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"Racisme anti-blanc", nature du piège. [♫ ♫]

http://media.paperblog.fr/i/581/5818531/racisme-anti-blanc-anti-noir-L-4kjAAj.jpeg A ce jour, les "joueurs" ne sont-ils licenciés qu'aux 'f-haine"?

 

 

Voila des semaines que Canaille le Rouge tourne autour de ce sujet sans réussir à clairement formuler sa colère.

Comment trouver les mots justes pour dénoncer ce qui était un piège et devient une machine à capter les idées fausses pour en faire un laminoir à formater la pensée ?

Voila des mois que la vulgate fascisante se répand sur le buvard de ces idées fausses et fait osmose vers des forces politiques, puis sociales, maintenant associatives qui pourtant sont constitutionnellement garantes de la non diffusion de ces idées qui se cristallisent autour de ce concept de "racisme anti-blanc".

Sans reprendre l'histoire de la pensée raciste dans notre pays, comment oser s'aventurer sur ce greffon hors sol, OGM idéologique de ce qui est une des tares de la civilisation occidentale des temps modernes qui l'a théorisée pour asseoir ses modes de croissance : exploitation, colonialisme, impérialisme et taux de profits. Un système qui pour cela, à partir de ses expérimentations eugénistes, nazies, fascistes, a inventé la mondialisation ségrégative, et maintenant peut se laisser aller à se développer dans ce sens sur des bases criminelles ?

Ouf de soulagement à lire cette tribune de Stéphane Beaud et Gérard Noiriel. Merci à eux qui ont trouvé les mots justes pour dire mieux que La Canaille n'aurait réussi à l'écrire ce qu'il a sur le cœur. Un texte contenant les repères historiques qui doivent permettre de participer à ce combat contre cet obscurantisme qui permet à la droite de se "décomplexer".

Interpellation aussi pour les démocrates. Comment laisser le MRAP se fourvoyer dans un chemin dont il est certain que s'il ne s'en extrait pas le plus vite possible il est condamné à disparaitre, phagocyté par ceux qu'il a pour vocation de combattre.

Dans leur texte, même si ce n'est pas l'essentiel de leur propos, Beaud et Noiriel osent avancer une idée qui sent le souffre. C'est une idée pourtant qui s'affirme de plus en plus juste :

" Le délitement des engagements politiques alimente la concurrence entre des associations qui s'enferment dans une vision de plus en plus communautaire".

Cela rencontre ce qu'ici La Canaille appelle la défaite idéologique majeure du mouvement populaire et interpelle sur les choix d'orientation de ceux qui, de par leur choix, ont laissé libre par leurs abandons le champ des enjeux de civilisation. C'est bien de clamer son rejet des communautarismes, c'est mieux de faire effort pour venir le dire là où il se manifeste et doit être combattu.

 

 

Racisme anti-Blanc", non à une imposture ! 
 
 

Le 26 octobre, pour la première fois dans une affaire de ce type, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) s'est portée partie civile contre un prévenu accusé de violences avec la circonstance aggravante de "racisme", au motif qu'il a insulté la victime en criant "sale Blanc, sale Français". Invité à commenter cette initiative ahurissante, le coprésident du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP), Pierre Mairat, l'a cautionnée en affirmant que la "vraie question" était de savoir si on nie "le racisme anti-Blanc", ou si on le "constate" et "l'analyse" (Le Monde du 27 octobre).

Le "racisme anti-Blanc", slogan lancé comme on le sait par le Front national (FN) dans les années 1980, repris ensuite par la droite "décomplexée", est donc en passe d'être validé par des associations antiracistes !

Si le FN peut revendiquer la paternité de la formule "racisme anti-Blanc", il n'a pas inventé la rhétorique qui la sous-tend. Celle-ci a été forgée au début de la IIIe République. Elle a servi au départ à alimenter l'antisémitisme. Toute l'argumentation raciste d'Édouard Drumont dans la France juive (1886) repose sur l'inversion des rapports de domination entre majorité ("nous, Français") et minorité ("eux, les juifs"). Pour Drumont, les juifs ne sont pas des victimes mais des agresseurs. Ses "preuves", il les trouve dans les faits divers colportés par la presse mettant en cause des juifs.

C'est aussi dans les écrits de Drumont que l'on trouve un autre argument repris par ceux qui dénoncent le racisme anti-Blanc. Les Français victimes de ces violences n'osent pas se plaindre parce qu'ils ont peur. Au lieu de nier la réalité, comme le font les intellectuels cosmopolites, il faut avoir le courage de l'affronter. Le moment est venu de briser un tabou.

Ce type de discours a été d'emblée populaire (La France juive s'est vendue à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires). C'est pourquoi il a été repris par la suite, pour stigmatiser les Tziganes, les immigrés et les indigènes de l'empire colonial. Tout au long du XXe siècle, les associations de défense des droits de l'homme ont combattu cette propagande en affirmant que la lutte contre le racisme était avant tout un combat politique dont la finalité consistait à défendre les droits des minorités. Le fait qu'un Français puisse être insulté (ou agressé) par un individu issu d'une minorité discriminée est condamnable, mais pas au nom des principes qui sous-tendent le combat antiraciste.

Comment expliquer que ces principes soient remis en cause par des associations aussi importantes que la Licra ou le MRAP ? La première raison qu'on peut avancer, c'est l'effondrement des causes qui avaient soudé les diverses composantes du mouvement antiraciste au moment des combats contre le nazisme et le colonialisme. Le délitement des engagements politiques alimente la concurrence entre des associations qui s'enferment dans une vision de plus en plus communautaire.

Cette dépolitisation a eu aussi pour effet de laisser le champ libre aux entreprises médiatiques qui ont transformé le combat contre le racisme en "affaires", (scoops, scandales, etc.). Les "entrepreneurs de morale" se sont engouffrés dans la brèche au point d'occuper tout le terrain. Réduit à sa dimension morale, le combat contre le racisme s'est focalisé sur la dénonciation des préjugés. Or, comme les sciences sociales l'ont montré (deux conférences sur le racisme présentées par Claude Lévi-Strauss à l'Unesco), tous les groupes humains ont tendance à voir le monde à partir du clivage entre "eux" et "nous" et à dévaloriser les "étrangers". C'est ce constat qui a incité le mouvement antiraciste à privilégier l'éducation comme arme contre les préjugés ethnico-raciaux tout en combattant leur expression politique.

Mais l'idéal éducatif des Lumières a laissé la place à la logique répressive du procès, ce qui a conduit les associations à englober sous le terme "racisme" des réalités différentes. L'accusation de "racisme" pouvant être mobilisée dans tous les sens, les conservateurs ont compris le bénéfice politique qu'ils pouvaient en tirer. Depuis les années 1980, la médiatisation des affaires de racisme a eu aussi pour effet d'accélérer la "racialisation" du discours social. Désigner les individus par leur couleur de peau, leur origine, leur religion, c'est alimenter un processus d'assignation identitaire. Au lieu de résister à cette dérive, une partie du mouvement antiraciste l'a accompagnée et cautionnée.

Au moment de "l'affaire des quotas" qui a secoué le football français en mai 2011, nous avions attiré l'attention sur les effets contre-productifs d'une posture se contentant d'agiter sans cesse le spectre d'une "France raciste". L'occultation des réalités sociales au profit des discours identitaires aboutit à imposer dans le débat public un langage opposant les "Blancs" aux "non-Blancs" ("Noirs et Arabes"). Ce langage occulte les différenciations internes à ces groupes racialisés et prive le combat anti-raciste du référent universaliste sur lequel il a pourtant construit son identité. Mais surtout, il contribue à fabriquer la réalité qu'il dénonce.

La racialisation du discours public contribue ainsi à l'enfermement identitaire de la fraction déshéritée de la jeunesse populaire. Privés de toute possibilité de diversifier leurs appartenances et leurs affiliations, ces jeunes intériorisent un vocabulaire racial qu'ils n'ont pas inventé, mais dans lequel ils se reconnaissent, ce qui explique qu'ils puissent se représenter le monde social de manière binaire et ethnicisée : le "nous" (de la cité, des jeunes Noirs ou Arabes, des exclus, mais aussi de plus en plus, semble-t-il, "nous, les musulmans") versus le "eux" (des bourgeois, des Céfrans, des Gaulois, des Blancs, ou des athées, etc.).

En s'engageant dans des procès contre le "racisme anti-Blanc", le mouvement associatif ne fera que renforcer ces clivages. Il alimentera aussi le sentiment d'injustice des jeunes qui se sentent humiliés par ceux qui maîtrisent le langage permettant d'échapper aux accusations de "racisme". On comprend que les politiciens de la droite décomplexée, qui défendent les classes privilégiées, aient intérêt à faire croire à l'opinion que le "racisme anti-Blanc" est le principal problème de la société française. Mais en s'engageant dans cette voie, les associations antiracistes risquent fort de scier la branche sur laquelle elles sont assises.

Stéphane Beaud, sociologue et Gérard Noiriel, historien

 

 

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