Syrie, qui dit quoi et qui fait quoi ?

Publié le 6 Octobre 2012

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Texte repris du site polex à visiter sans modération (lien avec le site polex) :


Lors d’un débat à la récente fête de L’Humanité, Jacques Fath, responsable des relations internationales au PCF, a déclaré : « Pour que la paix soit possible, il faut que Bachar al-Assad tombe, c’est l’unique solution ». [1]

Cette prise de position range la direction du PCF dans le camp de ceux qui s’opposent à une issue pacifique du conflit qui ensanglante la Syrie.

Le départ de Bachar al-Assad, c’est ce que ne cessent de revendiquer l’administration Obama, le gouvernement Hollande-Fabius et les monarchies réactionnaires du Qatar et d’Arabie saoudite. Le camp des « ultras ».

Pourtant cette exigence n’a jamais été un préalable dicté par les instances de l’ONU, en particulier elle ne figure pas dans la résolution de l’Assemblée générale adoptée en février 2012.

Par ailleurs, le mandat de médiateur confié à Lakhdar Brahimi est clair : « Faire cesser toutes les violences et violations des droits de l'homme en Syrie, ainsi que de promouvoir la recherche d'une solution pacifique au conflit qui sévit dans le pays ». C’est à ce titre qu’il a rencontré Bachar al-Assad dont il n’est pas chargé de demander le départ.

La position de la direction du PCF repose sur une fiction qu’elle entretient depuis les premiers mois du conflit syrien : tout faire reposer sur un « soulèvement contre un régime dictatorial ».

Elle persiste dans cette « explication » alors que les preuves s’accumulent de la présence sur le sol syrien de milliers de mercenaires étrangers, entraînés et armés par l’OTAN et ses vassaux locaux.

Ce complot impérialiste, que dénoncent la gauche latino-américaine et nombre de partis communistes et ouvriers de par le monde, reste inexplicablement ignoré par la direction du PCF.

 

La plus élémentaire honnetteté demande de donner à connaître la réponse de l'interpellé, ce qui a été fait et qu'avec le même souci La canaille répercute.


Il semble assuré que quelque soit les contorsions, il est évident que toutes les danses du ventre ne feront jamais le compte pour s'affranchir du réel.


Voici la Réponse de J Fath :

 

"Tu me sollicites sur la question de la Syrie en me demandant mon avis sur l’implication du Qatar, de l’Arabie Saoudite de la Turquie, de l’OTAN et de la France. Je suis souvent questionné sur la nature et l’évolution de cette crise majeure. Il est fort logique que l’on cherche à connaître les positions des forces politiques françaises et en particulier celles du Parti communiste. Il faut cependant que le débat soit honnête (et je te remercie de me solliciter). Je suis cependant informé que plusieurs sites, que je ne connais pas, se sont permis d’instrumentaliser ce que j’ai pu dire en espérant probablement pouvoir discréditer la politique du PCF. Ce qui est avancé dans ces sites est assez fantaisiste et très faible.

On me demande régulièrement (et je le comprends) ce que pourrait être l’issue de la crise syrienne. C’est la principale question qui m’a été posée lors de la Fête de l’Humanité. Ma réponse est que l’on ne peut pas savoir... Parce que le rapport des forces «sur le terrain» de la confrontation armée ne permet pas de le dire. Parce que l’opposition syrienne est très divisée. Parce que les protagonistes de cette crise, précisément, ne semblent pas vouloir de solution politique négociée. Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’un conflit syrien - une forme de guerre civile - mais d’une crise géopolitique régionale et internationale. On voit bien l’affrontement de puissances en cours - y compris avec les Etats-Unis et la Russie - qui traduit des intérêts stratégiques diversifiés et importants. Je répète cependant qu’une partie des forces d’opposition estime qu’une solution politique est possible à la condition d’un compromis entre une partie de l’opposition et une partie du pouvoir actuel. C’est l’objet de négociations actuellement.

Une réunion s’est d’ailleurs très récemment tenue à Damas dans cet esprit à l'initiative du Comité de Coordination pour le Changement national et démocratique. Voilà quelques faits rapidement résumés. Evidemment, malgré les obstacles considérables, le PCF est favorable à une solution politique et totalement opposé à une intervention militaire extérieure. Nous n’avons cessé de le répéter. C’est aux syriens de décider et de trouver les conditions d'un processus politique. Il est évident, selon nous, qu’une telle solution ne peut aboutir qu’à un changement de pouvoir.

C’est à la fois incontournable et nécessaire. J’ai dit à maintes reprises, notamment à la Fête de l’Humanité, que nous soutenons les progressistes et les démocrates syriens (comme nous soutenons ces courants dans d’autres pays). C’est à dire que nous soutenons ceux qui agissent pour les libertés, la démocratie et un véritable Etat de droit civil et laïque en Syrie et donc pour un véritable changement démocratique. Cela signifie la fin du système dirigé par Bachar El Assad, son clan, ses "services", la direction du Parti Baas…Il s’agit, en effet, d’un régime policier, ultra-répressif et criminel qui a immédiatement tiré a vue sur les civils de Deraa et d’autres villes dès le début des grandes manifestations populaires, en mars 2011.

A cette période là il n’était pas encore question d’une militarisation de la crise et les choses commençaient un peu comme en Tunisie et en Egypte. La militarisation de la confrontation a conduit à une mutation de cette crise et à la guerre civile en cours qui sert les visées tant du régime lui-même que celles des forces de l'islamisme politique y compris le plus radical. Est-ce qu’on peut dire aujourd’hui qu’un progrès démocratique est au bout de la confrontation actuelle ? Personne ne peut croire que l’archaïque dictature de l’Arabie Saoudite et le Qatar, avec l’aide active de la Turquie, soutiennent, financent et arment les courants islamistes les plus extrémistes, afin de favoriser la démocratie…

L’obsession de ces alliés précieux de Washington est de briser l’axe Syrie, Iran, Hezbollah et de transformer durablement les rapports de force dans la région. On peut même souligner à quel point les menaces permanentes d’Israël sur l’Iran nourrissent cette politique dangereuse qui s’inscrit dans des ambitions néo-impérialistes globales et évidentes. Voilà en quelques mots quelques aspects (seulement) de notre analyse.

La question n’est pas, n’est plus, simplement de savoir si on veut que Bachar reste ou s’en aille. Il faut mesurer que cette crise est en fait au cœur de la confrontation stratégique internationale actuelle. Elle est liée à cette autre crise, celle sur le nucléaire iranien et même à la question de Palestine. Tout le monde (ou presque) comprend d’ailleurs maintenant qu’une intervention militaire occidentale en Syrie aurait des conséquences potentiellement catastrophiques pour le Liban et pour toute la région. Pour cette raison, et pour d’autres qui tiennent à la campagne des présidentielles aux Etats-Unis, la perspective d’une guerre de grande ampleur, avec intervention militaire occidentale sous mandat de l’ONU (ou pas), semble, pour l’instant en tous les cas, abandonnée.

Même les projets de zones protégées poussés par la France - que nous avons condamnés parce qu ‘ils mènent à la guerre - ne peuvent pas se concrétiser dans un tel contexte. Après la Libye, l’Afghanistan, l’Irak…la démonstration très concrète est faite que les interventions militaires des pays de l’OTAN - que nous avons chaque fois condamné - se traduisent par des déstabilisations internationales majeures (voir ce qui se passe dans la zone sahélo-saharienne) et des problèmes aggravés...

Ce qui se passe en Syrie montre à quel point ces politiques de puissance et de domination, avec les limites qu’elles révèlent, doivent être mises en cause et combattues dans une bonne compréhension des enjeux et des complexités.

Nous en avons discuté avec l'ensemble de nos partenaires communistes et progressistes: avec des partis du monde arabe, d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine… Nous avons eu, en juillet, une passionnante rencontre avec le Forum de Sao Paulo à Caracas qui a montré un vrai débat et des différences d'approche chez nos partenaires latinos-américains… comme cela existe ailleurs dans le monde. Cette rencontre a témoigné de la forte crédibilité des analyses du PCF et de l'écoute dont nous bénéficions parce que nous sommes - en quelque sorte - très proches historiquement et géographiquement du Proche-orient… Ce qui me choque le plus dans cette affaire, ce n’est pas que la politique du PCF et ses analyses soient contestées, c’est le fait que devant de tels enjeux mondiaux certains puissent en rester à des approches un peu trop simplistes qui ne permettent pas de comprendre. Je crois qu’il faut prendre de la hauteur. C’est un moyen pour être crédible."

JACQUES FATH Responsable des relations internationales du PCF 26 09 12

 

Une opinion de La Canaille :

Sauf erreur ou omission, il semble bien que le mot impérialisme, tant pour qualifier le rôle d'Assad quand il était soutenu par ceux qui cherchent à le déboulonner que maintenant les mêmes (dont la France et ses forces spéciales, sans autorisation du parlement) qui cherchent à radicalement s'en séparer n'est jamais prononcé.

Pourtant, cette idée est-elle à raccrocher au ratelier des concepts hors de propos ? N'est-il pas une des données fondementales du redéploiement des forces de l'Otan au service des multinationales ?

Comment ceux qui furent les héritiers de la section internationale et coloniale de la SFIC puis du PCF soient si brutalement devenus les liquidateurs de la rue St Georges ? Comment peuvent-ils brandir une analyse de si peu de portée et si formatée par les conceptions colonialistes?

Attention qu'à prendre trop de hauteur on ne se noient dans la stratosphère et qu'on perde l'acuité visuelle de la réalité du terrain. C'est semble-t-il ce qui vient d'arriver au PCF maintenant aussi éloigné de la réalité de l'affrontement de classe planétaire qu'il l'est des luttes sociales. 

Navrant et, hélas, sans horizon lisible de rectification.


Rédigé par canaille le rouge

Publié dans #Pour réfléchir ensemble

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RBOBA 07/10/2012 00:48


Je vous avais àl'époque adressé mon commentaire sur les propos de J. Fath qui, contrairement à son illustre homonyme, Jacques Fath, le parfumeur, ne semblait pas "au parfum" des affaires
syriennes. Il ne nous apprend rien quand ilévoque une réunion de l'opposition raisonnée et désireuse de discuter qui s'était d'ailleurs déjà réunie l'année dernière à Damas,avec la bénédiction du
gouvernement. Mais J.F. semble déjà avoir oublié ses propos sansambiguité :....... qu'il tombe". A la manière de......Khadafi ? Quant à évoquer l'avènement de la laïcité en Syrie, ce monsieur
décidément ne connaît rien à ce pays. Laïque, il l'est déjà. C'est ce qui explique que sur les pièces d'identité de ses habitants,la religion ne soit pas mentionnée contrairement à ce qui se fait
au Liban, par exemple.  Et c'est ce qui expliqueaussi que toutes lescommunautés religieuses sont représentées dans tous les corps de métier.


Enfin il est du plus grand comique de la part du représentant d'un parti très longtemps à la traîne de ce qui n'était pas franchement une démocratie,l'Union Soviétique, de l'entendre donner des
leçons.  Leçons qu'il évite bien de donner à d'autres pays de la région, fondés eux, sur un dogme religieux.


Mais il est vrai qu'on ne peut pas être tout à fait indépendant quand lejournal qui nous représente est financé en partie par un marchand d'armes,Lagardère,lui-même financé en partie par Véolia
et cette dernière entreprise, ayant pour actionnaire.......Le QUATAR ! La boucle est donc bouclée.


Autre erreur dece Monsieur, on sait maintenant que même les premières manifestations et notammentàDeraa n'étaient pas pacifistes, des policiers avaient été tués. Autre oubli, la participation de
son parti au côté de ceux qu'ilauraient qualifiés il y encore peu, d'"afreuxgauchistes", à une manifestation appelant de tous ses voeux à une intervention militaire, comme lefront de gauche était
à l'époque favorable à l'intervention en Lybie !


Enfin, J.F est-il au courant des interventions de Bernard-Henri Lévy/Botule au sujet del'Algérie ? Ce pays est dans la ligne de mire de cet imposteur et de ses amis.