voiles et laïcité le débat se poursuit

Publié le 9 Février 2010

Suite à la reprise ici de l'article du Fennec, J Dimet a adressé un commentaire qui ouvre un débat plus qu'intéressant sur laïcité et démocratie. Voici ce message suivi de la réponse de la Canaille. 



Que Trotsky se retourne dans sa tombe! je ne crois pas à la résurrection. Mais si il peut revenir parmi nous, pourquoi pas. Trève de balivernes. Je ne sais pas ce qu'aurait dit ou pensé Trotsky mais nous ne sommes pas dans la première moitié du vingtième siècle. Regardons le monde et la France tels qu'ils sont. Sommes nous menacés aujourd'hui par l'islam? Je ne vois pas en quoi la présence de Mgr Gaillot, qui porte l'habit, serait moins génante qu'une femme qui se réclame de sa religion? En quoi la candidate NPA serait plus avilissante pour les purs et durs révolutionnaires que nous sommes censés être que les théologiens de la libération? En fait ce qui choque ce n'est pas que cette candidate affiche sa religion c'est qu'elle soit femme. Et qu'une femme, même voilée, fasse de la politique, c'est manifestement cela qui gène. Et c'est bien dommage.

 

 

 

En rappelant que l'adhésion aux idées de Trotsky n'a jamais été et n'est vraiment pas ici à l'ordre du jour, il ne s'agit pas de stigmatiser une femme portant un voile ce qui est son droit au même titre que pour une religieuse catholique ou une soutane pour un prêtre, les signes extérieurs d'un ministère ou d'un culte pour les juifs, les musulmans, ou les toges safrans des bouddhistes. C'est son droit de citoyenne. La question n'est pas une menace islamiste qui pour moi n'existe pas. La question de fond réside dans l'acceptation ou pas d'un cadre idéologique dominant pour mener la bataille d'idée.

 

Sous entendre qu'il s'agirait d'une contestation du droit des femmes à faire de la politique va faire plus que sourire tout ceux qui vont lire cet échange, c'est à contre sens des pratiques de la maison, toute la lecture des textes du blog en témoigne.

 

Le genre ne fait rien à l'affaire une pratique réactionnaire défendue par une femme l'est tout autant que portée par un homme tout comme un président noir aux USA n'empêche pas une offensive impérialiste à Haïti.

 

Ce n'est bien sûr pas parce qu'elle est femme que je dénonce mais du point de vue de la bataille républicaine pour la laïcité. Aller aux combats contre la droite, le capital en portant l'uniforme des distributeurs d'opium des peuples en temps de crise où les opiums se dispensent comme thérapie individuelle contre l'urgence d'unir doit être combattu d'où que vienne la fumée.

 

Que le NPA monte ses listes avec un trébuchet pour un dosage à l'identique des autres formations est de son droit. Il rejoint ainsi les pratiques que la LCR dénonçait chez LO qui pour sa part présente ses listes sur une base de culture du rejet du selon lui "dominant" à partir d'un comportement assez "néo-poujadiste de gauche" de cette formation.

 

Maintenant qu'une organisation pratique un racolage clientéliste qu'elle dénonçait il n'y a pas si longtemps est surprenant. Que pour cela le NPA caresse dans le sens du poil les comportements communautaristes à contre courant des valeurs progressistes et républicaines qui fondent le mouvement révolutionnaire en France tout comme la conversion du PCF au valeur du marché doit être montré pour qu'en conscience les citoyens puissent juger.

 

Parce qu'il ne faut pas être naïf sur l'affirmation d'un attachement à la laïcité avancé en portant par les attributs d'une pratique religieuse avérée aussi crédible qu'une manif  antimilitariste en portant un Képi ou un béret rouge ou des religieuses en cornette pour défendre l'école laïque. Ces pratiques convergent avec celles de ceux qui travaillent tout azimut au démantèlement de la loi de 1905.

 

Ensuite sur  le rapprochement avec la théologie de la libération, il me semble qu'entre des combats à l'intérieur d'appareil religieux (qui conduiront à la victoire de la partie la plus obscurantiste de la chrétienté avec les engagements et dégâts humains physiques et moraux en Amérique du sud) et les pratiques politiques d'une Républiques sortie de l'ornière confessionnelle par bientôt trois siècle de lutte pour faire de la religion une sphère privée respectable parce que non partie prenante des repères institutionnels, il y a un sacré monde.

 

Et pour provisoirement conclure un débat qui doit se poursuivre, il est urgent de combattre tout les comportements ou actes qui valident les montées des communautarismes et s'inscrivent dans la dilution des souverainetés populaires dont la laïcité est un des piliers.

Si le coeur et l'esprit vous en dit, la rubrique commentaire est à votre disposition.

Il n'y aura d'autre censure que la longueur des réponses (pas plus de deux pages)... Et je m'engage à m'appliquer ces critères ! 

Rédigé par canaille le rouge

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charlotte 10/02/2010 18:55


Si un parti prétendu révolutionnaire ( pour l'abolition de toutes les aliénations) présente une personne qui ne se reconnaît que dans l'adhésion à la lutte contre certaines aliénations et pas
contre TOUTES les aliénations, c'est déjà un premier paradoxe : La religion serait ainsi mise à l'écart du reste de ses combats . Concrétement donc pas de remise en cause dans l'ordre politique de
l'enseignement confessionnel au moment précis ou l'Etat se désengage de l'Education Nationale,  où des accords ont été signés avec des facs catholiques par le Chanoine de Latran et où les
communes sont amenées à subventionner l'enseignement privé. Cette privatisation de l'enseignement concerne depuis longtemps la religion catholique et juive et commence à se mettre en place pour les
musulmans.
La religion a sa politique que les prétendus révolutionnaires feignent d'ignorer.

Que cette personne soit de plus une femme portant un foulard est un deuxième paradoxe.
Car l'aliénation au système patriarcal est ici brandie comme signe de reconnaissance, puisque la soumission aux préceptes divins implique l'acceptation de rapports sociaux entre les sexes qui sont
très précisement codifiés. Hors lorsque l'on est marxiste et révolutionnaire on n'est pas sans savoir que la différence des sexes ne peut constituer la base d'une société communiste :


"C’est dans le rapport à l’égard de la femme, proie et servante de la volupté collective, que s’exprime l’infinie dégradation
dans laquelle se trouve l’homme vis-à-vis de lui-même. En effet, le secret de ce rapport entre l’homme et lui-même trouve son expression non équivoque, nette, manifeste, dévoilée dans le rapport
de l’homme à la femme et dans la manière dont est compris le rapport générique naturel et immédiat (1). Le rapport immédiat, naturel, nécessaire, de l’homme à l’homme se confond avec le rapport
de l’homme à la femme. Dans ce rapport générique naturel, le rapport de l’homme à la nature est immédiatement son propre rapport à l’homme, de même que le rapport à l’homme est directement son
propre rapport à la nature, sa propre détermination naturelle. Dans ce rapport apparaît donc de façon sensible, comme un fait concret, à quel point l’essence humaine est devenue naturelle pour
l’homme, à quel point la nature est devenue essence humaine de l’homme (2). En partant de ce rapport, on peut donc juger le niveau culturel de l’homme. Du caractère de ce rapport résulte la
mesure dans laquelle l’homme est devenu pour lui-même être générique, homme, et c’est compris comme tel ; le rapport de l’homme à la femme est le rapport le plus naturel de l’homme à l’homme. On
y voit donc jusqu’à quel point le comportement naturel de l’homme est devenu humain, jusqu’à quel point  l’essence humaine est devenue pour lui essence naturelle, jusqu’à quel point sa
nature humaine est devenue pour lui essence naturelle, jusqu’à quel point  sa nature humaine est devenue pour lui-même nature. Dans ce rapport apparaît aussi dans quelle mesure le besoin de
l’homme est devenu un besoin humain, donc dans quelle mesure l’autre homme en tant que tel est devenu un besoin pour l’homme, dans quelle mesure l’homme dans son existence la plus individuelle
est en même temps un être social.(3)


 


Karl Marx, Troisième manuscrit, p.145


Est-ce clair ? C'est donc dans le rapport à la femme que l'homme accède à son humanité, Marx en fait même un  critère fondamental pour déterminer le degré culturel où l'homme est arrivé. Il
s'ensuit qu'une société dans laquelle la femme n'est pas reconnue comme la partenaire égale de l'homme, une société qui distribue les places selon l'appartenance à un genre n'a aucune visée
communiste. Sur le plan politique le patriarcat n'est pas un vague concept métaphysique mais se traduit par la soumission ( sexuelle) et sociale de la femme à des lois mises en place par des
hommes. Ce patriarcat, loin d'être aboli dans les pays occidentaux par les luttes des femmes continue à sévir dans l'ordre social où les femmes se retrouvent par exemple avec des retraites
inférieures à celles des hommes. En Chine pays communiste, en Inde, on connaît les politiques d'eugénisme qui ont visé les naissances des filles et qui font par exemple que la Chine se retrouve
avec un surplus d'hommes par rapport aux femmes.


Quand aux pays théocratiques musulmans, à moins d'être aveugle ou sourd il n'est pas besoin de rappeler l'inégalité des femmes devant le divorce, la garde des enfants , les successions.


 


Troisième paradoxe, quand on se prétend internationaliste comme le NPA, on ne choisit pas une candidate qui ne représente qu'une petite partie des 6 millions de musulmans qui sont français. Le
foulard est loin d'être porté par la majorité des musulmanes de France.


Je suppose que demain une candidate en niqab qui se dirait laïque, féministe et anticapitaliste aurait également toutes ses chances de trouver au sein du NPA d'ardents défenseurs.


 


Bref, pour moi, c'est une très mauvaise pour les femmes, un appel à s'identifier à la soumission à un Dieu, à un ordre social et à un petit groupe en contradiction totale avec la visée communiste
et révolutionnaire. Je ne suis