, a requis vingt ans de prison ferme contre les deux inculpés à la suite de la mort d'environ 3 000 personnes dans les quatre usines transalpines du groupe. C'est la première fois dans une affaire de ce genre que les responsables les plus hauts placés risquent une aussi lourde condamnation.

Entre le théâtre et le tribunal, il y a le reste, le réel et la mort, la vraie. Pas celle de papier d'une pièce de théâtre (Malapolvere, d'après le livre de Silvana Mossano, édition Sonda, 2010) ou d'un dossier d'instruction. Mais celle d'une femme, d'un mari, d'un frère, d'une soeur, d'une nièce, d'un petit-fils. Leur faute ? Avoir travaillé à l'usine Eternit du quartier de Ronzone, au bord du Pô, ou d'avoir respiré ne serait-ce qu'une seule fois une particule d'amiante, 1 000 fois plus fine qu'un cheveu, il y a dix, vingt, trente ou quarante ans. D'avoir secoué le bleu de travail d'un mari, le tablier d'une femme avant de le laver. D'avoir habité Via Roma, Via XX Settembre ou Piazza de l'Independenza, où passaient les camions débâchés qui transportaient l'amiante entre la gare et l'usine. D'avoir fréquenté l'école primaire, dont la cour était pavée de dalles d'amiante, d'avoir joué au football sur le terrain du patronage, dont les trous étaient rebouchés à l'amiante, d'avoir vendu des sandwiches aux ouvriers, d'avoir récupéré de l'ondulé d'amiante pour recouvrir un toit d'appentis ou des dalles pour faire une belle allée de jardin. L'entreprise payait bien ; elle offrait les éléments défectueux.

Eternit. Un nom fait pour durer, un nom pour dire la solidité de ce matériau qui résiste au feu et au temps. A Casale Monferrato, depuis des décennies, on fabriquait du ciment grâce aux nombreuses carrières de marne de la région. Quand, en 1906, la première usine Eternit voit le jour, c'est une manne. Mélangé au ciment, l'amiante, breveté cinq ans auparavant, va représenter pour la ville un nouvel axe de développement. On embauche. Bien sûr, on tousse. La poussière est partout. Nicola Pondrano se souvient. "J'ai traversé Casale une nuit, à 20 ans. Je n'ai pas oublié les traces que laissaient les pneus des vélos des ouvriers qui se rendaient à l'usine sur les routes recouvertes de poussière." En 1974, il est embauché. "Toi aussi tu es venu mourir ici ?", lui demande un vieil ouvrier.

On tousse et déjà on meurt. Dès 1938, l'Allemagne nazie identifie le lien entre l'amiante et le cancer de la plèvre. En 1943, elle l'interdit. Mais à Casale, il fautvivre, travailler. "On savait qu'on pouvait tomber malade en travaillant à l'Eternit. Mais on ne pensait pas qu'on pouvait en mourir", raconte Elisabetta Dorato, dont la mère est morte en 1992. Au début des années 1970, l'entreprise passe aux mains d'un actionnaire belge, qui la cède, en 1974, à la famille Schmidheiny, un géant de l'amiante. Dans le même temps, des dizaines de recherches et de colloques attestent de la dangerosité de l'amiante. Pourquoi avoir poursuivi cette activité en connaissant les risques ? Pour l'avocat de Stephan Schmidheiny, son client "a investi dans la sécurité 72 milliards de lires. Dans les années 1970, c'était une somme énorme".

Pietro Condello a des yeux incroyablement bleus, bleus comme le bleu de travail, frappé du logo Eternit qu'il a revêtu à chacune des dizaines d'audiences. Atteint d'asbestose, il dort avec trois oreillers sous la nuque et une bouteille d'oxygène à côté de lui. Embauché en 1966, il raconte : "On ne nous a rien dit. Je travaillais à la réception des matières premières. On traitait l'amiante à mains nues. Parfois un mouchoir sur la bouche pour se protéger. La seule mise en garde a été pour nousdire d'arrêter de fumer, car cela pouvait provoquer des maladies graves. On nous recommandait aussi de boire beaucoup de lait. Ceux qui se plaignaient étaient envoyés dans des postes plus durs encore. Entre nous, on appelait l'un d'eux le Kremlin. Dans mon atelier, on travaillait à trente. Aujourd'hui, nous sommes deux àêtre encore vivants." Il n'a jamais été voir ses amis mourants à l'hôpital : "Ça me fait peur."

Des histoires comme ça, pour les entendre, il suffit de se rendre entre l'église et le château de Casale Monferrato. Quelques pièces, quatre ordinateurs, c'est ici que siège l'Association des familles de victimes de l'amiante, fondée en 1995. Ici que se prépare la dernière manche du combat contre le "Belge" et le "Suisse" comme on appelle Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne et Stephan Schmidheiny. Jeudi 9 février, dans la petite pièce du rez-de-chaussée, on remplit les cars. Dix-huit partiront lundi pour le tribunal de Turin.

La présidente de l'association, Romana Blasotti, sera du voyage malgré ses 83 ans. Pour elle, l'amiante a tourné au carnage. Son mari, sa soeur, sa fille, un neveu, un cousin sont morts en quelques années. "Si je pouvais avoir le Belge et le Suisse en face de moi, dit-elle, je leur dirais : mais jamais, ne serait-ce qu'une seule fois, il ne vous est venu à l'esprit que vous faisiez mourir des gens juste pourarrondir votre compte en banque ? J'aimerais qu'une fois dans leur vie, ils puissentsuivre l'agonie d'un malade du mésothéliome du début à la fin. Il n'y a que comme ça qu'ils pourraient comprendre." Ni Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne ni Stephan Schmidheiny n'entendront cette question : ils ne se sont jamais rendus au tribunal. Le premier évoque son grand âge ; le second, classé dans le top 400 des fortunes mondiales, vit sous le soleil du Costa Rica.

Mais, une fois le verdict prononcé, on continuera à mourir d'amiante à Casale Monferrato. 58 personnes sont mortes de mésothéliome en 2011. Parmi elles, quarante n'avaient jamais travaillé à l'Eternit. Autant sont à prévoir chaque année jusqu'en 2020 quand le pic de la contamination sera atteint. C'est la loterie de la mort. La plus petite toux, la moindre douleur au dos, un essoufflement sont une angoisse immédiate. Certains se précipitent chaque semaine à l'hôpital pour sefaire examiner, d'autres préfèrent nier le danger. Fuir ? Trop tard. Le temps d'incubation de cette forme de cancer est si long (parfois quarante ans) que cela ne servirait à rien.

Antonella Granieri, psychanalyste et professeur de psychologie clinique à l'université de Turin, se consacre aux survivants. Pendant toute l'année 2009, elle a suivi une fois par semaine des groupes plurifamiliaux pour les aider à affronter la menace, leur deuil et leur culpabilité d'avoir accepté qu'un proche aille travailler à l'Eternit. "Le stress des survivants est énorme, dit-elle. Il se manifeste par des troubles du sommeil, des crises d'angoisse et une perte de confiance en soi. On se reproche de ne pas avoir été assez vigilant. La lutte menée par les membres de l'association a provoqué la formation d'une résilience collective. Mais lundi, chacun devra se retrouver face à sa douleur, face à son destin de survivant à durée déterminée." Conçu pour durer deux ans, ce programme de psychothérapie a coûté 40 000 euros. Il s'est arrêté au bout d'une année après que la région du Piémont eut retiré son financement.

Aujourd'hui, il ne reste presque rien d'Eternit à Casale Monferrato. L'usine, fermée en 1986, a été détruite. La ville a dû racheter elle-même le site pour le bonifier, une opération pour laquelle les anciens propriétaires n'ont pas donné un sou. En 1987, le maire a interdit l'amiante sur tout le territoire de la commune. En 1992, l'Italie l'a banni à son tour. Cette tragédie a changé le destin des hommes et de la ville. La cité-martyre est redevenue une bourgade moyenne. Endettée, elle était prête àaccepter une offre de 18 millions d'euros de la part de Stephan Schmidheiny pour se retirer du procès. Une façon de tourner la page. Sur son site Internet, l'industriel se présente aujourd'hui comme un "businessman" philanthrope et amateur d'art, paladin de l'environnement. Il vante son rôle de conseiller auprès de Bill Clinton et ses missions pour l'ONU. Lui aussi voudrait tourner la page. Mais comment oublierEternit quand la mort s'acharne à Casale Monferrato, insaisissable comme une poussière d'amiante ?

Philippe Ridet

 

La copieuse revue de presse de Jacques

L'AGEFI

 

L’amiante à l’heure des comptes

 

La justice italienne communiquera lundi un verdict historique dans le dossier de l’amiante. Le Suisse Stephan Schmidheiny (Eternit) risque 20 ans de prison.

Trois mille morts, 6000 plaignants, dix ans d'enquête et 24 mois d'auditions: l'heure de vérité approche pour le scandale de l'amiante. Stephan Schmidheiny aura pourtant tout fait pour que le 13 février 2012 soit un jour comme les autres. En vain. L'héritier du groupe Eternit aura bien rendez-vous - à distance - avec un verdict historique devant la justice italienne. Le procureur de Turin a requis une peine exemplaire de vingt ans d'emprisonnement contre l'homme d'affaires suisse.


C'est exactement un siècle après que l ‘Autrichien Ludwig Hatschek a baptisé son invention d'amiante-ciment «Eternit» que le groupe tombe sous le coup de la justice. L'enquête du procureur Raffaele Guariniello démarre en 2001, sur le chef d'homicide par négligence. Douze anciens ouvriers d'Eternit meurent alors du cancer de la plèvre. Ils étaient rentrés en Italie après avoir collaboré dans une usine suisse du groupe. Le dossier s'épaissit à mesure que les dossiers médicaux affluent. Ce seront des milliers de personnes, anciens salariés d'Eternit ou habitants des villages italiens où l'entreprise était présente, qui s'ajoutent au nombre des victimes.


La mise en examen des dirigeants de l'entreprise en 2009 représente déjà l'aboutissement d'une longue procédure pour la justice...

 

LIBERATION

04/02/2012

Amiante : une ville italienne résiste aux pressions


C’est ce qu’on appelle une victoire morale dans le procès géant qui oppose, depuis deux ans à Turin, des milliers de victimes de l’amiante à deux ex-patrons de l’entreprise Eternit. La commune de Casale Monferrato, où était basée une usine Eternit, a refusé l’offre d’indemnisation du milliardaire suisse Stephan Schmidheiny. Elle aurait dû en échange se retirer de la liste des parties civiles.
L’exécutif de la commune a rejeté vendredi l’indemnisation de 18,3 millions d’euros qui avait été approuvée le 17 décembre par le conseil communal de cette localité du Piémont.
Le gouvernement de Rome avait fait pression sur les autorités municipales pour qu’elles reviennent sur cette décision. L’Association des familles des victimes de l’amiante (Afeva) a exprimé sa satisfaction.
«Les souffrances et le tort subis par la ville ont été –et sont encore– trop grands pour pouvoir être réglés simplement par un accord à cactère économique», a déclaré à l’agence AGI un de ses membres, Bruno Pesce. Le jugement sera rendu lundi.

 

L'ILLUSTRE

08.02.2012

 

PROCÈS DE L’AMIANTE

 


STEPHAN SCHMIDHEINY, LE MILLIARDAIRE ET L’HÉRITAGE EMPOISONNÉ

 

L’ancien patron d’Eternit, le Suisse Stephan Schmidheiny, risque vingt ans de prison pour les milliers de morts de l’amiante en Italie. Criminel aux yeux des uns, entrepreneur philanthrope pour les autres. Portrait d’un Machiavel au marketing soigné.


Par Xavier Filliez

 

L’amiante l’a fait roi et esclave à la fois. Stephan Schmidheiny, 65 ans, multi-milliardaire (3 à 4 milliards de fortune selon Bilan), ancien patron et propriétaire de l’entreprise Eternit, a hérité d’un poison. C’est une certitude. La «fibre miraculeuse» portée aux nues à l’âge industriel pour sa résistance à la chaleur et sa solidité a, entre deux miracles, provoqué des milliers de cancers. Le mésothéliome, ou cancer de la plèvre, est une bombe à retardement. Il se déclare trente à quarante ans après l’exposition. Symptômes: difficultés respiratoires et douleurs atroces confinant à l’agonie. Si le scandale de l’amiante-ciment est connu, la responsabilité du milliardaire suisse est, elle, sur le point d’être jugée. L’ex-dirigeant doit répondre de «désastre sanitaire» devant le tribunal de Turin. Tout comme son homologue et dernier patron d’Eternit Italie, le baron belge Louis de Cartier de Marchienne. Trois mille ouvriers des usines italiennes sont décédés. Quelqu’un devra en assumer la responsabilité, s’est juré le très tenace procureur général Raffaele Guariniello. Après une instruction de huit ans et un procès de deux ans qui s’est terminé en décembre, ce dernier a requis vingt ans de prison contre les deux hommes. Verdict le 13 février.

3 MILLIARDS EN JEU

Stephan Schmidheiny se distingue d’abord par son attitude de repli. Il ne s’est jamais présenté aux audiences. Les familles des victimes y voient une méprisante attitude d’esquive face aux accusations. En a-t-il fait assez pour protéger la santé des travailleurs? Etait-ce de sa responsabilité? Ces questions sont au cœur d’une procédure juridique aussi complexe qu’historique. On compte 6000 parties civiles. Et les investigations, qui ont nécessité deux demandes d’entraide judiciaire à la Suisse, remontent aux années 70. Selon un des avocats des victimes, Me Sergio Bonetto, «la sanction sur le plan civil pourrait atteindre 3 milliards d’euros».

Les gros chiffres, Schmidheiny connaît. C’est génétique. L’arrière-grand-père, Jacob, fondateur de la briqueterie à Espenmoos (SG), qui signa le début de l’empire (Eternit et Holcim), fut d’abord tisserand. Payé 1 franc par jour, il gérait si bien son argent qu’en un an et demi il avait économisé 200 francs, selon les archives de la Société d’histoire économique de Zurich que la journaliste Maria Roselli, une des meilleures connaisseuses du scandale de l’amiante, a décortiquées comme tant d’autres documents, des années durant, pour en tirer un livre édifiant1. Stephan Schmidheiny a donc, logiquement, su faire fructifier son patrimoine. C’est précisément un des griefs qui lui sont adressés. «Il a très vite compris les problèmes de l’amiante. Il a mis en place quelques mesures, des systèmes d’aspiration des poussières ou autres. Mais pas partout, et c’était insuffisant. C’était pour se disculper. Il a retardé l’abandon de l’amiante pour ne pas perdre d’argent», charge Me Bonetto. En fait, pour en gagner. Entre 1984 et 1999, la fortune nette de l’homme d’affaires grimpera de 2 à 4,4 milliards, ont calculé Daniel M. Berman et Andreas Knoepfli, deux observateurs de la trajectoire de Stephan Schmidheiny2. Durant la même période, combien d’ouvriers ont-ils contracté un mésothéliome, ou un cancer des poumons, parce qu’ils continuaient d’aspirer des poussières?

RACHAT D’IMAGE

Stephan Schmidheiny ne soigne pas seulement ses affaires. Il soigne son image. Sur son site internet, les autoportraits élogieux et la mise en perspective de ses succès et de sa reconversion dans le business éthique, essentiellement en Amérique latine, contrastent avec les charges du procureur Guariniello. François Iselin, président du Comité d’aide et d’orientation des victimes de l’amiante (CAOVA) et qui a été pionnier de la lutte contre l’amiante ayant abouti à son interdiction en Suisse en 1989, est sans pitié: «Pour Schmidheiny, l’amiante, c’est juste une erreur de marketing. Il est un financier se croyant intouchable et s’est érigé en rédempteur de l’humanité.» Voici comment le jeune cadre (il a 29 ans quand il prend la direction d’Eternit, en 1975) s’est méthodiquement métamorphosé en un leader philanthrope respecté. A la tête d’Eternit, Stephan Schmidheiny comprend très vite les dangers de l’amiante. Des documents et témoignages l’attestent. Vasco Pedrina, ancien vice-président d’Unia, qui a rencontré le milliardaire à deux reprises et a souvent croisé le fer avec les Schmidheiny, «profondément antisyndicaux», reconnaît qu’à l’époque, «en 1982 ou 1983, il avait clairement pris conscience de la problématique».

1984, première graine plantée dans les terres fertiles de Panamá: il crée Fundes, une fondation d’aide aux petits entrepreneurs d’Amérique latine facilitant leur accès aux crédits, pour lutter contre le chômage. C’est l’heure de jeter des ponts entre les leaders et la société civile, les «premiers pas vers la philanthropie organisée», écrit-il sur son site internet. Parallèlement, Stephan Schmidheiny assouvit son sens des affaires au Chili en rachetant une petite scierie devenue depuis une des plus importantes entreprises de bois d’Amérique du Sud. En 1992, le voilà conseiller de Maurice Strong, Monsieur Environnement à l’ONU et organisateur du Sommet de la Terre à Rio. Dans la foulée, son livre Changing Course (Changer de cap) s’impose comme un mode d’emploi aux entrepreneurs pour traduire dans la réalité des affaires les ambitions environnementales et sociales fixées à Rio.

Schmidheiny crée ensuite le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) et devient un leader vert respecté par la communauté internationale. Aux éloges des patrons succèdent les honneurs académiques. L’INCAE Business School, une grande université établie au Costa Rica et au Nicaragua, le consacre docteur honoris causa. Un bâtiment portera son nom. En 1994, il fonde GrupoNueva, une holding qui chapeautera toutes ses activités en Amérique latine, et tourne définitivement le dos à l’amiante. L’homme est discret mais efficace. «Stephan Schmidheiny, le milliardaire qui peut tout se permettre, même le mieux», titre en 1996 Le Nouveau Quotidien, portraiturant un «Janus» mi-«apôtre» mi-«requin», qui vient alors de devenir un des plus gros actionnaires de l’UBS. Plus récemment, en 2009, Forbes fait de lui rien de moins que «The Bill Gates of Switzerland».

Stephan Schmidheiny a mille mérites. Beaucoup pour un seul homme. Il a contribué au sauvetage de l’industrie horlogère en injectant de l’argent dans Swatch avec Nicolas Hayek. Il a réalisé de jolis coups boursiers. Et son obsession pour le développement durable et le business éthique s’est souvent révélée payante pour les populations locales. Le don, finalement, de ses sociétés à VIVA Trust, pour un montant dépassant le milliard de dollars, consacre cette philanthropie. Or, la sincérité de son engagement est violemment contestée aujourd’hui par les victimes de l’amiante, qui voient dans cette lente mue outre-Atlantique une vaste opération de rattrapage par l’écologie, un «greenwashing», selon les termes de Fernanda Giannasi, vérificatrice du travail au Ministère de l’environnement de São Paulo et pionnière de la lutte contre l’amiante au Brésil.

LES ESPIONS D’ETERNIT

Ce sentiment est exacerbé par l’attitude adoptée par Stephan Schmidheiny dans le cadre du procès. Il ne s’est jamais présenté à la barre à Turin, et s’entoure d’une armada d’avocats. Nos demandes d’interview ont été refusées. Son attaché de presse, Peter Schürmann, a néanmoins répondu à quelques questions par e-mail à notre troisième demande. Son client reconnaît-il une part de responsabilité? «Stephan Schmidheiny a toujours fait preuve de compassion envers les personnes concernées. Pour lui, chaque victime de l’amiante est une victime de trop.» Mais sur le fond, en a-t-il fait assez pour éviter le pire? «Quand il a repris la direction générale d’Eternit, (groupe SEG), en 1976, Stephan Schmidheiny a immédiatement lancé un programme visant à développer des produits exempts d’amiante. Parallèlement, il a procédé à des investissements à fonds perdus dans la société italienne pour un montant de 60 millions en dix ans permettant d’augmenter la sécurité dans les usines. A cette époque, la production répond aux standards prescrits par l’Organisation mondiale de la santé et l’Organisation internationale du travail.

Une étude montre que, durant cette période, le nombre de malades a été nettement réduit.»

Sur la forme, pourquoi ne s’est-il jamais montré au procès de Turin? «En Italie, les prévenus ont le droit de ne pas se présenter au tribunal et ne sont pas non plus cités à comparaître», fait savoir l’attaché de presse.

Au-delà de cette posture de repli, le parquet de Turin a découvert, rapportent les procèsverbaux des audiences et l’acte d’accusation que L’illustré a consulté, qu’Eternit avait, depuis la fin des années 80 déjà, mis en place un système d’espionnage en Italie pour tenter de maîtriser sa communication. Une journaliste locale du nom de Maria Cristina Bruno jouait la taupe auprès de la justice et des syndicats. Elle était payée 2500 euros par mois pour établir des rapports à l’intention d’Eternit par l’intermédiaire d’un bureau de communication. La vie privée du procureur Guariniello a également été surveillée, mais les auteurs des rapports n’ont jamais été clairement identifiés. «D’une certaine façon, Stephan Schmidheiny me fait penser à Berlusconi. Vous savez, un personnage à deux faces», s’inquiète Me Bonetto.

«Il a retardé l’abandon de l’amiante pour ne pas perdre d’argent»
Me Sergio Bonetto, avocat de victimes

Stephan Schmidheiny, toujours aussi secret, vivrait aujourd’hui entre Hurden (SZ) et le Costa Rica. Tel un Goliath face à des milliers de David qui attendent réparation, il multiplie les propositions d’indemnisation aux victimes (40 millions à 1600 victimes) dont, en Italie, la moitié a accepté. La municipalité de Casale Monferrato a refusé une offre de 18 millions jeudi dernier. Hors des élogieux classements de magazines économiques, son nom remplira encore les colonnes de la presse italienne. Au nom de l’amiante, un matériau si résistant qu’il sème la mort à travers les époques et semble pouvoir hanter éternellement une dynastie d’entrepreneurs. Sale héritage.

1 Amiante & Eternit. Fortunes et forfaitures, Ed. d’En-bas, 2008.
2 Asbestos Magnate to Environmental Guru: the Morphing of Stephan Schmidheiny, 2000

 

 

 

SWISS.INFO.CH (Suisse)

06. février 2012

 

Mourir à cause de l’amiante et devoir le prouver

Le nombre de malades de l’amiante ne cesse d’augmenter. Dans les années à venir, en Suisse, les décès se compteront par centaines. Et les personnes touchées ont souvent du mal à obtenir des dédommagements.


Les victimes et leurs familles attendent avec impatience un certain 13 février. Ce jour-là, après presque trois ans d’audiences et de procédure, le tribunal de Turin rendra son verdict dans le plus grand procès jamais organisé sur le drame de l’amiante. Le procureur a requis vingt ans de prison contre l’industriel suisse Stephan Schmidheiny et le baron belge Jean-Louis Marie de Cartier de Marchienne, accusés de «désastre sanitaire par omission des mesures de sécurité qui auraient dû protéger les travailleurs et la population» dans et autour des usines de la société Eternit SA à Gênes.

Quel que soit le verdict, le mal est fait, et le désastre se révèle petit à petit dans toute son ampleur. Le nombre de cas identifiés de maladies dues à l’amiante ne cesse d’augmenter.

Cette évolution était amplement prévisible, au vu de la longue période de latence (jusqu’à 40 ans) entre l’exposition aux fibres d’amiante et l’apparition des maladies. Vu qu’en Suisse, l’interdiction générale n’est entrée en vigueur qu’en 1989, et que certains matériaux, dont ceux fabriqués par Eternit, ont même pu être commercialisés jusqu’en 1994, le calcul est vite fait: la courbe des décès ne devrait s’inverser qu’après 2020-2025. D’autant que même après l’entrée en vigueur de l’interdiction, de nombreuses personnes ont encore été exposées à l’amiante, par exemple lors de travaux de réfection ou de démolition des bâtiments.

 

Mésothéliomes en forte hausse
L’augmentation des cas de cancer de la plèvre (ou mésothéliome, provoqué le plus souvent par l’amiante et dont l’issue est mortelle) est significative. Entre 1984 et 1988, le registre suisse des tumeurs enregistre 342 cas. Vingt ans plus tard, le chiffre a plus que doublé: 846 cas entre 2004 et 2008.

Selon les projections de la Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents (Suva), entre 1939, date de l’inscription de l’asbestose (fibrose du tissu pulmonaire qui entraîne une insuffisance respiratoire chronique) sur la liste des maladies professionnelles, et le début de 2030, l’amiante aura tué jusqu’à 4500 personnes en Suisse.

Même si une procédure civile est encore en cours, pour les victimes et leurs familles, obtenir justice en déposant plainte contre les entreprises qui ont utilisé l’amiante ou contre leurs anciens propriétaires semble une cause perdue.

En 2008, le Tribunal fédéral a refusé trois plaintes pour homicide involontaire, homicide volontaire et lésions corporelles déposées par la famille d’une victime, notamment contre les anciens propriétaires d’Eternit Suisse Thomas et Stephan Schmidheiny. Les juges de la Cour suprême ont argué du fait que le délai de prescription de dix ans était dépassé.

 

Des millions de francs en jeu
Pour les victimes, il ne reste plus alors qu’à se tourner vers la Suva, pour essayer au moins de faire reconnaître leur pathologie comme maladie professionnelle, ce qui leur ouvre le droit aux prestations de l’assurance (rente d’invalidité, indemnité pour atteinte à l’intégrité, ou, en cas de décès, rente pour les survivants).

Jusqu’à la fin de 2009, 2779 cas de maladies professionnelles liée à l’amiante ont été reconnus, dont 1347 avec mésothéliome. Les sommes en jeu sont importantes: jusqu’ici, l’amiante a coûté à la Suva près de 650 millions de francs en prestations. Et depuis 2007, la facture annuelle dépasse à chaque fois 50 millions.

François Iselin, ancien professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, fonctionne comme expert auprès du Caova, le Comité d’aide et d’orientation des victimes de l’amiante, fondé en 2002. Pour lui, ces chiffres masquent une réalité bien pire encore: «Aujourd’hui, les médecins sont généralement sensibilisés au problème du mésothéliome. Ils interrogent donc leurs patients sur leur passé professionnel et peuvent les orienter vers la Suva. Mais s’il s’agit d’un cancer du poumon, le plus souvent on incrimine la fumée ou la fumée passive et on ne cherche pas plus loin. Pour les médecins, il n’existe pas d’obligation de déterminer s’il s’agit d’une maladie professionnelle».

La Suva, qui a souvent été accusée de dresser un écran de fumée entre les victimes et les employeurs, rejette fermement les critiques: «Nous ne cherchons absolument pas à minimiser le nombre de cas», déclare Henri Mathis, en charge des relations publiques de la caisse.

 

Ceux qui sont repartis
Lorsqu’il s’agit de cas de mésothéliome ou d’asbestose, il n’y a en général pas trop de problèmes. «Nous n’avons pas besoin de données ultra précises et d'enquêtes particulières, du style ‘à telle date et à telle heure, je faisais ceci ou cela’. Des données simples (‘j'ai travaillé entre 1957 et 1965 dans la construction’, etc.) nous suffisent», explique Henri Mathis.

Mais de nombreux travailleurs qui ont été exposés à l’amiante ont désormais quitté la Suisse. En 2009, la Suva a lancé une campagne en Italie pour attirer l’attention du corps médical et des victimes sur le fait qu’elles avaient droit à des prestations d’assurance en Suisse, pour autant qu’elles n’aient pas à nouveau travaillé dans des secteurs exposés dans leur pays.

«Plus de 200 personnes domiciliées en Italie se sont annoncées chez nous et nous recevons encore régulièrement des demandes. Le problème crucial, c’est que le médecin traitant italien n'a pas toujours le réflexe de poser la question de l'origine professionnelle de la maladie et de surcroît de l'éventuelle exposition en Suisse», explique le responsable des relations publiques de la Suva.

 

Le tribunal en dernier recours
Et la situation, on l’a vu, est encore plus compliquée lorsqu’il s’agit de cancer du poumon, où les facteurs de risque sont multiples (fumée, amiante, mais également exposition à des substances comme le radon, le cobalt et autres). Dans ces cas, la Suva se base sur les critères dits d’Helsinki: le patient doit être atteint d’une maladie liée à l’amiante et avoir été exposé à une certaine dose de cette substance durant sa vie professionnelle. La preuve est toutefois difficile à produire, vu que les mesures de concentrations effectuées dans le passé sont soit inexistantes, soit peu fiables.

Bien souvent donc, faire reconnaître une maladie professionnelle devient un parcours du combattant pour des personnes déjà physiquement affaiblies ou pour leurs proches. Comme a pu le constater François Iselin, même dans les cas de mésothéliome, les choses sont parfois compliquées. «Nous avons eu le cas d’un typographe à qui la Suva ne voulait pas reconnaître la maladie professionnelle, en soutenant que l’amiante n’est pas utilisée dans cette branche. Mais nous avons retrouvé une facture qui a permis de prouver que le local où il travaillait avait été floqué à l’amiante. Ainsi, il ont dû admettre la maladie professionnelle» raconte l’expert du Caova.

Dans certains cas, il faut en dernier recours aller jusqu’au tribunal. «Depuis le 1er janvier 2009, nous avons enregistré 23 procès concernant l'amiante, indique Henri Mathis. Quatre dossiers sont en attente de jugement. Les tribunaux ont confirmé notre décision dans 11 dossiers. Ils ont tranché en notre défaveur dans 8 dossiers».

 

Daniele Mariani, swissinfo.ch
Traduction de l’italien: Marc-André Miserez

 

 

 

 

OUEST FRANCE

04 février 2012


Le collectif amiante a décidé de passer à l'action - Dives-sur-Mer

 

Incompréhension, indignation et colère, le collectif amiante de l'ancienne usine Tréfimétaux a décidé de passer à l'action. Jeudi après-midi, le ton est monté à l'occasion de leur assemblée générale .

Connu pour son franc-parler, Jean-Pierre Rocard, le président, n'a pas mâché ses mots. La première salve a été pour reprocher à certains membres du collectif « de ne pas être présents à nos côtés pour continuer l'action. Ils ont été bien contents, pour certains, d'avoir eu gain de cause. »

 

Distributions de tracts

Aux conseillers municipaux de la commune : « Combien étaient-ils à la réunion publique du 18 novembre dernier ? » s'interroge-t-il. Aux élus bas-normands, il apprécie leur signature au bas d'un texte transmit au ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé, qui demande que l'établissement divais soit placé sur la liste des établissements ouvrant droit à l'allocation de la cessation anticipée d'activités des travailleurs de l'amiante ainsi que le départ effectif en retraite pour les salariés ayant déposé une demande de départ anticipé en mars 2007 ayant à l'époque reçue une réponse positive. Mais « pourquoi ne sont-ils pas ici cet après-midi ? »

 

Le président s'est montré virulent envers la députée Nicole Ameline. Dans une lettre ouverte, il lui demande de respecter ses engagements oraux et signés.

 

Exemple : le 27 juillet 2009, « l'annulation de l'arrêté prive quelques salariés des droits pourtant acquis. »

 

Quelques propos de la députée font bondir le président. « Je cite Mme Ameline : « Une de mes priorités est le redressement des finances publiques ». Or on lui demande depuis longtemps qu'elle intervienne pour que les sommes versées par le Fonds d'indemnité amiante et la CPAM, aux victimes de l'amiante, effectuées avec des deniers publics, soient récupérées auprès des employeurs. »

 

Le collectif a décidé de passer à l'action : distribution de tracs sur les marchés de la région et au péage de Dozulé ; manifestation à la préfecture et au conseil général, blocage de la permanence de la députée, demande à Nicole Ameline, un face à face médiatisé et annonce « que partout où elle sera en campagne électorale, nous l'interpellerons publiquement ».

 

LE JOURNAL DE L'ENVIRONNEMENT

07 février 2012

 

Déchets

 

2011, année record pour la démolition des navires

 

Stéphanie Senet


Selon le dernier rapport de l’association Robin des bois, qui milite contre l’exportation des déchets dans les pays en voie de développement, 1.020 navires sont partis à la casse en 2011. Un nouveau record pour la démolition des navires, qui avait atteint un premier plafond en 2009 avec 1.006 navires.
Le marché de la démolition est en plein essor au niveau mondial. Par rapport à l’année précédente, il a enregistré une croissance de 7% en nombre de navires et même de 27% en tonnage de métal recyclé.
Cette hausse des volumes s’explique par la taille de plus en plus grande des navires démolis. Selon Robin des bois, on a dénombré 268 navires de plus de 200 mètres en 2011 contre 168 seulement en 2010. 24 navires de plus de 300 mètres sont également partis à la casse, dont une majorité de Very Large Crude Carrier (VLCC) à double coque, des pétroliers géants pouvant transporter entre 150.000 et 320.000 tonnes de pétrole brut.
L’âge moyen d’un navire partant à la déconstruction reste stable: 30 ans. La fourchette s’étend toutefois entre 9 ans pour un transporteur de marchandises accidenté et 70 ans pour le Sperry, un navire d’assistance aux sous-marins de l’US Navy.
En termes d’usage, ce sont les vraquiers qui sont le plus partis à la casse (33%), devant les transporteurs de marchandises diverses (23%), les tankers (20%) et les porte-conteneurs (5%).
Sans grande surprise, la déconstruction se focalise en Asie. L’Inde détient la première place, pour la 4e année consécutive. Ce score concerne aussi bien le nombre d’unités (458 au total) que le tonnage de métal ferraillé (3,5 Mt). Derrière ce géant de la déconstruction, se trouve le Bangladesh, malgré l’interdiction des échouages pour démolition, décrétée pendant la moitié de l’année. La liste se poursuit avec la Chine, le Pakistan, la Turquie et les Etats-Unis.
Outre-Atlantique, le démantèlement touche principalement les vieilles coques des flottes de réserve. Les Etats-Unis continuent d’expédier l’essentiel de leurs vieux navires marchands en Asie. Selon Robin des bois, cette pratique est favorisée par le changement d’autorité de contrôle. En effet, ce n’est plus l’Agence américaine de l’environnement (Environmental Protection Agency) qui surveille l’exportation des matières dangereuses mais l’administration maritime, apparemment plus laxiste.
A l’exception de la Belgique et du Danemark, l’Europe patine quant à elle en matière de déconstruction. Elle est toutefois active dans l’exportation d’épaves puisque 36% des navires déconstruits en 2011 battaient pavillon européen ou appartenaient à des armateurs établis dans l’Union européenne ou dans l’Association européenne de libre-échange (Aele).
Les prix d’achat des vieux navires fluctuent selon les régions: de 475 à 500 dollars (360 à 380 euros) la tonne en Inde, de 400 à 430 $ (300 à 330 €) en Chine, 330 $ en Turquie (250 €), environ 200 $ en Turquie ou aux Etats-Unis (environ 150 €).
Au total, la déconstruction de navires a représenté 8 Mt de métal ferraillé en 2011.

(1)
 http://www.robindesbois.org/dossiers/demolition_des_navires/a_la_casse_26.pdf

97,3 (Canada)
09/02/12

Mine Jeffrey veut contrer les impacts d'un reportage

jean-Hugo Savard

(RÉGIONAL) Les dirigeants de Mine Jeffrey d’Asbestos ont envoyé une lettre à tous les députés et sénateurs à Ottawa pour contrer l’impact d’un reportage de la CBC, diffusé la semaine dernière. Ce reportage sera d’ailleurs le sujet de l’émission Enquête de Radio-Canada, ce soir (jeudi). Celui-ci comprend plusieurs critiques de spécialistes à l’endroit de l’Université McGill. Selon eux, l’établissement d’enseignement a cautionné des recherches sur l’amiante payées par l’industrie.

Le porte-parole de Mine Jeffrey, Guy Versailles, a indiqué dans une lettre qu’aucun nouveau cas de maladie, liée au chrysotile, n’a été reconnu chez les travailleurs embauchés pour travailler à Asbestos et Thetford Mines depuis 1975. Le Dr Fernand Turcotte s’oppose ouvertement à l’industrie de l’amiante. Il estime que la lettre de M. Versailles contient une macédoine habilement mélangée de vrai et de faux dont l’objet est d’étourdir le lecteur puis d’engourdir les sentiments de culpabilité.

 

 

LA PRESSE.CA (Canada)

09 février 2012 à

McGill prise à témoin par Mine Jeffrey

La controverse de l'amiante
C'est encore McGill qui est prise à témoin dans le débat sur l'amiante dans la lettre rédigée par Guy Versailles, porte-parole de Mine Jeffrey.

L'entreprise qui veut relancer la mine d'amiante Jeffrey a écrit à tous les députés et sénateurs à Ottawa pour tenter de contrer l'impact d'un reportage diffusé la semaine dernière à la CBC.
Ce reportage est diffusé ce soir en version française à l'émission Enquête. Plusieurs critiques y sont adressées à l'Université McGill pour avoir cautionné des recherches sur l'amiante payées par l'industrie.
Et c'est encore McGill qui est prise à témoin dans le débat sur l'amiante dans la lettre rédigée par Guy Versailles, porte-parole de Mine Jeffrey.
«Les tuyaux de chrysotile-ciment sont utilisés à l'heure actuelle dans plusieurs chantiers, écrit M. Versailles. Ils sont présentement en train d'être installés dans le nouveau Centre universitaire de santé McGill, le mégachantier de construction de l'hôpital universitaire.»
Les tuyaux en amiante-ciment (ou chrysotile-ciment) sont en effet employés au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) pour l'évacuation des eaux de pluie. Cette pratique est dénoncée par les opposants à l'amiante, qui rappellent que l'Organisation mondiale de la santé préconise le remplacement de l'amiante par d'autres produits chaque fois que c'est possible.
En entrevue à La Presse, M. Versailles affirme que l'amiante «n'est pas le produit démoniaque que les opposants aiment décrire».
Il reconnaît que McGill est une bonne carte de visite, mais assure que c'est complètement fortuit. «Je ne savais pas que le CUSM avait des tuyaux en amiante, dit-il. Je l'ai appris dans La Presse. Il n'y a pas de complot là-dedans. C'est un produit que les plombiers connaissent très bien, qui est régi par des normes et qui, une fois qu'il est installé, est parfaitement inoffensif.»
Dans sa lettre, M. Versailles dit que l'industrie réussit à utiliser l'amiante de façon sûre. Il affirme entre autres qu'«aucun nouveau cas de maladie liée au chrysotile n'a été reconnu chez les travailleurs embauchés pour travailler à Asbestos et à Thetford Mines depuis 1975». Il dit tenir cette information de sources dans l'industrie.
«Le problème est que l'information est probablement inaccessible du fait qu'elle appartient [aux entreprises]», rétorque le Dr Fernand Turcotte, professeur émérite de santé publique à l'Université Laval.
Selon le Dr Turcotte, la lettre de M. Versailles contient «une macédoine habilement mélangée de vrai et de faux dont l'objet est d'étourdir le lecteur et d'engourdir les sentiments de culpabilité».
M. Versailles se veut aussi rassurant sur les projets de Mine Jeffrey, qui «ne vendra ses produits qu'à 20 à 25 entreprises responsables qui se conforment aux normes d'utilisation sécuritaires canadiennes».
«Nos collègues de l'Inde, de la Corée et de l'Indonésie nous assurent que ce qu'annonce ce document n'est pas applicable dans leur pays», dit M. Turcotte.

Source Danielle GAUTIER

 

 

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