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E=MC2 ou l'audimat de la mort

 

http://geopolis.francetvinfo.fr/sites/default/files/styles/asset_image_full/public/assets/images/2013/04/Dacca-ecroulement-ateliers-2013.jpg

 

Tous les jours la presse nous informe de l'évolution du concours au dénombrement des morts en Syrie, morts "épicés" parfois d'une étiquette ethnique ou communautaire.


Macabre comptabilité où les statistiques sont tenues à jour pour alimenter des pratiques de justification pour les uns, de "propagande staffel" pour les autres.


Ces morts pour atroces qu'ils soient bénéficient d'une médiatisation que tous n'ont pas.


Le Monde d'hier opposait les tués par les milices chiites syriennes à des tués par d'éventuelles armes chimiques qui nous rappellent trop le processus irakien des armes de destruction massive pour ne pas mobiliser toute les vigilances pour interdire l'escalade programmée.


Mais, et c'est là que Canaille le Rouge veut en venir, il y a morts et morts.


Dans la comptabilité morbide voire obscène, il y aussi une hiérarchie d'installée.


Quand les armes tuent, c'est la une et l'édito de la presse écrite, des reportages dans les chancelleries, parfois des images prises par les journalistes sur le terrain dans des conditions souvent périlleuses.


Mais quand c'est le capital qui tue en masse au mieux la rubrique fait divers et souvent silence et là, pas d'étiquette de classe tant celle-ci est évidente et doit donc être masquée.


Regardez les titres de la presse depuis jeudi jusqu'à ce samedi de fin avril.


Quand quelques dizaines d'ouvrières du Bengladesh meurent brulées vives, un entrefilet. Quand une usine s'effondre sur ses travailleurs et travailleuses, faisant des morts par centaines, pas un mot dans la presse écrite, trois secondes au JT. On commence à en parler qu'a partir du moment où la colère ouvrière explose et c'est par le prisme de la répression qui permet d'accéder à l'information de fond : l'organisation capitaliste du travail est assassine. Sinon discrétion assurée. 


C'est normal ces usines travaillent pour des donneurs d'ordres dont certains figurent aux génériques comme costumier des pantins qui présentent* JT et magazines ou alignent les pages de pub dans les éditions papiers ou informatiques des journaux. Oscillation entre le néant des uns et le presque rien des autres. Mais quand même, au moment ou ce papier est mis en ligne, à Dacca la barre des 350 morts est franchie.

 

Les mêmes qui dissertaient (à juste titre) sur la puissance du bouquin d'Hessel n'ont ici pas une once d'indignation.


Les donneurs d'ordres qui sont ceux qui ont délocalisé leur production dès la fin des années 60 pour échapper au code du travail et aux luttes sociales ont transformé en désert économique la vallée du Rhône, le Nord Pas de Calais ou la région troyenne.


Ils ont leur Eldorado, le rêve pour les actionnaires de la grande distribution : la police qui tire sur les grévistes quand il y a grève, qui bastonne ceux qui ont survécu aux incendies et effondrements. Les syndicalistes assassinés quasiment officiellement. Les vrais propriétaires, les donneurs d'ordres, n'apparaissent pas en première ligne.


Depuis Paris Londres ou New-York, ils se sont juste gardés dans les même conditions un volant de main d'œuvre latinos aux USA, pakistanaise à Londres, puisée dans les sans papiers et travaillant dans des gourbis dans le Sentier ou à la porte d'Aubervilliers pour Paris mais affichent de façon lumineuse leur griffe sur les champs Élysées qui devront tourner en 3x8 pour assurer les profits.


C'est une guerre aussi. Une guerre de classe.


D'autre moins visible assurent les rayons des articles de sport avec la bénédiction du mouvement olympique et des fédérations sportives, mais c'est la même logique.


Un gosse de douze ans explosé par un missile est-il plus télégénique que son copain broyé dans l'effondrement de son atelier ?  Une gamine du même âge tuée dans le bombardement de sa maison serait-elle plus victime que sont alter ego carbonisée dans l'incendie de son usine pour 25$ par mois 12heures par jour ?


Pour ne rien dire des tout petits qui dans les deux cas sont au nombre souvent oublié des deux types de bilan : péris écrasés sous les bombes ou morts dans les décombres sous les établis.


Devrait-on hiérarchiser ces assassinés ? Et si oui dites alors sur quels critères ?

 

*Un traitement de l'information qui vaut aussi pour les usines de chine qui fabriquent les tablettes des "pomme-pomme computeurs" : cinq minutes de reportage pour un braquage Apple à l'Opéra mais 5 secondes pour quinze jours de grève et ses violences patronales du coté de Pékin.

 

 

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