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La neige brûle

Courchevel,

une fois de plus

l'or blanc se teint de sang.

La neige brûle

Dimanche à la mi-journée, le bilan est de deux morts, quatre blessés graves et 21 blessés légers, 60 personnes évacuées. Quatre vingts saisonniers victimes de la courses aux profits au coeur d'un Monte-Carlo de la glisse et de snow-snob-show.

Les conditions de l’emploi précaire en hiver viennent une nouvelle fois faire des morts dans un des Touquet de l'or blanc, qui en l’occurrence serait, si l'on en croit les spécialistes, la nouvelle Mecque du blanchiment. 

Courchevel, vu de l'office du tourisme, ce n'est pas les bâtiments des marchands de sommeil de l'est parisien ou de Seine St Denis. C'est plus Neuilly qu'Aubervilliers, plus la croisette de Canne que le Marseille de la rue d'Aubagne. 

"Déjà, des questions se posent quant aux normes de sécurité de ce bâtiment privé, visiblement vétuste parce que le maire de Courchevel confiait en conférence de presse qu'il faisait l'objet d'un plan de rénovation depuis un an", relève sur place un journaliste de Franceinfo.

Un pli marqué depuis le début des années 90. 

Lors de JO d'Albertville, la réputation de la station et la qualité de ses hôtels conduiront les membres du CIO à y séjourner plutôt que d'user des villages officiels, notamment pour l'ouverture de la 98e session du CIO.

Trois hôtels 4 étoiles existent à Courchevel (en 1990 déjà de 1 000 à 3 200 francs d'alors la journée en demi-pension, difficile en 2019 de trouver un tarif en clair) Ces grands hôtels ont cherché à se diversifier, avec le développement du tourisme d'affaire (séminaire, congrès…), tandis que l'équipement de la station en permet de faire démarrer plus tôt la saison (au moins un tiers des pistes sont équipées de ces canons à neige).

Le développement de l'environnement oligarchique en Russie au cours des années 1990 va renouveler la nature de la fréquentation de ce qui n'est plus une station de ski parmi d'autres, mais le St Trop de l'or blanc.

Les premiers oligarques russes arrivent dans la station vers la fin de la décennie 90 à l'issue d'une importante promotion de la part des acteurs du tourisme dans les Alpes françaises. Courchevel est maintenant connue comme étant la Mecque hivernale des Blingchevicks, le rendez-vous de ces milliardaires et leur cour formant la faune de cette jet-set. 

Un économiste russe, Baranovsky, souligne que « le nom de Courchevel est devenu en Russie le symbole de ceux qui dépensent sans compter et font étalage de leur richesse ».

Cette forte présence de la communauté russe a eu pour effet la montée des prix, notamment de l'immobilier, elle s'accompagne également de scandales liés à des réseaux de proxénètes ou encore de blanchiment d'argent. La commune savoyarde estime ainsi qu'environ 300 millions d'euros sont investis en immobilier sur son territoire.

Le bâtiment où ont été piégées les victimes de l’incendie hébergeait plus d'une soixantaine de saisonnier.e.s, mais ne devait pas légalement être soumis aux impératifs de l'habitat à caractères professionnel en particulier en matière d'équipements de sécurité.

"On est dans la station la plus riche du monde et les saisonniers sont logés dans des endroits catastrophiques".(Adrien, témoin de la scène à Franceinfo )

Un occupant de l'immeuble incendié, interrogé par Le Dauphiné, livre un témoignage similaire. "Heureusement qu'on a été réveillés, parce qu'il n'y a pas d'alarme incendie. Les extincteurs ne marchent pas, des gens au premier étage ont essayé la lance à incendie et les extincteurs et rien ne marchait. Il faut savoir aussi qu'il n'y a aucun détecteur de fumée, nulle part, ni dans les couloirs, ni dans les chambres", déplore-t-il, avant de lâcher : "Personnellement, si c'était mon bâtiment, je le referais avant de laisser les gens mettre leur vie en danger en vivant là-dedans"

A l'inverse, un commerçant interrogé par Le Parisien, assure que "ce n'était pas un bâtiment dangereux". "Il y a un escalier de secours. Ce n'était pas un bâtiment à l'abandon",  comme si l'existence d'un tel équipement était en soi la garantie de la sécurité.

La presse rapporte que l'immeuble sinistré appartient à un groupe immobilier de luxe, Maison Tournier, qui possède 18 hôtels, bars et de restaurants dans la station alpine ainsi que deux autres adresses à Saint-Tropez et Chambéry. 

Pour le maire (LR), "difficile à dire" dans quel état se trouvait le bâtiment. "C'est un établissement qui est exploité par un socio-professionnel de la station. Il avait d'ailleurs engagé une procédure de rénovation du bâtiment, il a déposé une demande de permis de construire en décembre 2018 et ce permis de construire est en cours d'instruction dans nos services. Ce projet devait se réaliser dès le printemps prochain".

Chaque année, la CGT organise un tour de France des stations pour rencontrer les saisonniers pour les aider à faire valoir leurs droits. 

Chaque année, ses animateurs se heurtent à l'hostilité des commerçants patrons de choc qui par tous les moyens y compris la violence tentent d'empêcher le contact et virent ceux qui veulent s'organiser.

Dans la Macronie conquérante de 2018, le ruissellement a deux visages : Celui de l'argent de l'or blanc pour les uns et celui des lances à incendie pour limiter l'hécatombe pour ceux qui fabriquent cet or blanc qui les tue.

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