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Le Berger joue au chien de troupeau

http://www.lefigaro.fr/medias/2012/06/28/2a3100dc-c10f-11e1-909a-6257bbac44a3-493x328.jpg

 

 

Il se sont vite dépêchés de répercuter l'information et surtout en faisant une magistrale coquille (involontaire?) dans le titre pour en rajouter. Si cela pouvait semer un peu plus de trouble, p't'ête ben que la direction de Citroën refilera une page de pub : 


http://www.economiematin.fr/templates/gk_twn2/images/style2/logo.png
"Le nouveau secrétaire général de la CGT CFDTdésapprouve la CGT de Peugeot-Citroën."

 

Le nouveau secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a affirmé mardi qu'il n'approuvait pas les méthodes de la CGT de l'usine PSA d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) consistant à faire pression sur les salariés non grévistes mardi 29 janvier sur RMC et BFMTV. "Je n'approuve pas les méthodes de la CGT ou d'autres qui consistent à faire de la pression en direction des salariés" non grévistes, a-t-il dit. "Nous nous démarquons clairement (de ces) méthodes d'intimidations ou (de ces) débordements. Je ne cautionnerai jamais les débordements et les menaces", a insisté le patron de la CFDT. La CGT, à l'initiative de la grève qui a paralysé l'usine d'Aulnay du 16 au 18 janvier,  fermée ensuite sur décision de la direction, a appelé à une reconduction du mouvement.

 

http://cgt-psa-aulnay.fr/sites/default/files/evenement/psa-aulnay-en-greve.jpg

 

 

Une fois le coup du titre passé (responsabilité du titre), la vérité rétablie (responsabilité de La Canaille), regardons le propos (responsabilité du chien de garde). Toute houppelande retroussée le Berger prend la tête des chiens pour charger ceux qui refusent d'être moutons.


Faut-il s'en indigner ?


Si on est syndicaliste oui. Si le syndicaliste est lucide, encore oui mais en expliquant pourquoi c'est dans la nature des choses. 

 

Sur l'échelle des valeurs, repères des positionnements syndicaux, quand une organisation arrive à faire passer F.O. pour un alambic à révolutionnaires, c'est bien que l'angle de dérapage est à l'image de ceux qui le prennent : obtus.  


Pouvait-on attendre que sans tumulte le successeur de Chérèque fasse autre autre chose que du Chérèque ? A-t-on entendu claquer les portes ? A-t-on vu des débats de fonds ou même de surface à l'occasion du passage de témoins ? Pourquoi faire ? Si le but est de cogérer la crise et d'accompagner les recul sociaux, l'ennemi n'est plus le patron. Pour faire soft on désigne un adversaire (pas encore ennemi, faut faire illusion) et celui-ci est celui qui empêche de signer en rond.

 

Retraite, protection sociale. Depuis la reprise en main de la jeune CFDT au tournant des années 80 par l'union sacré du PS et des ex trotskistes futur pourvoyeurs de charters gouvernementaux, le rôle de la direction (Canaille le Rouge insiste fort sur "direction") est de mettre en musique le théorème de Jospin : on a tout essayé, l'état n'a pas vocation à intervenir, c'est la crise...

 

Quitte ensuite à focaliser sur des hochets : la rémunération des patrons est insupportable ? C'est vrai.

 

La question est de baisser celle-ci ? certainement. Mais n'est-ce pas d'abord de regarder dans quoi ils puisent pour se rémunérer ? Qui produit ces richesses, pourquoi ils se rémunèrent grassement avant impôts et investissements ? Pourquoi la part des salaires diminue quand la part des actionnaires grandi ? 


Le rôle du Berger est de passer pour le propriétaire du troupeau. Il n'en est qu'un gardien révocable par les maîtres.  S'il ne fait pas ce que les maîtres attendent de lui.... Alors que le berger se nomme Berger (cela économise le clavier), qu'il se nomme Blummollet, qu'il se nomme Chérèque ou bien Jospin, il tente de canaliser le troupeau et de le faire produire pour le compte des maîtres.


Mais voila. De plus en plus ceux qu'on appelle troupeau refusent d'en être et se redressent. Si le Berger ne comprend pas il va prendre des coup de sabots et les chiens, s'ils approchent, risquent de se faire rosser. 

 

Trop longtemps la multitude a été contenue dans la condition de troupeau. Que chacun de ceux qui la compose se compte pour un parmi les autres le sort du statut de troupeau. S'en est fini du troupeau. Cela porte un beau nom : émancipation. Comme cette ligne de front tente de se développer en réinvestissant les lieux de sa première pertinence : les entreprises, c'est la panique du côté des ma^tres, vite un Berger et des chiens. 

 

Les idéologues battent le rappel : cette classe qui n'existe plus, si, finalement elle est bien là. Sans avoir besoin d'être grand clerc pour démontrer dans un pays ou 95% des actifs sont salariés où 10% de ceux qui touchent une pension de retraite ont été salariés, voila le lieu du rassemblement pour faire se déliter le troupeau et l'aider à devenir ouvrier collectif de son destin. Et là, ceux qui chair à machines, à usines sont en première ligne, quand ils se redressent, cela donne du sens.



Finalement, le congrès de la CGT qui se prépare tombe bien. Il va être le moment de tirer enseignement des dégâts de l'unité de sommet qui tendait naturellement à privilégier le chemin de table plutôt que le parcours de manif, le tour de table plutôt que le piquet de grève.


La nouvelle génération de militant entrant en responsabilité, décomplexée d'une responsabilité quelconque dans l'effondrement des repères, va pouvoir reprendre (et oui, elle n'était plus la boussoles et c'est l'équipage qui paie cher) une pratique de classe. Certes cette nouvelle génération n'a pas encore envahie tout son espace mais outre que parmi ceux qui sont en place tous n'avaient pas capitulé, la démocratie comme levier des choix et du rapport de force est disponible pour décider des orientations et actions. C'est pour une grande partie ce qui peut se jouer à Toulouse.

 

Le berger qui n'a pas le pied marin des luttes, entravé par son lien volontaire avec la cloture du château  va rester à terre avec ses chiens. Il doit bien rester une soupente sous les remparts dupour qu'il finisse l'hiver au chaud.


Qu'il se méfie, les chiens parfois désoeuvrés commencent par bouffer le Berger. L'instinct, vous savez ce que c'est.

 

C'est d'ailleurs en cela que le capital montre son caractère prédateur y compris pour ceux qui le servent.

 

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roger colombier 30/01/2013 08:35


20/20 pour ton article. J'en ai un autre sur le bon berger et ses blancs moutons sur mon blog...