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10 mai, ce jour est un jour comme bien d'autres

 

Depuis deux jours

la tontonmania

tourne en boucle.

Alors qu'il y en a un qui détonne : 

 

De tous les 10 mai, moi c'lui que j'préfère, c'est celui là

10 mai, ce jour est un jour comme bien d'autres

Mais je suis certain que beaucoup ne connaissent pas celui là : 

Chaque année à cette date mais, heureusement pas que. Je m'offre ma cure de Dimey.

Deux poèmes et après un florilège de truculence, entre Mac Orlan, Aragon et Apolinaire. Je met la barre haute mais allez vérifier

Bernard DIMEY
Recueil : "Le milieu de la nuit"

Les pauvres sont charmants, pour peu qu’on les approche.
La plupart sont polis, j’en ai vu de tout près.
Bien sûr, j’avais un peu de monnaie dans ma poche
Mais ils n’en savaient rien, je n’ai donné qu’après.
Les pauvres sont curieux, le travail les attire,
Y compris les métiers fort sales et rebutants.
Je crois qu’ils ont raison, l’oisiveté c’est pire !
Ils se plaignent, c’est vrai, mais ils sont très contents.

Au fond, la pauvreté c’est un genr’ qu’ils se donnent.
La preuve : j’en ai vu sourire à pleines dents !
Pour nommer leur épouse, ils disent la patronne
Pour tout dire en un mot, les pauvres sont tordants.
La plupart sont très laids, à force d’être sales,
Que leurs têtes ressemblent aux têtes d’ouvriers
Qui, ceux-là, sont affreux, n’aimant que le scandale,
Prêts à n’importe quoi pour être mieux payés.

Mon Dieu, ceux-là, bien sûr, sont de fort mauvais pauvres,
Ils sont mal éduqués, ils se battent entre eux,
Lorsque j’en aperçois, je prends peur, je me sauve.
Qu’ils soient dans la misère, ces monstres-là, tant mieux !

Mes pauvres à moi sont doux, sont souriants, sont timides.
Ils se vantent bien haut d’aimer Notre Seigneur.
Certes, beaucoup d’entre eux sont à moitié stupides,
Mais ils n’y sont pour rien ! C’est presque mieux d’ailleurs.
Leurs enfants, quelquefois, ont de beaux yeux si tendres
Qu’on peut émerveiller avec n’importe quoi.
J’ai souvent regretté qu’ils ne soient pas à vendre,
J’en aurais acheté pour les mettre chez moi.

Les enfants de Louxor

Bernard DIMEY

Quand je sens, certains soirs, ma vie qui s’effiloche
Et qu’un vol de vautours s’agite autour de moi,
Pour garder mon sang froid, je tâte dans ma poche
Un caillou ramassé dans la Vallée des Rois.
Si je mourrais demain, j’aurais dans la mémoire
L’impeccable dessin d’un sarcophage d’or
Et pour m’accompagner au long des rives noires
Le sourire éclatant des enfants de Louxor.

À l’intérieur de soi, je sais qu’il faut descendre
À pas lents, dans le noir et sans lâcher le fil,
Calme et silencieux, sans chercher à comprendre,
Au rythme des bateaux qui glissent sur le Nil,
C’est vrai, la vie n’est rien, le songe est trop rapide,
On s’aime, on se déchire, on se montre les dents,
J’aurais aimé pourtant bâtir ma Pyramide
Et que tous mes amis puissent dormir dedans.

Combien de papyrus enroulés dans ma tête
Ne verront pas le jour… ou seront oubliés
Aussi vite que moi?… Ma légende s’apprête,
Je suis comme un désert qu’on aurait mal fouillé.
Si je mourais demain, je n’aurais plus la crainte
Ni du bec du vautour ni de l’oeil du cobra.
Ils ont régné sur tant de dynasties éteintes…
Et le temps, comme un fleuve, à la force des bras…

Les enfants de Louxor ont quatre millénaires,
Ils dansent sur les murs et toujours de profil,
Mais savent sans effort se dégager des pierres
À l’heure où le soleil se couche sur le Nil.
Je pense m’en aller sans que nul ne remarque
Ni le bien ni le mal que l’on dira de moi
Mais je déposerai tout au fond de ma barque
Le caillou ramassé dans la Vallée des Rois.

La totalité à savourer. Dimey subversif, provocateur !

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