Gourmandise

Publié le 7 Mai 2013

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Quand éditer un Figaro était digne d'estime 

 

 

Tiré d'un livre de Nicolas Ruault. Celui-ci est libraire et éditeur à Paris de Voltaire et de Beaumarchais et envoie des lettres à son frère à Évreux entre 1783 et 1796.

Il nous décrit Paris et les événements de cette époque semaine après semaine.

Un livre passionnant pour qui veut en savoir plus sur la Révolution Française.


 
 

 

 

 

Si Canaille le Rouge n'a pu vous abreuver durant quelques jours, cela ne l'a pas empêcher de se ravitailler en vol.

Voici une de ses récoltes pillées chez ce diable d'El diablo et sa marmite de Commun Commune (lien) :


 

gazette-parisien-revolution.jpg

 

 

Connaissez-vous Nicolas Ruault ? Non ?

C'était ce qu'on pourrait appeler : un bourgeois éclairé. Il vivait au XVIIIe siècle, fréquentait l'intelligentsia de son époque et était éditeur de Beaumarchais et de Voltaire, ce qui n'est pas rien. Si l' Histoire a retenu son nom au grand plaisir des historiens , c'est parce qu'il a écrit à son frère de manière régulière entre 1783 et 1796 et qu'il eut l'excellente idée de conserver une copie de ses lettres en subodorant qu'elles seraient utiles plus tard à la compréhension de son époque. En effet, il raconte les évènements politiques, littéraires, ainsi que les petits et grands potins de cour et fait part de son analyse de ces évènements. Ces écrits épistolaires ont été publiés ( mais pas réédités à ma connaissance) sous le titre " Gazette d'un Parisien sous la révolution" ( Librairie académique Perrin 1975 ). Je suis l'heureux propriétaire d'un exemplaire de ce livre acheté d'occasion.

 

Voici ce qu'écrit Nicolas Ruault le 26 novembre 1786, donc environ 2 ans et demi avant la prise de la Bastille, en faisant référence à un ouvrage de Condorcet sur la vie de Turgot. Lisez bien, ça vaut son pesant de dividendes !:


"On le regarde aujourd'hui ( il s'agit de Condorcet) comme le chef de cette sorte de philosophes dont toutes les vues tendent au bonheur du peuple, mais qui ne prennent peut-être pas le meilleur chemin pour y parvenir. Leur ennemie mortelle, la finance, est devenue si puissante, si orgueilleuse, si despote qu'il faut croire qu'elle ne pourra aller plus haut et qu'elle périra infailliblement avant peu d'années (...) Une révolution effrayante est très prochaine, nous en sommes tout près, nous touchons incessamment à une crise violente. Les choses ne peuvent aller longtemps encore comme elles vont. Cela saute aux yeux. Tout est agio, finance, banque, escompte, emprunt, pari, virement etc...Toutes les têtes sont tournées vers l'argent, sont folles de ces sortes de spéculations. Patience nous verrons beau jeu en 1800 ! Vivons cependant et faisons en sorte de n'être pas emportés par la débâcle future.

 

Adieu mes chers amis, ne vous effrayez pas trop de ma prédiction. Tapissez vous dans votre petit terrier, laissez faire les fous, et tâchons de n'être que le spectateur de l'écroulement de la montagne creuse que menacent tous ces étourdis qui grimpent dessus par milliers"

 

Deux cents vingt sept ans plus tard, après avoir traversé la Révolution, l'Empire, de nouvelles royautés, le Second Empire et cinq républiques, nous sommes toujours affligés d'un monarque, la finance est toujours aussi vorace, cupide, insatiable et égoïste, il y a toujours autant d'aveugles imbéciles qui grimpent sur la "montagne creuse" et le bon peuple est toujours le dindon de la farce..."

Source :Blog «  pour curieux seulement »

Rédigé par canaille le rouge

Publié dans #la culture et les idées

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Cros Jacques 07/05/2013 17:59


Oui mais ce qui était à l'ordre du jour en 1789 n'était qu'une révolution bourgeoise. En finir avec les privilèges de la noblesse et du clergé (enfin le haut clergé) était une rupture qui n'était
pas sans intérêt, y compris pour les Sans-culotttes même si toutes  leurs revendications n'ont pas été satisfaites. La suppression de la gabelle, et de la dîme par exemple a constitué une
avancée pour eux. Il faut d'ailleurs reconnaître que leur intervention avait été décisive à certains moments cruciaux. Oui bien sûr cette Révolution de 1789 portait en germe ses limites
auxquelles nous sommes confrontées aujourd'hui. Au moins peut-on comprendre la rupture franche et nette avec le capitalisme qui est aussi nécesaire aujourd'hui que ce qu'll était au temps de
l'Ancien Régime.