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Pour réfléchir

allons chercher

du renfort

du côté

des vers

de ceux

qui sont l'honneur

de l'esprit,

de ceux qui interpellent

le peuple pour qu'enfin

il se dresse

 

une de ses cartes de visite

une de ses cartes de visite

Il est temps de s'unir et de sortir de l'oubli
Ces beaux textes qui ont fait d'un pays son génie.

Souffler sur toutes les braises pour rallumer les feux.

Atiser ces colères qui doivent hisser les gueux

De leur statut d'esclave à celui d'homme libre.

Brandons plongés dans l'encre dont on fait les livres,

Qui porte le verbe sème le froment d'un pain

Dont Hugo et les siens nous portent le levain.  

 

 

Victor Hugo

il y a

151 ans

quelle actualité

Au peuple.

Partout pleurs, sanglots, cris funèbres. 
Pourquoi dors-tu dans les ténèbres ? 
Je ne veux pas que tu sois mort. 
Pourquoi dors-tu dans les ténèbres ? 
Ce n'est pas l'instant où l'on dort. 
La pâle Liberté gît sanglante à ta porte. 
Tu le sais, toi mort, elle est morte. 
Voici le chacal sur ton seuil, 
Voici les rats et les belettes, 
Pourquoi t'es-tu laissé lier de bandelettes ? 
Ils te mordent dans ton cercueil ! 
De tous les peuples on prépare 
Le convoi… — 

Lazare ! Lazare ! Lazare ! 
Lève-toi !


Paris sanglant, au clair de lune, 
Rêve sur la fosse commune ; 
Gloire au général Trestaillon ! 
Plus de presse, plus de tribune. 
Quatre-vingt-neuf porte un bâillon. 
La Révolution, terrible à qui la touche, 
Est couchée à terre ! un Cartouche 
Peut ce qu'aucun titan ne put. 
Escobar rit d'un rire oblique. 
On voit traîner sur toi, géante République, 
Tous les sabres de Lilliput. 
Le juge, marchand en simarre, 
Vend la loi… — 

Lazare ! Lazare ! Lazare ! 
Lève-toi !


Sur Milan, sur Vienne punie, 
Sur Rome étranglée et bénie, 
Sur Pesth, torturé sans répit, 
La vieille louve Tyrannie, 
Fauve et joyeuse, s'accroupit. 
Elle rit ; son repaire est orné d'amulettes 
Elle marche sur des squelettes 
De la Vistule au Tanaro ; 
Elle a ses petits qu'elle couve. 
Qui la nourrit ? qui porte à manger à la louve ? 
C'est l'évêque, c'est le bourreau. 
Qui s'allaite à son flanc barbare ? 
C'est le roi… — 

Lazare ! Lazare ! Lazare ! 
Lève-toi !


Jésus, parlant à ses apôtres, 
Dit : Aimez-vous les uns les autres. 
Et voilà bientôt deux mille ans 
Qu'il appelle nous et les nôtres 
Et qu'il ouvre ses bras sanglants. 
Rome commande et règne au nom du doux prophète. 
De trois cercles sacrés est faite 
La tiare du Vatican ; 
Le premier est une couronne, 
Le second est le nœud des gibets de Vérone, 
Et le troisième est un carcan. 
Mastaï met cette tiare 
Sans effroi… — 

Lazare ! Lazare ! Lazare ! 
Lève-toi !


Ils bâtissent des prisons neuves. 
Ô dormeur sombre, entends les fleuves 
Murmurer, teints de sang vermeil ; 
Entends pleurer les pauvres veuves, 
Ô noir dormeur au dur sommeil ! 
Martyrs, adieu ! le vent souffle, les pontons flottent ; 
Les mères au front gris sanglotent ; 
Leurs fils sont en proie aux vainqueurs ; 
Elles gémissent sur la route ; 
Les pleurs qui de leurs yeux s'échappent goutte à goutte 
Filtrent en haine dans nos coeurs. 
Les juifs triomphent, groupe avare 
Et sans foi… — 

Lazare ! Lazare ! Lazare ! 
Lève-toi !


Mais il semble qu'on se réveille ! 
Est-ce toi que j'ai dans l'oreille, 
Bourdonnement du sombre essaim ? 
Dans la ruche frémit l'abeille ; 
J'entends sourdre un vague tocsin. 
Les Césars, oubliant qu'il est des gémonies, 
S'endorment dans les symphonies 
Du lac Baltique au mont Etna ; 
Les peuples sont dans la nuit noire 
Dormez, rois ; le clairon dit aux tyrans : victoire ! 
Et l'orgue leur chante : hosanna ! 
Qui répond à cette fanfare ? 
Le beffroi… — 

Lazare ! Lazare ! Lazare
Lève-toi !


Jersey, mai 1853.
 


Victor Hugo.

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