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de l'arithmétique et des minorités agissantes

 

ça marche ? 

A combien et comment ? 

de l'arithmétique et des minorités agissantes

Pour certains, quand une journée nationale d'action réunie quelques centaines de milliers de manifestants et grévistes, c'est la démonstration de l’inefficacité du syndicalisme.

Pour les mêmes, quand la marche sur l’Élysée rassemble moins de 3000 personnes serait-ce de la faute aux syndicats ou aux organisateurs d'une prise ratée du palais d'hiver ?

Et à ce propos, un récit historique peut, faisant fable, aider à prendre de la hauteur.
On sait depuis Gapone que les talents d'orateur qui rendent populaire peuvent être redoutable pour les peuples.

Canaille le Rouge va éviter toutes polémiques inutiles sur les coups de menton et la "marche sur Rome"  qui ouvriraient l'espace sur des injures et nom d'oiseaux. 

Ce qui suit est la synthèse de plusieurs articles rappelant que derrière les "marches sur " ou "marche vers" il y a lieu de se méfier et de connaître l'histoire, l'affaire Gapone est de ce point de vue emblématique.

Gueorgui Gapone naît dans une famille de Russie extrêmement pieuse. Il étudie la théologie. Après la mort de sa femme, il s'installe à Saint-Pétersbourg et obtient un diplôme de l'académie de théologie en 1903. 

Gapone, agent infiltré du ministre de l'Intérieur du tzar, antinomie d'un prêtre-ouvrier ou d'un pope-moujik (;-) applique le programme du général Sergueï Zoubatov, chef du département de la Police et la police secrète de Saint-Pétersbourg, l'Okhrana. 

C'est là que nous nous séparons de de l'injure du copier coller pour n'en rester u'à l'expérience historique.

Ce programme consiste, sous couvert d'une lutte pour le progrès social et de « défendre les droits des ouvriers et d'élever leur morale religieuse », de former des groupes d'hommes étroitement surveillés, et surtout de les éloigner de l'influence des groupes sociaux-démocrates et sociaux-révolutionnaires à la popularité grandissante. 

De fait, seuls ceux de confession orthodoxe sont éligibles pour rejoindre cette organisation ayant 12 sections et 8 000 membres, excluant ainsi les indésirables groupes ouvriers. 

Gapone n'était pas un simple agent de la police politique fin stratège, il réussit sa mission en orientant les ouvriers vers des demandes économiques et non-pas politiques. 

En décembre 1904, les ouvriers de l'usine Poutilov transmettent à la direction une lettre de revendications économiques, comme recommandé par Gapone, lettre refusée à la fin du mois. Cela déclenche l'indignation et la colère chez les ouvriers.

Fce à inefficacité de leur action, Gapone feint de s'indigner aussi, pour ne pas perdre son influence.

Après plusieurs réunions tumultueuses, les ouvriers décident de mettre en œuvre la première grève ouvrière majeure de l'histoire de la Russie, très vite rejoint par les autres usines de Saint-Pétersbourg. 

Le 3 janvier 1905 sur fond de défaites en Mandchourie, la grève démarre aux aciéries Poutilov dans les faubourgs de Saint-Pétersbourg. 

Trois jours plus tard, le travail cesse dans 382 usines (toutes vitales pour le pays et l'armement des troupes).  

Le pope Georges Gapone entre alors en lice,

Confiant en Gapone, la police n'intervient pas, ce qui renforce d'autant plus sa légitimité dans le mouvement. Il rédige "au nom des ouvriers et paysans malheureux de toutes les Russies, une pétition au tsar", Le pope Gapone a l'idée d'organiser une marche vers le Palais d'Hiver pour " porter pacifiquement les propositions de mesures au souverain ".  

Au milieu de l'agitation politique de la section bolchevique des sociaux-démocrates, la pétition-supplique au tsar recueille rapidement 150 000 signatures. 

A travers cette requête, les signataires s'adressaient à l'empereur en fidèles sujets : ils le suppliaient le "Tsar-Batiouchka" (Petit Père) de réparer les injustices et de soulager leur misère. 


Le 8 janvier il lui adresse la lettre suivante :  

"Nous nous présenterons demain, à deux heures et demie, au palais d'hiver, pour t’exposer les aspirations de la nation entière[...] 
Jure-nous de satisfaire nos exigences, sinon nous sommes prêts à mourir devant ton palais. Si, en proie à des hésitations, tu ne te montres pas au peuple, si tu laisses couler le sang des innocents, tu briseras le lien moral entre lui et toi." 

Nicolas II  n'était pas à Saint Pétersbourg mais à Tsarkoïe Selo, à vingt kilomètres de là.  Il a rdû recevoir le message, car il écrit dans son journal le samedi 8 janvier :

" ...Depuis hier (?) toutes les usines et fabriques de Saint Pétersbourg sont en grève. On a fait venir des troupes des environs pour renforcer la garnison. Jusqu'ici, les ouvriers sont été calmes. On estime leur nombre à 120 000. A la tête de leur Union se trouve une sorte de prêtre socialiste nommé Gapone. Mirski (Ministre de l'Intérieur) est venu le soir me présenter son rapport sur les mesures prises." 

Le dimanche 9 janvier, après s'être rassemblés devant les locaux de l'association, pour écouter la lecture de la très longue pétition, les manifestants, hommes, femmes et enfants, se mettent en marche avec en tête deux ouvriers portant le portrait du tsar; d'autres dans la foule portent des bannières et des icônes que Gapone a fait décrocher des églises voisines.  Aux abords de la Porte de Narva qui mène au palais, la troupe barre le passage. Comme la foule refuse de se disperser sur les ordres d'un officier, la cavalerie charge, sabre au clair. Ceux qui ne sont pas touchés par les lames, tombent sous les sabots des chevaux. Après avoir traversé la foule, les cavaliers se retournent et chargent une seconde fois. Les policiers de la ville se disposent en une ligne, armes épaulées. La foule continue d'avancer et, sans sommation, ordre est donné de tirer. Les estimations officielles furent de 170 tués. On ne compta pas les blessés...

Dans son journal, Nicolas II écrit le soir du 9 janvier :

"Journée pénible. De sérieux désordres se sont produits à Pétersbourg en raison du désir des ouvriers de venir jusqu'au palais d'hiver. Les troupes ont dû tirer dans plusieurs endroits de la ville. Il y a eu beaucoup de tués et de blessés. Seigneur, comme tout cela est pénible et douloureux. Maman est venue de la ville juste à l'heure du service. Nous avons déjeuné en famille."


De son côté l'impératrice Alexandra écrira plus tard à sa sœur :

"...La situation est grave et c'est manquer abominablement de patriotisme, quand nous sommes en pleine guerre, que de faire éclater des idées révolutionnaires. Les pauvres ouvriers, qui avaient été induits en erreur, ont eu à souffrir et, comme d'habitude, les meneurs se sont cachés derrière eux." 



Le "dimanche sanglant" brisa définitivement l'attachement du peuple au tsar-batioucka. La classe ouvrière devenait une entité politique. 

Bon analyste, le ministre Ermolovf tenta de faire entendre raison au tsar : "Le risque existe que les troupes ne refusent un jour de tirer sur un peuple désarmé dont elles sont issues."

Le 18 février 1905, le tzar fit publier d'une part, un manifeste sévère rappelant que le peuple se devait de soutenir le pouvoir et, d'autre part,un projet de convocation de la Doum

De même que Canaille le Rouge se garde bien de faire des comparaisons entre Gapone et quiconque d'autre, il n'ira pas se risquer sur celle entre Touthenmakron et Nicolas2 d'autant qu'en France, Nicola 1er, princident de la monarblique a fait des offres de service à l son Numéro2.

"L'histoire ne repasse jamais deux fois les plats sinon la seconde, c'est une farce" disait ce bon vieux Karl M.

Méfions-nous des farces ; elles sont parfois avariées.

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