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Après le 27 mai, interrogations et un avis

 

 

68-la-lutte-continue.jpg

 

Pour ne pas tremper la plume dans le vitriol et rester serein, le communiqué de la cgt d'après le 27 mai n'est pas sans poser quelques interrogations, et pas des mineures.

Non pas qu'il dise que la lutte ne sert à rien et que l'urgent est de rester chez soi, c'est sûr que cela ne serait pas digeste par l'ensemble de ceux qui ont arpenté le pavé des villes de France le 27, qu'ils ne l'accepteraient pas. Pourtant?

Nous propose-t-il quelque chose de mobilisateur pour capitaliser la dynamique que portaient les cortèges et élargir le champ des débrayages ?

Devant la brutalité de l'offensive contre les droits sociaux le holdup programmé est-ce à la hauteur?

C'est révélateur de ce qui pose problème et est d'un autre ordre hélas plus profond.

Ce papier était en cour de rédaction quand arriva sur le blog la réaction d'une militante qui lisant le communiqué de la CGT m'a fait part de son interrogation plus que courroucée sur les armes de la riposte:

Ce qui ressort du communiqué, c'est que face  aux €uros divisions blindés de coffres forts qui déferlent pour laminer la protection sociale, on en reste aux lance-pierres de la pétition, et à tancer le gouvernement qui doit moins écouter le Medef. "Monsieur le chien de garde, va dire au renard que ce n'est pas bien d'entrer dans le poulailler, retire les plumes que tu as dans la gueule pour que le renard comprenne le message."

 

Autant pour sauver les bayous ramasser le pétrole de BP avec des petites cuillères… ou encore taxer les spéculateurs pour éliminer le capital.

Mais en plus, et c'était le projet initial de ce message, la lecture du communiqué lève un lièvre qui ne peut laisser indifférent un syndicaliste ayant un tantinet d'expérience du réel revendicatif. Là aussi la forme éclaire le fond.

 

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Dans la manif parisienne, pour ne parler de que ce qui ici a pu être mesuré et que le communique relève,  c'était la colère. Forte, profonde, avec des mots d'ordre pour le moins explicites et des banderoles pas dans le consensus.

 

Manif s Lg & Int 20100527 1485

Que des adhérents de différentes OS se donnent rendez-vous pour le digestif après le repas c'est leur droit chacun à ses turpitudes.

Mais sans nous, pas mon organisation, la CGT. Il y a comme un problème, et il n'est pas p'tit:

Qu'est-ce qui prime? La mobilisation dans la rue et les actions dans les entreprises ou les rencontre au somment ou plus de la moitié des présents qui ne représentent pas la majorité des salariés et de la population sont près à se coucher contre de fausses compensations ?

Il fut un temps que même certains de moins de quarante ans ont pu connaître.

On rentrait dans la boîte à la fin de la manif. Appel des grévistes à se réunir, contacter les potes, prévoir une AG à l'embauche du lendemain, demander leur avis aux collègues et à partir de là on regarde deux choses: le rapport de forces dans la boite et le cahier revendicatif.

Ca tombe bien, les salaires ça ne va pas et toute augmentation arrachée outre qu'elle fera du bien à la maison, elle participe à améliorer le financement de la protection sociale. Au moins aller chez le taulier et pour cela débrayer même 1h00 et donc continuer dans des formes décidées sur place de la suite.

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Pas attendre une interview sur une chaine télé pour savoir si "on" fait quelque chose.

On ne refait pas l'histoire, pas de nostalgie mais des enseignements: 86, 95, 2003 etc. ont fonctionné de cette façon là où les directions syndicales ont joué leur rôle et impulsé.

Ce ne sont jamais les négociations qui font les acquis ou interdisent les mauvais coups, ce sont les rapports de forces qui ouvrent des discussions dans une autre configuration que celle voulue par la partie adverse.

Un dirigeant de la CGT qui ne sait pas cela ou qui feint de l'oublier doit d'urgence reprendre sa raquette de tennis, son solex ou sa canne à pêche.

Or diriger c'est impulser d'abord dans ses propres rangs pour gagner les revendications (y compris si on veut peser sur le contenu d'une éventuelle intersyndicale ultérieure) et ainsi renforcer l'organisation par la démonstration de l'efficacité de l'action.

Dire en substance au soir d'une journée où la colère était palpable "c'est pas mal, on peut faire mieux, les patrons et le gouvernement ne sont pas honnête de tenter de nous diviser mais on jusqu'à décembre pour se refaire" me parait un tantinet puéril pour être gentil, irresponsable pour être réaliste, surréaliste pour être responsable; en tout cas déconnecté de toutes expériences de l'histoire des luttes de ce pays pour le plus grand nombre d'entre elles si on veut tenter d'aider à la réflexion collective...

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Plus grave, c'est surtout porteur d'une démarche qui prend les travailleurs pour des fantassins et non pour des acteurs de leurs luttes et dont des dirigeants nationaux, les uns sans autre représentativité que leur présence sur la photo qui justifie qu'ils soient invités se voient en stratèges d'état major… qui alors font rire un ennemi qui de plus sait qu'il a des alliés dans la place.

Rappelons-le puisque l'oubli est entretenu, État et patrons ne sont pas des partenaires fréquentables surtout sur de tels dossier. Ce sont des ennemis. Ils tuent. A coup d'épuisement, de désespoir de harcèlement, d'empoisonnement et de guerre chimique pour gonfler leurs profits, des ennemis de classe- même si le mots parait par endroit obscène -qui sont à affronter parce que quand ils ne tuent pas, ils asservissent par la pression de la misère qu'ils imposent pour garantir et augmenter les profits.

Admettre leur calendrier pour programmer nos luttes les font se bidonner et ceux qui acceptent cela se révèlent là être des stratèges… du café du commerce. Ce qui la encore est contraire à toute l'histoire du syndicalisme réellement revendicatif de notre pays.  Vous imaginez en 36 ou en 68, "s'cusez m'sieur le patron, vous rentrez quand de croisière pour qu'on débraye? Avant ou après la sortie du prochain modèle? Qu'on sache pour programmer."

La question n'est pas aujourd'hui de réunir une biblique scène où ça se bagarre pour savoir qui jouera Jésus, le rôle de judas étant historiquement tenu par Chérèque, le tout en convoquant les photographes du monde entier pour immortaliser le tableau mais d'en appeler les salariés non pas à faire pression sur des négociations biaisées mais à dire;  ça suffit!!

Le dire au pouvoir, au patronat, à ceux des haut-parleurs médiatiques aux ordres  mais aussi à ceux qui derrière leur table à cartes déplacent les troupes sur l'atlas des luttes et n'écoutent pas ce que ceux qui sont dans l'action attendent et exigent d'eux.

Cette colère qui monte de toute façon va trouver le moyen de s'exprimer.

Les militants des boites y seront comme poissons dans l'eau, nombre de directions syndicales aussi, les luttes dans certaines branches dans la dernière période le montre.

Mais et c'est terrible de devoir dire cela ainsi, attention pour ceux qui ne sont pas au diapason des luttes, pour reprendre la phrase qu'André Tollet adressait dans d'autres espaces que celui du syndicalisme, "cela se produira avec vous, sans vous ou contre vous". On voit dans la vie politique où cela a conduit ceux à qui Toto s'adressait…

 

 

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alainchancogne 29/05/2010 18:55



Excellent!


mais vois tu..tous (mé)comptes faits, hélas -ou tant mieux -cela va être, selon moi, "CONTRE EUX." (je parle bien entendu comme toi de cette direction cpnfédérale, Son logique  bain de
marais de l'accompagnement du renoncement est devenu permanen t: Fille de maman CES européiste  , la cgt ne peut que s'enfoncer  dans l' abandon qui
s'accélèrere , de tous repères de la lutte des classes  .Cela ne peu que conduire l'Orga à se mettre "hors jeu".


D'ailleurs chacun aura remarqué que , pas une fois dans ce qui est programmé par la Cégèt , il n'est fait référence à cette démocratie syndicale et ouvrière d'EN BAS sans
lesquelles les luttes sont sous éteignoir de sommets à conq, six, huit ou deuxoirgas selon le temps...


Thibault fait comme s'il ne savait pas que Chérèque et d'autres cherchent comment sortir des stylos de capitulation sans avoir à subir les soubresaus de la base..


A.C


 


Du P.S au Notat bene..., si j'ose conclure ainsi..


Ce qui sera encore plus compliqué qu'avec la social démocratisation du PC..c'est que les militants, à juste titre, sont fiers du sigle et du drapeau.


Que la CGT c'est aux yeux des gens(pas de Sarko, de parisote  ou de'Aubry..) ce qu'il ya de mieux , ou du moins de "moins pire"..


Il aura fallu que j'attende les années 60 pourcomprendre que le fil rouge de la lutte des cklasses traversait AUSSI "ma " CGT..


Cordial salut fraternel avec encore mes remerciements pour ce que tu mets en ligne chez toi..mais aussi dans tel ou tel bistro..


alain



Gilles P. 29/05/2010 17:13



Cher canaille, il manque quelque chose dans ton raisonnement. A ton époque, celle que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, la CGT avait plus de 2 millions d'adhérents (et la CGT ne
comptait pas les retraités; puisque les retraités n'étaient pas confédérés)(pas de cotisation de versées à la confédérations pour les retraités, => pas de comptabilité); il s'agissait donc de
2 millions d'actifs: cela veut dire des taux de syndicalisation sympatiques dans de très nombreuses entreprises et
administrations. Aujourd'hui, la CGT a moins de 700000 syndiqués, dans lesquels elle compte plus de 200 000 retraités... Alors oui, on peut pester contre cette faiblesse, mais la grande question
(pour paraphraser Staline qui parlait du vatican) c'est: la CGT, "combien de divisions" ? Plutôt que de tirer sur la CGT, je pense qu'il serait préférable de la soutenir. Rappelle-toi
cette époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître et interroge-toi sur ce que Benoit (Frachon) pourrait dire dans notre contexte. Pour moi ce serait plutôt: "Serrons les rangs,
camarades ! Combattons la division (et les diviseurs) ! Tirons dans le même sens ! Défendons notre CGT !". Car, mon cher canaille, comment vas-tu renforcer ta CGT en expliquant que la CGT se
trompe ! J'ajoute que la CGT n'a jamais historiquement donné de consignes du genre de celles que tu préconise; par contre les UD, les Fédérations, et les syndicats ont pris les initiatives du
genre de celles que tu préconise: mais encore faut-il qu'il y ait des syndicats, ou des sections syndicales: je te renvoie au taux de syndicalisation ! Bref, à chacun son rôle !
Bref, surtout ne nous tirons pas une balle dans le pied (celui de la CGT !), car il y aurait très gros à perdre, ne crois-tu pas ?



canaille le rouge 31/05/2010 12:03



Bonjour,


J'ai bien pris le temps de lire ton message


Sur la pratique de la démocratie dans la conduite des mouvements:


"J'ajoute que la CGT n'a jamais historiquement donné de consignes du genre de celles que tu
préconise" dis-tu.


Sans se cacher derrière les mots regardons l'histoire, l'histoire récente. Il ne s'agit pas d'appeler à la grève générale et je suis sur que sur ce point nous sommes
d'accord. Mais, et c'est là que cela pêche aujourd'hui : dans notre  CGT, dans toutes ses structures, à tous niveaux et dans toutes les périodes, elle
en a toujours appelé à la démocratie syndicale et à la démocratie ouvrière. Comme on nous l'a enseigné et comme nous l'avons nous même fait connaître dans les stages de formation
syndicales.


Avec pour ce qui nous  concerne des temps très forts:


En 1986 devant les tentatives de contourner les syndicats par des coordinations (pilotes par ceux qui deviendront sud 10 ans plus tard) la fédé des cheminots
incitaient à réunir les syndiqués puis les cheminots pour décider de la suite du mouvement.


En novembre 1995, dès le soir de la première manif du 24 novembre 1995, la fédé cgt des cheminots demandait à ses organisation de réunir les cheminots et à partir de
la réussite de la journée d'examiner en incluant les cahiers revendicatif locaux (encore un truc à réactiver) les suites à donner au mouvement (en particulier le communiqué du 12 décembre). Cela
sera le rôle des AG qui décideront, la CGT ayant réuni ses syndicats et arrêtée une position pour l'AG; démocratie syndicale et démocratie ouvrière. Ce n'est que de cela qu'il s'agit. La
déclaration de Louis Vianney le 28 confirme l'engagement de toute la CGT aux cotés des cheminots, puis la confirmation par Louis le 4 décembre à l'ouverture du congrès confédéral, ensuite Juppé
qui devra recevoir une délégation confédérale le 11 décembre.


Les cheminots n'ont pas le monopole de cette pratique. Déjà les métallos de l'automobile l'avaient utilisé durant la grève des OS ou encore dans d'autres secteurs y
compris dans des conflits très durs avec occupation de leurs usines. Aujourd'hui les sans papier en grève procèdent de même.


Ensuite sur "la balle dans le pied".


Quand dans les réunions de syndicats, les CE d'UL d'UD ou de fédés, leurs différents comités généraux, des débats du CCN  les militants râlent parce que la coordination des luttes ne se fait pas et n'est pas même mis en débat, qui tient le pistolet et qui tire la balle dans quels
pieds?


Jamais la crise de la société et les politiques qui l'entretiennent n'ont été aussi agressive pour les salariés. La réponse des intersyndicales autrefois dénoncée
aurait-elle gagnée des vertus aussi subites qu'efficace? L'expérience de 95 et des années suivantes n'existe pas ?


Enfin comment renforcer l'organisation sur une forme d'action qui fait débat ? Pourquoi les cheminots réalisent-ils des adhésions dans un contexte complexe et que
d'autres organisations qui ne prennent pas d'initiative particulière de luttes sont à la ramasse dans la bataille de la syndicalisation, c'est du moins mon expérience à Paris.


Enfin et dernier point qui fait appelle à mon expérience militante. Durant des années, dans e parti politique dans lequel j'exerçais quelques responsabilité, j'ai
fait parti de deux qui par patriotisme d'organisation se sont tue quand ils jugeaient que cela n'allait pas et qui quand ils ont décidé de ne plus se taire ont du faire le constat qu'il était
trop tard.


Aujourd'hui des bruits courent, insistants et non démentis, de fusions d'organisations de la CGT qui seraient dès lors confédérées au sein de structures européennes
(la CES et son accord imposé avec les structures de l'UE) et qui ainsi ne serait plus dans la CGT, au moment ou cette même CES laisse tomber les travailleurs grecs et demande des solutions à l'UE
dans le cadre de cette constitutions que l'immense majorité des salariés à rejetée. Où est-ce débattu ? Il y a un problème de démocratie dans notre organisation et ne pas le dire permet à ceux
qui s'assoient sur les statuts ou les interprètent à leur façon va conduire à l'éclatement du syndicalisme de classe confédéré. Cela pèse lourdement dans le niveau d'impulsion des luttes. Faut-il
rester et silencieux pour ne nous affaiblir alors que ce sont ces pratiques qui affaiblissent la capacité d'engager les luttes et de les faire gagner.


Et ce n'est pas en élargissait le cercles des sigles sur une déclaration affadies qu'on densifiera le rassemblement contre les mauvais coups.


J'essaie avec mesure et discernement de dire des choses sans hurler avec les loups. Mais le pire quand on sent que cela ne va pas, et en ce moment depuis l'après 95,
cela ne pas, c'est de rentrer ses interrogations, de ne pas échanger dans l'organisation et débattre pour que les solutions soit démocratiquement décidées.