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Assemblée générale de RougesVifs, l'intro aux débats

 

10 02 14 RV IdF 1

Deux heures de discussions passionnantes pour faire un tour d'horizon sur ce qui bouge, réfléchir à ce que porte le formidable mouvement populaire en Afrique ...et ailleurs, dont ici. Ses limites ici.

Comment amener notre pierre à ce qui se construit aider à la réflexion sur la nature des enjeux et rechercher avec tous des solutions...et les questions d'organisation.

Une soirée très bien occupée, dense ...à suivre. 

 

ASSEMBLEE ROUGES VIFS ILE DE France

1er FEVRIER 2011

 

Introduction au débat

 

 

Cher(e)s camarades,

 

 

Permettez-moi, avec 24h de retard sur les usages, de vous souhaiter à toutes et à tous, ainsi qu’à vos proches, mes vœux de bonheur et de santé pour cette année 2011. Sur le plan politique et social, comme indiqué dans notre communiqué du 1er janvier, j’ajoutais que nous souhaitions contribuer, à la hauteur de nos moyens, à la poursuite des luttes en travaillant à mettre en valeur le potentiel émancipateur de celles-ci.

 

Comment ne pas commencer cette introduction à l’échange de ce soir par un immense salut fraternel et admiratif aux peuples tunisien et égyptien qui ont pris leur destin en main et secouent l’ordre établi.

 

La victoire historique du peuple tunisien contre le tyran Ben Ali, celle qui se dessine du peuple égyptien contre son équivalent Moubarak, sont d’abord et avant tout de formidables encouragements pour tous ceux qui militent quotidiennement pour une société véritablement basée sur le respect scrupuleux de la souveraineté populaire, solidaire avec tous les peuples qui œuvrent pour leur liberté et ouverte aux coopérations internationales mutuellement avantageuses.

 

En dépit des différences de développement et de libertés publiques, comment ne pas voir la similitude des buts poursuivis par ces peuples opprimés et les objectifs de nos propres luttes ?

 

Car c’est bien le mouvement social tunisien qui est à l’origine d’une situation porteuse d’immenses espérances, qui inspire les peuples de la région, dont celui d’Egypte est dans la phase la plus avancée. Et il y a beaucoup d’enseignements à tirer pour notre propre combat.

 

Citons le point de départ des manifestations qui réclamaient les moyens de vivre, emplois, salaires, mobilisations dans lesquels les jeunes ont joué un rôle majeur et déterminant. Face à la répression féroce du pouvoir Ben Ali, les revendications ont rapidement évolué sur le terrain politique, fustigeant le pouvoir du despote et la corruption de sa famille. Cette conscience politique n’est pas surgie du néant. Elle a pour racine l’écrasement brutal des manifestations populaires dans le bassin minier de Gafsa en 2008-2009. C'est aussi le résultat du travail de longue haleine de militants démocrates, de défenseurs des droits de l’homme, d’avocats et magistrats, d’étudiants, de syndicalistes et de certains opposants politiques, travail mené malgré la répression - au prix du harcèlement permanent, des arrestations, des emprisonnements, des tortures- travail mené en Tunisie et ailleurs, là où les opposants avaient été obligés de s’expatrier.

 

Comme enseignement, citons également la rapidité avec laquelle les évènements se sont enchainés jusqu’au départ de Ben Ali. Les combines de dernière minute, comme le tente actuellement Moubarak en Egypte, n’ont pas entamé la détermination du peuple tunisien à aller au bout de ses exigences, désormais politiques. La lutte continue en Tunisie pour se débarrasser de tous les résidus du système mis en place. Quelle leçon de courage et de ténacité, et de clairvoyance face aux tentatives de dévoiement du mouvement qui laisserait intactes les bases impérialistes de l’ancien régime ! Tout est donc possible et rapidement, pour peu qu’un travail de fond est été préalablement effectué parmi les travailleurs et les milieux populaires.

 

Comme enseignement, citons enfin (et sans prétendre être complet, je n’en ai pas la compétence et la durée de notre réunion ne nous le permet pas) le refus du peuple tunisien de se plier aux « institutions » du pays, qui conditionnaient le changement de pouvoir à des élections futures.

 

« Ben Ali, dégage » ou « Moubarak, dégage » doivent nous faire réfléchir sur nos propres institutions qui veulent enfermer les aspirations des mobilisations de 2009 et 2010 en France dans la perspective des élections présidentielles de 2012.

 

Si nous considérons l’adoption du traité de Lisbonne (résurgence du traité constitutionnel européen rejeté par le peuple français) comme un acte de forfaiture – trahison du mandat donné par le peuple souverain-, nous sommes en droit de penser que le pouvoir, personnifié par Nicolas Sarkozy, n’est plus légitime. L’épisode de la régression du système des retraites, imposé malgré l’opposition de 70% de la population (plus de 80% chez les ouvriers et employés), participe à cette trahison du mandat populaire, d’autant cette « réforme » est une exigence de la commission européenne que le référendum de 2005 a théoriquement rendue caduque !

 

« Sarkozy, dégage », et tout de suite, sans attendre les présidentielles de 2012, n’est-elle pas une idée à développer dès maintenant en prenant exemple sur les leçons que nous donnent les tunisiens et égyptiens ?

 

C’est un positionnement politique qui permet de porter le débat sur le caractère antidémocratique de nos institutions. J’y reviendrais.

 

Mais revenons aux évènements en Tunisie et en Egypte. Le peuple tunisien poursuit sa lutte pour l’éradication totale des fondements du régime issu de la décolonisation, façonné pour perpétuer les intérêts des capitalistes français, anciens colonisateurs. Notre solidarité doit leur être totale.

 

En Egypte, précisément, l’affrontement ce soir est à son comble. La présomption de libération volontaire de prisonniers de droit public chargés de perpétuer des actes de pillages pour dévoyer les aspirations du peuple n’est pas sans rappeler les choix réactionnaires de Thiers pour écraser la Commune de Paris.

 

Pour décrédibiliser ces mouvements, les serviteurs médiatiques de l’ordre mondial établi exhibent la menace d’une prise de pouvoir imminente des « islamistes » en Egypte mais aussi en Tunisie. Ne vaudrait-il pas mieux, nous disent-ils, des dictatures, barrages contre une régression des droits universels, plutôt qu’une instabilité politique ouvrant la voie à des républiques basées sur une intolérance religieuse ? Quel mépris pour ces peuples qui luttent avec courage pour simplement avoir les moyens de subsister ! Pour ce qui nous concerne, la première des solidarités consiste à ne pas laisser dénaturer la lutte des peuples Tunisiens et Egyptien et à établir le lien entre les « prolétaires de tous les pays ». Oui, plus que jamais, « Unissons-nous ! »

 

« Opprimés de tous les pays du monde, révoltez-vous », tel est le message que nos camarades égyptiens veulent nous transmettre aujourd’hui. Cela n’est pas sans nous rappeler le mouvement social en Grèce avec la banderole du KKE hissée au Parthénon qui appelait les peuples d’Europe à se révolter.

 

La crise du capitalisme s’aiguise et les peuples du monde refusent d’en payer la facture. Grèce, Espagne, Portugal, Irlande, Grande –Bretagne, Islande, pas une semaine ne se passe sans que nous ne recevions l’écho de luttes et manifestations en Europe. Leur caractère répétitif et déterminé est relativement nouveau. Jamais l’UE n’a autant été mise en cause pour le rôle qu’elle joue dans l’appauvrissement des peuples.

 

En France,la déception est grande chez les travailleurs, pourtant soutenus par une majorité de Français, de voir que le gouvernement est resté sourd à leurs revendications portées par les luttes massives de la dernière période.  Un grand nombre d’entre eux éprouvent un désir de revanche.  Le MEDEF et ses commis au gouvernement redoutent une reprise des luttes que pourrait engendrer la poursuite amplifiée de leur politique antisociale nécessaire à l’accroissement des profits des actionnaires de l’industrie et des banques.

Aggravation dramatique du chômage, blocage des salaires, hausses des prix, suppressions de prestations sociales pour les plus démunis, telles sont les conséquences ravageuses d’une politique menée au service du Capital. Le cynisme est à son comble avec la spéculation au grand jour sur les matières premières alimentaires alors que la famine sévit dans de nombreux endroits du monde et que, dans notre pays même, tous ne peuvent subvenir à leurs besoins vitaux.

Ce système ne s’aménage pas, il se combat. Vu sous cet angle, existe-t-il une perspective dans les échéances électorales de 2012, vers lesquels toutes les forces politiques cherchent à dévoyer le mécontentement populaire ?

Aujourd’hui les capitalistes n’ont rien à craindre de ces élections. Ils savent que le système électoral injuste conjugué à l’alternative droite-PS qu’ils ont réussi à mettre en oeuvre à coups de médias les place à l’abri du verdict populaire.

Alors que les luttes ont éclairé les consciences, la contradiction grandit entre les aspirations et les perspectives politiques dans le cadre institutionnel actuel. 

L’approfondissement de la crise et les luttes qui en ont découlé ont éclairé bon nombre de Français.  Il est apparu plus nettement à ceux-ci qu’il ne s’agissait pas d’un phénomène conjoncturel mais de la crise du système capitaliste.  Cette perception nouvelle n’a pas manqué de faire surgir des interrogations sur l’existence d’une frontière entre les partis de droite et le PS.  Ces organisations se sont en effet bornées à condamner les excès du « néolibéralisme » afin d’épargner le système capitaliste.  L’entrée de certains dirigeants du PS dans le gouvernement Fillon, la nomination de D.Strauss-Kahn (décoré par Ben Ali) à la tête du FMI grâce à Sarkozy, l’attitude pour le moins ambiguë de la direction du PS à propos de la réforme des retraites n’ont pas manqué de nourrir ces interrogations.

Mais face à l’absence d’un point de vue révolutionnaire audible et à partir d’un ressenti d’impuissance des luttes et grèves, le piège institutionnel (élection du Président de la République au suffrage universel, quinquennat, inversion du calendrier, …) risque de se refermer à nouveau sur les aspirations populaires.

Pour éviter cela, il nous faut sans cesse travailler les idées sur tous les chantiers que nous avons ouverts depuis la création de notre association.

Sur les institutions et l’expression de la souveraineté populaire, sur les questions internationales, sur les notions du service public et de ré-industrialisation, sur la question centrale du salaire sous toutes ses formes, ces domaines sont incontournables par tous ceux qui veulent véritablement créer les conditions d’un réel changement. Et il n’y a pas de raccourci possible.

Les limites des luttes de 2009 et 2010 en apportent la confirmation :

Confusion sur les enjeux et les objectifs

Manque d’ambition, sur les salaires essentiellement

Respect de la  « légalité » capitaliste

Méconnaissance des systèmes sociaux et des plateformes revendicatives

Sous-estimation du caractère brutal et répressif du Capital

Etc…

 

Nous avons donc besoin d’un apport théorique permanent et d’expressions de notre point de vue de classe, redéfini sans cesse au cours de nos réunions. C’est le sens de la réunion que nous organisons la semaine prochaine chez les cheminots, ouverte à ceux avec qui nous avons mené deux grands conflits en 2010 (avril et octobre). Il nous reste 9 jours pour réussir cette initiative publique.

Inutile donc de développer davantage sur la nécessité de maintenir les liens organisationnels au travers de notre association. Il y a bien sûr les progrès que nous pouvons accomplir dans un travail plus collectif. Mais le véritable développement passe par des initiatives du type de celle que nous allons tenir chez les cheminots et par une expression plus permanente de notre association. Avec comme seul objectif dans la période de contribuer à clarifier les enjeux, identifier les obstacles et les moyens de les surmonter, dans le cadre de l’affrontement Capital/Travail, afin de rendre les luttes plus efficaces.

Mais le premier geste d’organisation est la ré-adhésion par le versement de la cotisation annuelle. Je vous invite donc à le faire dès ce soir.

En attendant, je vous laisse la parole.

 

 

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