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☭Tordre le cou au coup du coût.

☭Tordre le cou au coup du coût.



Il est souvent très utile d'écouter ce que savent distiller les barons du capital quand ils sont en veine de confidence ou quand ils se retrouvent entre eux.

Quand de plus cela vient du capital « guide », celui qui donne le « la » en Europe continentale dont celui de notre pays depuis le début des années 30 (voir à ce sujet le dernier livre d'Annie Lacroix-Riz) l'écoute se transforme en visite guidée de la stratégie de fond et... une échelle de mesure des renoncements à la transformation pour ceux qui ne s'engagent pas à les combattre.

Le Monde Diplomatique de septembre, au cœur d'une livraison dense toujours de haut niveau, ouvre cette fenêtre. La Canaille sans vergogne se propose de l'enjamber allègrement pour explorer des espaces qui sont laissés volontairement en friche par ceux qui se parfument de les occuper dans notre intérêt.

Dans un article d'Olivier Cyran intitulé « En Allemagne, les patrons votent à droite mais remercient la gauche, nous trouvons cette pépite du mépris patronal qui fait le fonds de commerce de tous les Medef du monde, pépite que la capitulation (générique aux autres) de la social-démocratie allemande et de son syndicalisme engrené permet de débarrasser de ses scories : « la main d'œuvre a un coût, exactement comme le porc. Dans le cycle commercial, les prix sont élevés quand le porc est rare, quand il y a beaucoup de porcs les prix baissent ».

 

O. Cyan nous indique que l'auteur de cette très sociale maxime était patron de la fédération de l'industrie allemande avant de migrer comme consultant chez Carlyle puis animateur TV.

 

Le porcher est arrivé à bon port.

Nous pourrions n'en rester qu'à l'indignation voire la colère demandant des comptes, mais Canaille le Rouge propose de partir de là pour pousser ce que les plus anciens connaissent bien, mais qui n'est plus ou mal enseigné dans les formations syndicales et a depuis longtemps été relégué au musée par tous ceux qui ne jurent que par l'horizon indépassable du marché.

Toute la question est de savoir si le travail est une marchandise comme une autre répondant aux critères du marché, une marchandise qui aurait un coût qu'il faudrait à tous coups faire baisser pour être compétitif. Ce qui est le programme commun de la droite au pouvoir ou dans l'opposition et de la « gôche » quand elle n'est pas dans l'opposition et a soutenu le contraire pour arriver au pouvoir.

C'est toute la condition salariale qui se trouve ainsi posée et celle de son abolition. Le porcher teuton imbibé de son propre lisier nous donne l'occasion de remettre la question sur le métier.

Pas de travail pas de création de richesse. La preuve par la grève.

Singularité du travail humain et c'est le seul, il produit plus de richesses que ce qui est nécessaire à sa production. Les physiciens enseignent que le rendement énergétique de toutes les formes d'intervention sur la matière est toujours inférieur au tout engagé. Ainsi, la machine à vapeur qui a permis la révolution industrielle établissant la domination du capital (lequel en a conclu la perpétuité de son état et en théoriser son infaillibilité et son universalité) avait un rendement de 7%. L'électricité a permis de hausser le rendement. D'emblée, le travail humain produit plus que ce qui est nécessaire à sa production. Le capitaliste s'accaparant la différence, l'accumulant en capital organisant ainsi par la captation et l'exigence de rémunération du hold-up la spoliation de ceux qui créent les richesses et instituant ce que l’école économique partant des travaux de Marx nomme à juste titre le coût du capital.

C'est comme cela nous dit l'article du Diplo que les principaux dirigeants d'entreprises allemands ont touché en 2010 des revenus quatre fois supérieurs qu'en 1995. Le Rhin historiquement n'a jamais été une frontière imperméable, le CAC et ses 40 voleurs en sont la preuve.

Reste une question de taille qui pèse sur la capacité de construire une alternative à ce système, la question du travail comme moment indépassable d'un marché en est le pivot. Si celui qui produit le travail est soumis sans issue à la volonté de celui qui l'organise pour toujours plus et mieux capter la richesse produite, pas d'alternative possible et les tenants de l'alternance anciens prophètes et nouveaux convertis quelle que soit la pourpre de leur bannière et l'or de leur sigle pourront se complaire dans la soue de l'éleveur d'outre Rhin.

Ou bien la bataille s'engage pour dire que le travail ne dépend d'un marché qu'à la condition que ceux qui disposent de la force de travail l'acceptent.

Nous avons sous les yeux la démonstration de l'enjeu et la justesse de ce combat :

Si 430 milliards par an de richesses crées, parce que socialement consommées en retour immédiat au travers de la protection sociale, ne sont pas dans le marchés et donc si la part de travail qui le fabrique échappe à ses ukases, c'est la démonstration qu'il n'y a pas d'horizon indépassable de cette capitulation idéologique.

C'est pour l'avoir oublié puis nié que l'école marxiste française « officielle » d'économie est allée à Canossa et en revenue certes vêtue de neuf, mais de la livrée des laquais de ceux qu'elle prétendait combattre.

Si nos nouveaux bourgeois de Calais avaient pris le temps de lire ce que certain de leurs voisins de colonnes disent si justement dans l'Humanité (voir les chroniques savoureuses et roboratives des Pinçon-Charlot) sur la nature de classe et l'enjeu de la contestation de l'alternance pour renverser la dominante, ils se seraient épargnés le ridicule (ce qui en soit, si cela pouvait les achever, dégagerait l'horizon) mais nous auraient évité trois décennies de capitulation face au capital.

C'est ici qu'il faut décider si l'émancipation exige de tordre le cou du coup du coût. 

Si le travail est une marchandise comme une autre, il a alors un coût et les économistes bourgeois n'ont plus d'efforts à faire pour justifier la rente qu'ils s'octroient à perpétuer leur marotte. 

S'il n'est pas une marchandise mais un processus que le génie humain met en œuvre pour dépasser l'existant, il ouvre deux portes. Celle du coût du capital en gâchis par la confiscation et l'affaiblissement de son potentiel produit par l'accumulation ou celle de la mise en commun sous forme de consommation permanente immédiate collective (investissement et impôts compris).

Dès lors, les conditions de l'usage de la richesse reposent la question du communisme avec en prime l'urgence d'ouvrir le débat sur les formes sociales de la propriété collective, celle d'exercice de la souveraineté populaire à tout niveau pour maitriser cet usage.

C'est aussi, conséquence, l'obligation de repenser les liens de représentation et la nature des relations au travers du mandat et des impératifs de son contrôle collectif et démocratique.

En fait, la goujaterie du patron allemand est le révélateur de la veulerie de ceux qui capitulent devant le capital en tous lieux. Et puisque cette p@ges du c@rnet s'engage à partir d'un article du Diplo, prenez donc le temps de lire le dossier de Serge Halimi. Si des points restent en débat, voire même contestables, son orientation générale éclaire ce que gauchement La Canaille tente de faire partager.

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