Guillaume Pepy est président de la SNCF. L'opérateur ferroviaire vit une année sociale difficile -quatre grèves depuis janvier- et continue à se battre contre les effets de la crise. A la veille des vacances d'été, il lance un lot de nouvelles offres et de services innovants pour attirer les voyageurs dans ses TGV.

 

Le gouvernement s'attaque au problème des retraites en France, mais a prévenu que les régimes spéciaux ne seraient pas touchés pour le moment. Tout va changer sauf à la SNCF ? 

- Non. La réforme concerne l'ensemble des Français, donc aussi les cheminots. Ce que dit le document d'orientation, c'est que le calendrier tiendra compte de la réforme des régimes spéciaux qui a eu lieu pour les cheminots, les traminots, les électriciens, les gaziers en 2007, et que nous mettons en place maintenant. Cette réforme rapportera 300 millions d'euros à la collectivité à partir de 2015 pour un coût limité à 20% de ce montant.
 

La dernière grève date d'avril et s'est soldée, après quinze jours de conflit, par une victoire de la direction. Etes-vous satisfait ?

- Une grève de quinze jours n'est une victoire pour personne. J'ai affiché une stratégie claire, qui a pour but de réduire ce que Louis Gallois appelait la "gréviculture", stratégie qui peut se résumer par: la négociation rapporte systématiquement plus que la grève. Lorsque l'on a un accord avec des syndicats, il ne peut être remis en question par d'autres syndicats lors d'un conflit. C'est simple, et nous allons continuer comme ça.
 

Quinze jours de conflit en pleine crise du volcan, alors que les avions arrivaient à Toulouse et à Marseille et que les passagers avaient du mal à rentrer à Paris, et la direction n'a pas cédé. Est-ce un tournant dans l'histoire de la SNCF ?

- Les cheminots sont des salariés très matures, ils vivent la crise, la société comme elle est, et ils peuvent se déterminer seuls. Il manque désormais à la SNCF une forme d'intéressement: comment les progrès que l'on fait dans la façon de mener le dialogue social et la réduction du nombre de grèves vont bénéficier aux salariés. Nous y réfléchissons.
 

Le trafic TGV a très peu augmenté l'an dernier. Est-ce qu'il repart en 2010 ou le marché a-t-il atteint la maturité ?

- Le marché n'est pas mature, puisque beaucoup de lignes à grande vitesse vont ouvrir en France et en Europe. Mais le TGV est victime de la crise et des difficultés de pouvoir d'achat. En 2010, le trafic ne baisse pas, mais, au lieu des 3 à 4% que nous avons connus, il reste modestement entre 0 et 1%. C'est pour cela que nous lançons de grandes innovations sur le service. C'est ce qu'on nous reproche souvent à la SNCF : d'être forts industriellement mais avec un service pas tout à fait à la hauteur. Nous y travaillons donc.
 

Quelles sont les nouveautés 2010 ?

- Le site Voyages-SNCF.com, à la fois très fréquenté, aimé et critiqué, a été entièrement refondu. Sa nouvelle version, lancée le 1er juin, est beaucoup plus simple et conviviale. Et puis, nous avions lancé l'an dernier une expérimentation, les TGV Family, avec des animations pour les enfants. Cela a été un gros succès, et nous les généralisons cet été.
 

Et le fret ?

- 2009 fut une année noire pour tout le monde: - 30% en Europe. Cette année, cela repart, surtout en Asie. En Europe, il y a encore de bons mois, de mauvais mois. En France, le trafic routier a repris, mais ce n'est pas flagrant dans le ferroviaire. Nous amorçons une gigantesque révolution industrielle: nous passons du transport de détail au transport massifié, grâce à des autoroutes ferroviaires -les camions sur des rails. Nous avons doublé les fréquences entre le Luxembourg et Perpignan tous les trois mois! Et nous sommes en lice pour l'attribution d'une autoroute ferroviaire dans le Sud-Ouest, pour qu'il y ait moins de camions sur l'A 10 et plus sur nos trains.

 

Propos recueillis par Gilles Fontaine et Anna Rousseau
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