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Armorique et vieilles dentelles ou l' en dessous de Descartes

Armorique et vieilles dentelles ou l' en dessous de Descartes

Il y a parfois des raccourcis qui tuent... Surtout ceux qui les indiquent, ouvrent la route et s'engagent à l'aveuglette sur des chemins creux qu'ils ont eux-mêmes minés.


Si une page consacrée à la situation en Bretagne venant d'un blogueur traînant une réputation de pertinence et finesse d'esprit, ne circulait pas sur la toile, Canaille le Rouge n'aurait pas investit dans un temps, dans la période limité, pour venir croiser le fer avec le nommé Descartes.

Une sommité progressiste du net et des blogs réunis que par ailleurs, Canaille le Rouge considérait comme un esprit ouvert et affûté même si souvent plus que contestable, vient, à propos de la Bretagne des Bretons, de la crise réelle qui s'y produit, d'user de schémas qui doivent vraisemblablement plus sortir d'un esprit momentanément surmené que de son acuité habituelle. Encore que.

Canaille le Rouge ne sait pas qui se dresse derrière le pseudo et, usant de la même pratique, ne saurait lui en tenir grief. Ce sont donc les mots qui portent une pensée qui sont ici la base de l'interpellation. 

 

Canaille le Rouge partira d'un théorème vieux comme la pensée qui confirme que la somme de poncifs empilés n'a jamais produit une seule idée juste.

Pour montrer que ce qui suit n'est pas lié à une brutale sécrétion d'acidité gastrique mais bien de la volonté de faire cesser de droite comme de gauche l'étalement d'un certain nombre de ces poncifs, Canaille le Rouge vous met en lien le texte qui le fait réagir aussi énergiquement que sereinement :"i
ls-ont-des-chapeaux-ronds-a-bas-les-bretons.html"


Ce texte en substance porte l'idée que les bretons considérés comme une entité homogène sont des réactionnaires attardés, assistés ne subsistant que par la charité du reste de la communauté nationale et , ce qui a décidé La Canaille à réagir un ramassis de suivistes, des nostalgiques de Vichy qui comme chacun sait la ville et sa région (pas le gouvernement de Pétain) n'aurait jamais vu le moindre maquisard ou saboteur.

Dire cela du haut d'une chaire clinique de bretonologie ancrée au café de Flore est non seulement aussi injurieux historiquement que faux de dire "parce que Vichy est dans l'Allier que les Auvergnats auraient été des collabos ". Aussi faux et aussi injurieux pour les deux : les maquis, sabotages et filières d'évasions et protections des persécutés en portent témoignage. Puisque le propos, injurieux, a été tenu, La Canaille, qui n'est pas breton mais issu pour part de la troisième et peut être quatrième génération de parisiens, et qui dans son patrimoine génétique a plus d'ancêtres du côté de Brest-Litovsk type tizeff que de Brest-même façon "ti-zef" y reviendra plus loin.

D'entrée, argumenter l'existence et les conséquences possibles d'un pseudo séparatisme de masse à partir de l'exemple des Antilles, outre la négation du droit des peuples à leur souveraineté et à son cadre défini par eux, ce Descartes porte une vision colonialiste qui éclaire une vision au final très impérialiste et néocoloniale qui fait la chape sur laquelle sera installé le socle de ses arguments.

Premier argument, la langue : Pourquoi le bilinguisme serait vertu au bord du Rhin et tare coté Iroise ? Si La Canaille reste réservé sur les écoles de type Diwan c'est d'abord parce qu'elles sont la continuité de la privatisation de l'école publique laquelle en Bretagne a été le fer de lance non pas de l'école progressiste mais de la réaction pour éradiquer un des vecteurs de la solidarité populaire sa langue. 

 

La Canaille prend dans le dictionnaire amoureux de la Bretagne de Queffelec cette citation du sous préfet de quimperlé en 1831 "faisons que le clergé nous seconde en n'accordant la première communion qu'aux seules enfants parlant français" (ce qui au passage,vu la date, le personnage et l'angle d'attaque, relativise –sans le nier—le rôle des "hussard de la République" qui au moins jusqu'en 1936 seront sous la coupe d'une bourgeoisie impérialiste qui consommera du breton bretonant sans s'en inquièter sur tout les champs de bataille.

Seconde affirmation de celui qui n'est plus puisque ayant arrêté de penser :


Dire que les gars de la navale, des forges d'Hennebon, les ouvriers des arsenaux ou les marins pêcheurs et les filles des conserveries sont réactionnaires par soumissions, comportement d'assistés est porter à un niveau himalayen d'ignorance historique et une absence crasse de connaissance sociale qui aurait mis le vrai Descartes dans une immense colère : si pour être, il faut penser, là, la pensée semble avoir atteint des limites.

 



Entre le président de la FNSEA qui dit à la télé sans que celui qui tend le crachoir ne le reprenne qu'il n'y a pas de péage routier en Bretagne grâce à De Gaulle en oubliant l'histoire de l'unification du royaume, l'accord de 1532 (voir note de fin), les premiers cahiers de doléances de 1789, qui reprennent l'acquis et le font entrer dans le terreau Républicain conduit notre parisiano-girondin (désolé mais les Montagnards ne sont pas nombrilo centralisateurs, eux) est d'une bêtise certainement due à une colère mal maîtrisée plutôt qu'à une connaissance historique prises en flagrant délit de défaillance ou alors c'est voulu et...

C'est surtout avoir une vision de la réalité des choix d'aménagement du territoire organisé par le capital dominant en dehors des rapports de classe.


Citroën ne part pas à Rennes pour offrir des emplois aux Bretons, mais pour fuir la défaite de sa CFT à Javel, à l'occasion spéculer sur les terrains parisiens, en souhaitant y trouver une main d'œuvre moins récalcitrante à ses exigences productivistes sachant que la crise de la restructuration du monde agricole imposée mise en place de la CEE, aubaine pour la grande bourgeoisie foncière bretonne lui en offre l'opportunité en lui apportant une main d'œuvre parcellisée non contaminée par les solidarités ouvrières.

En 1870, la bourgeoisie ratissait la campagne bretonne pour faire les soldats de sa répression, en 1880 les fantassins de son colonialisme, en 1914 la chair à canon des marchands du même nom. Dans les années 60 du XXème siècle la chair à produire pour le capital en restructuration.

Oui, ce n'est pas pour exporter la clémence économique germanopratine bien connue que l'argent de l'état a été injecté en Bretagne mais bien parce que le capital cherchait à se sortir de la contradiction majeure que 68 avait révélée : la concentration de main d'œuvre structurée autour du modèle Keynésien de production créait les conditions de la subversion du capital et plus que jamais en profitant des réorganisations spatiales encouragées par ce qu'on appelait le marché commun les régions dites périphériques seraient le moyen de faire rosir si ce n'est blanchir la ceinture rouge qui enserrait la capitale.

Notons que ce sera la même logique qui fera liquider la sidérurgie en Lorraine avec les délocalisations des hauts fourneaux sur Dunkerque et Fos après la liquidation et la noyade criminelles des bassins miniers.

Le capital, les maîtres de forges, les banquiers et armateurs, les hobereaux des grands domaines ne sont sentimentaux qu'avec leur portefeuille. Notre blogueur, apeuré par les risques que comporte de s'attaquer au système qu'il stipendie dans ses à côté, fera comme Descartes le grand dont il endosse la défroque : il se rétracte et devient petit pour ne pas dire pleutre comme son référent devant l'exemple des persécutions de Galilée.

Et donc devant une crise économique majeure qui demande d'identifier les causes et parties prenantes, il bifurque ignorant le capital et ses sergents recruteurs mais stigmatisant un groupe sans regarder en son sein qui fait quoi, qui est qui, qui est source des difficultés, qui s'y soumet qui s'y oppose.

Dans l'article de notre expert le mot capital n'apparaît jamais, lutte de classe n'existe pas, comme toujours dans les amalgames elle est aux abonnés absents et sa vision très institutionnelle de l'organisation économique porte une approche qui transpire ce qui fait les choux gras et le fond de commerce dès son origine de la classe dominante, dès hier de la social-démocratie rejoint aujourd'hui par les euro-compatibles de l'ex PCF.

Simultanément à partir d'une bourgeoisie marquée par sa capacité à être du côté de la Ferme, des armateurs et du soutien historique des hobereaux et nobliaux (l'état-civil à charnières digne de paravents japonnais des élus de droite a marqué sa réalité politique jusqu'à la fin de la période giscardienne) cette aristocratie, portée par un clergé dont le bas pouvait être atteint par la vérole mais le haut avait son rond de serviette chez les détenteurs du pouvoir économique a quadrillé les territoires depuis plus de cinq siècles. Et cela depuis la vraie et unique à ce jour révolte des Bonnets Rouges, celle où la dame Rabutin Chantal, Marie ci-devant (de)Sévigné se réjouissait de voir "brancher les gueux comme arbres de may" avec le concours des ancêtres des faux nez rouge d'aujourd'hui. 

 

Mais si on branchait, c'est qu'il y avait résistance.

Devant le mépris et sans focaliser mais juste se mettre sur le terrain choisi par notre stigmatiseur de différences, puisqu'il faut mettre quelques points sur les "i", quant au niveau culturel breton, celui-ci se construit à partir d'une volonté de recouvrer une culture niée par la bourgeoisie laquelle recrute ses cadres et ses sabreurs aussi bien à Bordeaux Rouen qu'à Nantes St Malo ou Rennes et Quimper qu'à Reims ou Paris. 

 

Une classe dominante qui partout sait envoyer la troupe d'autres régions de conscription contre la colère des autochtones, les installe à Pont Croix, Quimper pour mater la population côtière. Pendant ce temps, la Bretagne contemporaine fait grandir ses Stivell, Servat et autres, au même moment où à l'Olympia on affiche Sardoux et Philippe Clay, Paris, "modèle" , persiste dans la censure de Ferrat ou ignore le jeune Leprest, Brel et Brassens crève la dalle et Barbara cachetonne pour survivre. La réaction occupe maison d'édition et plateau TV. 

 

Dès les années 50, le FTP Vautier construisait un cinéma révolutionnaire tandis que la presse parisienne se pâmait devant "Caroline Chérie".

 

Avant même d'entrer dans la polémique qui il y a trois décennies faisait rage entre Jakez Hélias et Grall sur l'ancrage dans la modernité d'une culture qui ne vit pas sous verre, le parisianisme de Descartes nous offre ses nouveaux philosophes jusqu'à nous prescrire du BHL et autres médiasophes. Cela dit de façon provocatrice et en vrac pour casser les idées manichéennes.

 

Et oui, monsieur Descartes en sol mineur, le breton n'est pas qu'une machine, il a aussi une humanité. Il pense, donc il est. En cela, recul du temps, Rousseau et Diderot sont à convoquer, Canaille le Rouge vous propose de vous y atteler.

Quand on traite d'un sujet, surtout en temps de crise, il faut savoir prendre de la distance avant de globaliser les images au risque de devenir caricatural.

Est-ce à dire que tout ce qui se dit et produit des turbulences idéologiques ou sociales et les pratiques de l'ouest du Couesnon serait à systématiquement cautionner ? Pour qui suit les p@ges de La Canaille pas d'équivoque :

Quand le maître à penser des légumiers, vénéré comme un dieu, monte Brittany ferry pour faire de l'exportation alors que dans les cités populaires on ne mange pas de légumes et que ce même Alexis Gourvenec pour se déployer n'a de cesse, démagogie et répression (et aide de l'axe Paris)-Bruxelles), en s'appuyant sur les directives européenne, de s'en prendre au statut des marins qui ont assuré la fortune des dits légumiers et celle du Crédit Agricole, l'homme qui sera à la base de la nitratation et la potassiumisations de l'agriculture bretonne avec ses camps de concentration à volailles ou à cochons,  notre Descartes prend des accents qui articulent les pratiques d'état-major du hobereau, la globalisation et le fantassin de paysan qui marche ou crève et se retrouve dans le même sac que le général.

 


Enfin, petite ignominie au détour du poulet qui là n'est pas breton, s'il est juste de rappeler que les indépendantistes bretons ont plus que frayé avec Vichy et la collaboration, dire que certains patrons industriels ou de la très grande distribution ont été plus qu'en délicatesse en 1945 au point que même les réseaux gaullistes de l'AS en garde une rancune inextinguible, comment être si encoléré pour user de tels raccourcis que le discours ne repose plus sur aucune méthode ? 

 

La Bretagne est la région de la zone occupée des 40 qui a été quasi totalement libérée par sa Résistance, et celle où les combats furent si violents et durables que, peu de gens le savent (il semble que notre philosophe soit dans la masse) les combats durèrent jusqu'au 9 mai 1945 (oui, vous lisez bien, le lendemain de la capitulation du Reich).


Donc, pour être pertinent dans le combat contre la réaction, mieux vaut garder les idées calmes, ne pas hésiter à se renseigner avant de proférer des inepties. Quelle crédibilité maintenant que comme algues vertes en canicule l'auteur a déversé tant de matières à engraisser des poncifs éculés qui participent à chercher à souder des intérêts antagoniques qu'il s'en est rendu inaudible.

Finalement, ce n'est pas plus mal parce que la globalisation idéologique et les outrances de la pensée servent toujours l'idéologie dominante.



*.le 4 août 1532, les États de Bretagne, convoqués par François Ier à Vannes, adressent au monarque une supplique pour "unir et joindre par union perpétuelle iceluy pays et duché de Bretagne au royaume, le suppliant de garder et entretenir les droits, libertés et privilèges dudit pays et duché ". Cette requête, présentée au roi dans la grande salle du : palais épiscopal de la Motte, est acceptée par une lettre donnée à Vannes ce 4 août 1532 qui, entre autres, dit :

 

"Il rappelle la demande des États :
D'unir perpétuellement la Bretagne à la couronne de France,
De conserver les " privilèges, franchises, libertés et exemptions anciennement octroyées et accordés par les Ducs de Bretagne nos prédécesseurs ",
Il confirme "perpétuellement ", en tant que Roi et Duc, ces privilèges, "sous réserve des modifications que pourraient demander ultérieurement les États"

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Très forte et très utile réflexion. Merci,Canaille. Roquet