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Ballade dans le temps, naissance de la conscience de classe:Le Creusot

Coïncidence d'avec le message précédent, je lis sur le Blog de Bernard Lamirand , militant qui anime l'IHS des métallos, aussi syndicaliste que militant du PCF, gardien farouche de ses valeurs, parfois avec une orthodoxie qui entre nous fait débat, cette évocation des luttes au Creusot.

Il faut dire que pour le sidérurgiste qu'il est, la période et ses débats doivent lui percuter l'estomac. Comme les tambours du Bronx, ces percussions valorisent les talents.

En fin d'année, il nous permet encore de se promener dans l'histoire, cette Histoire Sociale, comme je m'y engageais en présentant l'article sur Jean Catelas.

 

LE CREUSOT

UNE BIEN BELLE HISTOIRE DU SYNDICALISME CGT CREUSOTIN

 

histo_13.jpgRené Pierre Parise, historien, avait fait sa thèse sur "Le paternalisme et son influence politique au Creusot de 1899 à 1939", préparée sous la direction d'une éminente historienne Rolande Trempé. Il vient de nous produire un ouvrage remarquable "Le Creusot 1898-1900" avec un sous titre évocateur: La naissance du syndicalisme et les mouvements sociaux à l'aube du XX siècle.

Il va traiter essentiellement de la grande grève du Creusot de 1899.

Ce livre nous rappelle les premiers pas du syndicalisme et de la classe ouvrière dans notre pays aux prises avec les puissants du comité des forges et ceux qui le dominent:  les Dewendel en Lorraine et la famille Schneider au Creusot.

Je l'ai lu d'une seule traite. Une belle écriture, un style vivant, rien n'est laissé au hasard; la grève se déroule comme un roman policier avec force de détails, de moments forts, de drames et surtout une classe ouvrière qui découvre le besoin de syndicalisme qui lui sera refusé si longtemps après par ce despote Schneider.

D'autres grèves s'étaient déjà déroulées dans cette immense site industriel et n'avaient pu aboutir auparavant .Le Creusot avait eu ses communards comme ceux de Paris avec Jean Baptiste Dumay.

N'oublions pas toutes les grèves de ce syndicalisme naissant au 19eme siècle: celui de la lutte de classe entre le capital et le travail; l'auteur, d'ailleurs le souligne, la période avant 1899 est féconde: plus de 7600 grèves se sont déroulées dans la France de 1870 à 1899.

Le syndicalisme est combattu même si la loi de 1884 permet  d'exister, mais en dehors des lieux de travail, comme le souligne l'historien.

Le syndicat n'est pas reconnu à l'intérieur de l'entreprise et Schneider ne veut absolument pas le reconnaitre et la bataille du Creusot va être axée sur ce point là: reconnaissance de l'existence du syndicat à l'intérieur des murs de l'entreprise.

Plus de 12000 ouvriers travaillent dans cette bastille d'un patronat de droit divin.

Schneider tient tout au Creusot y compris la ville, l'église;  et il sait tout ce qui se passe par ses agents, ses délateurs, ses gardes. L'individu bénéficie d'une situation de premier plan ; c'est lui qui fabrique les canons, toutes les armes nouvelles, et il a des relations fournies dans tous les rouages de l'état et de la république renaissante après l'épisode du second empire et la terrible répression qui s'abat sur les communards.

René Pierre Parize nous rend compte du climat régnant au Creusot après ces luttes noyées dans la répression. Et pourtant… rien n'arrête le flot montant de la classe ouvrière dans cette usine où les travailleurs tracent un chemin qui va leur coûter très cher mais qui va ouvrir les portes du syndicalisme de classe à l'intérieur des usines mais il faudra encore un long chemin pour y parvenir.

Une grande grève éclate donc en 1899 et concerne tous les salariés; les ouvriers se syndiquent en masse au syndicat local (plus de 3000) les revendications salariales sont exposées; c'est la stupeur chez ce maitre des forges habitué à un autoritarisme sans failles ponctué d'un paternalisme qui oblige. Des manifestations énormes se déroulent.

 

1899-greve_creusot.jpgL'action est menée par les salariés, il y a les meneurs ou agitateurs comme les surnomment Eugène Schneider et ses cadres de direction. Schneider doit céder devant le rapport de force impressionnant et la popularité de cette lutte dans le département de la Saône et Loire et en France: tous les leaders du socialisme se déplacent et notamment Jaurès, Aristide Briand, Millerand, Viviani.

Mais ce succès est de courte durée; Eugène Schneider peaufine sa revanche et le conflit rejaillit à travers le non respect des accords et surtout les sanctions qui pleuvent contre ceux qui ont été les instigateurs du mouvement.

Par la provocation il recherche un conflit pour battre les salariés et le syndicat local du Creusot.

Une lutte à couteau tiré va s'organiser de par et d'autres.

Schneider veut mettre à genoux les grévistes et surtout empêcher la naissance d'un syndicat CGT à l'intérieur des murs de l'entreprise comme les salariés l'exigent.

Le conflit va prendre de grandes proportions.

Toute l'usine est arrêtée.

Les salariés manifestent, les femmes défilent, les   alentours entrent aussi en lutte à Monceau Les mines, à Gueugnon.

Le gouvernement dirigé par un libéral, Waldeck-Rousseau, avec la présence de socialistes indépendant comme Millerand, va être obligé de prendre position.

La peur est grande de voir s'organiser une marche sur Paris de toute l'usine et il faut faire en sorte que le déplacement ne se fasse pas à quelques mois de l'exposition universelle de Paris auquelle l'industriel des forges du Creusot est concernée.

Alors Waldeck Rousseau convoque les 2 parties et sort une sentence qui esquive la reconnaissance du syndicat en prévoyant que la mise en place de délégués d'ateliers.

La social-démocratie de l'époque s'en satisfait et les grévistes reprendront le travail. Schneider n'exécutera pas la sentence et quelques mois plus tard il organisera sa vengeance en mettant en place un syndicat jaune ( cette dénomination provient du local affecté par Schneider à ce syndicat maison et qui était peint en jaune).

Schneider, pour se débarrasser des meneurs et empêcher la CGT d'exister dans l'entreprise organisera une véritable délation avec l'aide du syndicat patronal, un règlement intérieur imposant la marque de l'autoritarisme de ce patronat de droit divin. Chacun et chacune devait y adhérer et une véritable chasse à l'homme militant CGT s'organisa et plusieurs milliers de travailleurs furent privés de leur travail au Creusot et durent s'expatrier, notamment les dirigeants du syndicats.

Ce grande grève se termina par un échec, par une domination de Schneider qui, pour étouffer toutes aspirations de créer à nouveau un syndicat mit en place un paternalisme dominateur sur tous les travailleurs de la naissance jusqu'à la mort.

Cette lutte laissa longtemps des traces dans cette classe ouvrière.

Aucune grève ne fut possible en 1936.

1968 fut un grand réveil.

Dans les années qui suivirent, le syndicat retrouva ses forces avec le franchissement de la barre des 3000 adhérents.

Mais cela est une autre histoire.

Cette grève de 1899 marqua profondément le monde du travail et cette sentence de Waldeck-Rousseau fut, malgré les contorsions de celui-ci pour ne pas aller à la reconnaissance du syndicat dans l'entreprise, à l'origine de la mise en place des délégués d'ateliers qui deviendront les délégués du personnel en 1936.

Ces travailleurs du Creusot furent des pionniers et leur grève pour reconnaitre le syndicat dans l'entreprise mérite la reconnaissance du mouvement ouvrier.

C'est en 1968 que le section syndicale fut reconnue à l'intérieur des entreprises en France.

Un bel ouvrage à lire et je le conseille à tous les syndicalistes qui pourront ainsi mesurer le chemin parcouru et surtout celui de lui donner son assise de syndiqués dans les lieux de travail.

 

Bernard LAMIRAND

 

Le livre peut être commandé directement aux "Nouvelles éditions du Creusot "Arts et lettres" 16 rue des colonies - 22,bd H.P Schneider

71200 LE CREUSOT Tel 0385559974

Pris 25 EUROS  295 pages

 

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