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les rouges gorges et l'Albatros

http://image.toutlecine.com/photos/d/i/c/dictateur-1940-21-g.jpg

 

Depuis quelques temps circule sur la toile, venant de la part de gens pour lesquels La Canaille a quelques estimes, un texte mettant en cause la faiblesse de la dénonciation d'Hitler par Chaplin au travers de son film certainement le plus didactique : le Dictateur.

 

Canaille le Rouge n'est pas d'accord et pour deux séries de raisons.

 

De la ruée vers l'or en passant par le Kid, depuis Dickens et London a-t-on vu souvent à partir de l'art maitrisé par un homme engagé dans son siècle, artiste et citoyen de son temps, dans des repères anglo saxon, œuvre plus mobilisatrice que ce film ?

 

Insuffisance de dénonciation du capital ? Pas moins ni plus que Breton qui fait se pâmer les escarpins de la Contre-Escarpe. Pas moins et pas plus que ceux qui avec raison soutiennent le Losey de "pour l'exemple" le quel dans son œuvre n'a pourtant jamais nommément pointé Pétain ou encore soutiennent Tati (La canaille en est) qui n'a pas épinglé frontalement le CNPF de son temps.

 

Chaplin n'est pas correspondant du Kominterm ? Rossif non plus et pourtant "Mourir à Madrid" (avec la complicité de Vilar) fait aussi salle comble dans les cinéclubs sans que la non intervention soit  à chaque fois à l'ordre du jour des débats. Nombre des cinéphiles qui re-regarde "Exodus" ne peuvent être taxés d'un non soutien aux palestiniens.

 

Les alliances du capital avec les soutiens d'Hitler mal visible ? Qui fait le même reproche aux "Raisins de la Colère" de la crise de 29 d'un Steinbeck qui fini, lui, dans les poubelles des pro génocidaires du peuple vietnamien ?

 

Pourquoi toujours (souvent des mêmes) ces pamoisons devant l'œuvre de Kazan ? On compare ? Relisez ce que dit Jules Dassin de la question de la pédagogie de l'engagement de l'artiste.

 

Poussons fraternellement le bouchon : quand Fritz Lang fait Métropolis (argument à éclairer de sa vraie fin enfin retrouvée), va-ton l'inquisitionner pour délit d'apologie de "l'association capital travail" alors que nous encenserions les "Temps modernes" de Chaplin et rejetterions le "dictateur" du même ?

 

Ensuite, ce sera la seconde série.

Camarades, relisez la "Semaine Sainte" d'Aragon. Reprenez "les silences de la mer", reprenez même ce bon vieux Brecht qui pourtant a été des plus pédagogique. Si Arturo est mafieux du choux fleur (pas SA de la Kristalnacht),si Puntila n'est pas un alcoolo latifundiaire des domaines de Sologne, pourtant les messages passent.


 http://www.rfi.fr/sites/filesrfi/dynimagecache/0/19/193/144/344/257/sites/images.rfi.fr/files/aef_image/puntila_0.jpg

 

Ce qui fait d'un rouge gorge un albatros capable de mettre en vrille un aigle, ce n'est pas de montrer des plumes rouge.

 

C'est d'être du géant en vol celui qui fait peur au rapace par sa capacité à dominer l'aigle, à lui faire de l'ombre.

 

D'un point de vue anticapitaliste, La Canaille vous l'accorde, Charlot ne cherche pas être et n'est pas un aigle. Mais sa hauteur de vol met tellement dans l'ombre les aigles rendus idéologiquement infréquentables dans les USA de 1941, de fait, dans ce débat, Chaplin n'est-il pas l'Albatros ?

 

En tout cas, La Canaille pour ce qui le concerne si un albatros vennait à s'échouer sur le pont d'un de nos navires, poserait illico clavier souris et stylo pour l'aider à reprendre son essor. Mieux vaut travailler à l'ombre de telles ailes que sous le regard de tels aigles, tenteraient-ils de se teindre les plumes en rouge.


 

 http://www.lfcaire.org/rlfc05/eau_et_poesie/images/albatros.jpg

 

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.


A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.


Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!


Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 

      Ch Beaudelaire

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Yvette Genestal 20/02/2013 10:00


Je suis d'accord avec toi La Canaille.  Tu as fort bien exprimé ce que j'ai ressenti à la lecture des critiques incriminées. 

Roquet 19/02/2013 17:43


C'est bien d'avoir réagi comme ça. Merci, Canaille.  Roquet