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Egypte toujours,

 

 

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Et toujours le stylet acéré de l'ami burki

 

 

La place Tahrir le 04 février : "ce sont les masses qui font l'histoire" CQFD

http://www.rue89.com/files/egypte_caire_0402_fullsize_inside2.jpg

 

La Canaille reprend ceci d'un c@arnet dont le lien vous a été passé avant hier  (http://snony.wordpress.com/) Il s'agit d'un reportage sur place lors de la journée de vendredi

Snony  nous dit entre autre:

 

Plusieurs amis viennent de recevoir la visite de la police militaire. Les ordinateurs sont fouillés. Il devient évident que le pouvoir joue la carte d’une répression féroce.

Voici la suite de son témoignage 

 

 

Malgré les innombrables violences des milices pro-Mubarak de ces derniers jours, les égyptiens ont très massivement répondu à l’appel des jeunes insurgés pour faire de ce jour le « jour du départ » de leur président.

Dès 10h00 du matin, on pouvait mesurer que la journée serait un immense succès. Les gens sont venus en famille, par groupes, par quartiers, malgré les dangers toujours présents. Ces dangers ne sont pas sur la place elle-même qui est parfaitement sécurisée par trois ou quatre cordons de service d’ordre et par les tanks de l’armée, toujours présente, mais sur les chemins d’accès. La campagne xénophobe permanente de la TV égyptienne commence à marquer en profondeur les esprits. Ceux des partisans du président qui sont ainsi dopés pour commettre leurs exactions. Mais aussi ceux des comités de quartier qui montent la garde en permanence. Même si depuis le début ils ont montré leur sympathie pour la révolution, la crise alimentaire, les propos xénophobes des autorités et les risques permanents de violence épuisent leurs nerfs.

11h00 : Nous sommes vendredi, jour où la prière du midi est précédée de prêches. Il en est de même sur la place où un cheikh très médiatique, Mohammad Hussein Yaqob est venu faire un discours enflammé de soutien à la révolution. Un jeune à côté de moi montre des signes d’agacement : « Avant il prêchait la docilité et l’obéissance aux chefs, aujourd’hui il soutient la révolution, quel hypocrite ! ». On peut  vérifier aisément sur Youtube ou autres médias que les discours habituels de cet homme n’ont pas toujours eu cette ouverture…

Un deuxième prêcheur, venu de l’Université al-Azhar,  n’aura pas cette duplicité : après avoir fait vibrer toutes les fibres patriotiques et nationalistes possibles il conclut son discours par un appel au respect du président. Tout cheikh qu’il fut, il s’est instantanément fait conspuer par la foule et on lui a gentiment repris le micro. Au moins, on peut reconnaître à cet homme un certain courage : venir sur cette place, devant des centaines de milliers de personnes, tenir une telle position nécessite une certaine … témérité !

Le troisième prêcheur (Hafez Salâma) m’est présenté par mes voisins comme un personnage très célèbre et populaire à Suez qui a fait le déplacement. Ses propos sont vivement applaudis à la fois pour leur contenu et pour ce que représente la résistance qu’a menée cette ville ces derniers jours (video).

Je m’écarte de la place pour retourner à la mosquée-hôpital ibâd al-rahmân, suite à une appel d’un des jeunes bénévoles qui y travaillent. Il veut montrer au monde entier ce qui se passe ici, les blessés et les morts qui défilent, et aussi la formidable solidarité des gens, musulmans et chrétiens, qui passent poser des poches de médicaments, du matériel de première urgence.

Je peux constater que depuis mon passage le 29 janvier dernierle lieu s’est sérieusement organisé : des médecins se relayent, un accueil des dons en nature est assuré à l’entrée, une pharmacie est organisée  (dans le meuble où les gens mettent habituellement leurs chaussures en rentrant dans la mosquée). Les jeunes volontaires qui s’occupent de cet endroit viennent de monter un groupe FaceBook (cliquer ici pour le lien). Ils ne dorment que 2 ou 3 heures par nuit, encaissent l’horreur de certaines blessures, les décès, et ne peuvent rentrer chez eux à cause des risques pour atteindre leurs propres quartiers. Ils font preuve d’un dévouement qui force l’admiration. Le Dr Naguib (video), harassé, présente leur travail, les différents types de blessure qu’ils ont à soigner : brûlures par cocktail Molotov, blessures à la tête par jets de pierre, fractures sous les coups de baramine, mais aussi troubles psychologiques : un homme est allongé et dort juste à côté après avoir été mis sous sédatif suite à une très grande frayeur lors d’une attaque. Il raconte ici le décès de deux jeunes la veille.

Lorsque je reviens sur la place, il est près de 14h00, la foule est encore plus dense et joyeuse et continue d’affluer. Je refais le tour de la place pour aller voir ce qui se passe du côté du musée. Les pro-Mubarak ne sont pas loin, sur le pont du 6 octobre, mais aussi sur la rue Ramsès. Pour faire les trois cent mètres qui me séparent de chez moi, il y a une dizaine de barrages à passer maintenant, contrôlés par les insurgés. Je suis accompagnée très gentiment, de barrage en barrage, par des gardes du corps qui ne m’amènent au barrage suivant qu’après avoir vérifié qui est sur le trajet. Des manifestants pacifistes défilent sur Talaat Hard, mais une heure plus tard ils sont attaqués par les autres à coup de pierre. De mon balcon, je vois vers 15h, à l’autre bout de la rue, côté Ramses, les pro-Mubarak qui tentent de forcer le barrage du comité de quartier (video). L’armée tire en l’air, puis vient se poster à cet endroit ce qui semble les avoir éloignés définitivement.


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