Il y a 51 ans la mort rôde à Paris. Les patrons de Papon massacrent

Publié le 16 Octobre 2012

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Nous sommes le 17 octobre. Indispensable de garder vivace la flamme de la mémoire.

Voir aussi les pages que consacre J Tourtaux à cet évènement dont ce lien :link

 

 

Donc, reprise de l'article signé Dominique Vidal paru dans le Diplo d'il y a un an. Un papier qui  n'a pas pris une ride :

 

C’est la page la plus noire de l’histoire de Paris depuis la seconde guerre mondiale : le 17 octobre 1961, à l’appel de la section de France du Front de libération nationale (FLN), une manifestation pacifique contre le couvre-feu « conseillé aux Nord-Africains » depuis douze jours réunit de trente mille à quarante mille Algériens. Quelque deux cents manifestants vont y trouver la mort, tués par balle, à coups de matraque, étranglés ou noyés. La censure cacha, des semaines durant, la réalité des faits. Et ce pesant silence dura près de trois décennies.

Un écrivain et deux historiens contribueront à briser cette omerta : Didier Daeninckx en 1984 avec son « polar » Meurtres pour mémoire (1), que Laurent Heyneman adaptera au cinéma ; Michel Levine en 1985, avec Les Ratonnades d’octobre (2) ; et Jean-Luc Einaudi en 1991, avec La Bataille de Paris (3).

Cinquante ans après, quatre nouvelles parutions contribuent à raviver, affiner et transmettre le souvenir de cette nuit longtemps disparue. Einaudi synthétise ses recherches dans Octobre 1961. Un massacre à Paris (4). La Découverte publie le témoignage inédit écrit en 1962 par Marcel et Paulette Péju, Le 17 octobre des Algériens, que complète « La triple occultation d’un massacre », de Gilles Manceron (5). Lequel préface en outre Le 17 octobre 1961 par les textes de l’époque (6). Et c’est en bande dessinée, à travers le regard de Mohand et de sa sœur Khelloudja, que Daeninckx et Mako racontent Octobre noir (7), utilement préfacé par Benjamin Stora.

Après Le Silence du fleuve, le documentaire pionnier de Mehdi Lallaoui (1991), et la reconstitution de la Nuit noire, par Alain Tasma (2005), on peut également découvrir Octobre à Paris, de Jacques Panijel. Longtemps interdit par la censure, puis... par son auteur, ce documentaire est enfin projeté (8).

Autant de pièces à un dossier qui confirme que le « devoir de mémoire » est inséparable du « travail de mémoire ». Parmi les questions dont les historiens débattent encore, certaines sont passionnantes et douloureuses :

— du côté français, sur les raisons et plus encore les responsabilités de cette tuerie, qui prolonge alors des mois d’assassinats extrajudiciaires. Le préfet de police de Paris, Maurice Papon, n’aurait jamais préparé et organisé cette opération — qui plus est en garantissant l’impunité aux tueurs — sans la « couverture » du ministre de l’intérieur Roger Frey, nommé cinq mois plus tôt. Mais ce dernier se serait-il « mouillé » sans le feu vert, non seulement du gouvernement, mais aussi du président de la République, soucieux d’éviter que le FLN, avec lequel il négociait, ne réalise une démonstration de force ? Ou bien s’est-il agi d’une opération montée contre lui par les nostalgiques de l’Algérie française jusqu’au sein de son gouvernement, à commencer par le premier ministre Michel Debré ? Et l’occultation aurait-elle tant perduré sans bien d’autres complicités ?

— du côté algérien, le FLN a-t-il bien mesuré les risques d’une manifestation de rue alors que le préfet Papon exploitait ses attaques répétées contre des commissariats pour inciter les policiers et leurs « auxiliaires » aux pires exactions ? Et comment expliquer le silence observé pendant plusieurs décennies de l’autre côté de la Méditerranée aussi, sinon par le fait que les organisateurs de cette manifestation étaient devenus, entre-temps, des opposants ?

Reste enfin cette interrogation terrible, surtout pour les partis communiste et, a fortiori, socialiste : le massacre de deux cents Algériens en plein Paris le 17 octobre 1961 ne suscite — malgré l’invraisemblance de la version de la préfecture, qui parle de deux morts lors d’échanges de coups de feu — aucune manifestation, alors que l’enterrement de neuf Français, assassinés au métro Charonne, le 8 février 1962, par la même police du même préfet, rassemble dans la rue, cinq jours plus tard, un demi-million de personnes. Le 19 mars, un cessez-le-feu met fin à la guerre d’Algérie. Raison de plus pour que la France reconnaisse cet ultime crime colonial.

Dominique Vidal

Journaliste et historien, coauteur avec Alain Gresh de l’ouvrage Les 100 Clés du Proche-Orient, Fayard, Paris, 2011.

Rédigé par canaille le rouge

Publié dans #Mémoire et Histoire

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Réveil Communiste 17/10/2012 22:28


Je n'aime pas la fin de l'article de Dominique Vidal, il tente d'une manière visqueuse d'impliquer le PCF dans les responsabilités. il ne faut pas oublier que la manifestation de Charonne, contre
l'OAS, est aussi une manifestation pour la paix. voir au sujet du mythe de l'occultation le livre d'Alain Dewerpe.

LOUANCHI 17/10/2012 13:16


lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news


En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de
Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du
village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions
hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un
seul aujourd'hui se décide à parler.


35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser
le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.


Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de
ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi
joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)
Interview du 26 mars 2012 sur
radio-alpes.net