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Refaire rimer Homère avec Voltaire et Robespierre

Quelques idées après le référendum Grec.

Quand Homère nous aide à y voir clair

Quand Homère nous aide à y voir clair

Comment à la fois être de plein pied avec la victoire du peuple grec et ne pas se laisser abuser par la signification du résultat ? Ne pas se laisser leurrer, mais ne pas faire non plus la fine bouche. L’exercice n’est pas simple, mais il faut pourtant s’y atteler.

En restant calé sur deux données (après avoir rappelé que respect de la souveraineté impose obligation de non-ingérence, ce qui dans la dernière période singulièrement du côté du pool réactionnaire médiatico-politique a été une denrée d’une grande rareté) :

1) Le peuple grec s’est emparé du référendum pour rejeter l’austérité imposée par les forces coalisées de l’UE et du capital contre les peuples, un pillage économique voulu par les banques, organisé depuis Luxembourg Bruxelles et Strasbourg par les truands de l’UE. Cette expression de souveraineté, sa force dévastatrice pour le consensus des eurocrates de toutes obédiences, si antagonique aux exigences de la bourgeoisie, a une dimension révolutionnaire.

2) La question qui a rassemblé le "non" maintient le débat à l’intérieur de la logique de l’UE et permet de détourner, édulcorer, récupérer cette dimension.

Un premier enseignement, de portée à ce moment incalculable, qui met les eurocrates en fureur et en transes : il n’y a pas de fatalité au rouleau compresseur de l’UE dès lors que les peuples le décident. Non seulement il est possible de les arrêter mais même de bouleverser leur plan au point de les envoyer au fossé. Cela donne des responsabilités évidentes à qui prétend participer à la construction d’une issue à la crise, l’intervention des peuples mettant en échec les causes premières de cette crise : le Capital et ses outils de coercition économique et politique dont il use pour capter les richesses à son profit exclusif.

C’est d’ailleurs un des points du débat en Grèce :

Syriza aux commandes ne cherche pas à libérer la Grèce du joug des marchés leur BCE ni des ultimatums du FMI bras économico séculier de l’OTAN mais d’aménager les choses pour le rendre supportable au peuple. C'est d’ailleurs le sens de la question posé au référendum, c’est le résultat et les conditions de son obtention qui en font une lame politique qui déferle au-delà de l’objectif, les réactions boursières en témoignent.

Le Parti communiste de Grèce, de tout temps arc-bouté contre l’OTAN et contre l’entrée dans l’UE, en rejetant la question pour ce qu’elle portait d’illusion, a-t-il eu raison ? Sur le fond idéologique certainement et il reste conséquent avec sa ligne de force décidée et confirmée dans ses congrès qui lui attire un soutien que bien des partis au sein de l’UE, se disant communiste, peuvent lui envier.

Constat. Cette position l’éloigne dans un premier temps de la possibilité de pouvoir jouer un rôle parmi ceux qui ont dit NON (en n’oubliant pas que le nombre de ceux qui n’ont pas participé à la consultation est supérieur aux voix obtenues par le OUI ou celle rassemblées sur le NON).

Est-ce une position insoutenable ? D’abord, c’est son choix majoritaire et une des raisons de la scission minoritaire qui créera Syriza. Qui avait raison à Tours ? L’histoire témoigne. Le KKE considère qu’accepter le Traité de Lisbonne est un comportement munichois a-t-il tort ? Pour Canaille le Rouge, à coup sûr Non.

Ensuite, que ceux qui ici du haut des tribunes d’un stade où ils n’auront suivi qu’un match, auront oublié le “ Bonnet Blanc - blanc bonnet ” de la présidentielle de 69 qui laissera face à face Poher et Pompidou, se livre à un petit exercice d’introspection. A l’issue, Tours, Munich, Présidentielle de 69 … mais aussi cette débilitante abstention lors de la révision constitutionnelle ici des années 2000, quel Bilan ? Et quelle dérive !!

En quoi cela serait-il différent d’avec la Grèce de 2015 ?

Le fait que la question sous-tende en cas de victoire du NON l’idée d’aller négocier sur le montant d’une dette plus que discutable et légitimement contesté, laissant le peuple dans le choix de choisir les épices pour devoir avaler le brouet n’est pas une question secondaire. C’était celle qui pourtant était posée par le gouvernement grec comme aux autres forces anticapitalistes.

La question, quelle que soit la réponse, à travers l’UE et de l’OTAN laisse aussi ces deux plaies qui scarifient en profondeur la société grecque et dont le KKE propose que la Grèce s’affranchisse.

Canaille le Rouge rappelle que jusqu’à il y a peu le PCF (du temps de son “ C ” majuscule) exigeait aussi la sortie de l’OTAN même si sauf erreur cela n’apparaît plus dans ses textes officiels et pas non plus dans les statuts du PGE qui lui trace sa ligne internationale.

Que Tsipras au lendemain du référendum se sépare de celui qui tenait à distance les coyotes de l’UE juste avant d’ouvrir de nouvelles négociations n’incite pas à l’optimisme quant au respect de l’exigence du rejet de l’austérité porté par le résultat du 5 Juillet. Se séparer de celui qui (félicitation à lui) "
inspire du dégoût aux marchés financiers" est-il un signe de force ou de soumission ? D’autant que l’augmentation de la TVA déjà concédée ainsi que les tergiversations sur les retraites, la non-taxation des armateurs et de l’église, le maintien des privatisations, les retards sur les engagements électoraux incitent à la réserve.


Cela dit, l’honnêteté oblige de dire au moment où ces lignes sont écrite que les "retards" de Tsipras n’ont pas de comparaison possible avec les reniements des socialistes en France ou les silences pesant du P ”c ”F sur les exigences de réappropriations collectives de service public.


Par contre et cela va être ici un champ de débat, voire d’affrontement, le résultat de ce dimanche par voie référendaire et les soutiens à une exigence de souveraineté populaire là-bas exige qu'ici la question du résultat de 2005 soit non seulement remis sur la table mais soit moteur d’une identique exigence de souveraineté en France, en rappelant que rien constitutionnellement n’est au-dessus de cette souveraineté et que persister à ne pas combattre la forfaiture conduit à se compter dans les rangs des forfaits.


Cette question n’est pas qu’un débat de congrès ou un sujet d’alliance électorale, elle est une question de démocratie et de respect du mandat décidé par le peuple ... À condition que celui-ci l’agite avec suffisamment de force pour faire tomber à terre les hors sols qui persistent à s’en affranchir.


C’est un des enseignements à tirer de ce dimanche, à faire partager si nous voulons un jour de nouveau faire rimer Homère avec Voltaire et Robespierre.

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COTTY 07/07/2015 13:21

Excellente analyse,, je partage..................