♫ ♫ Dire l’indicible contemporain, là, à deux pas de chez soi. Clamer sa colère

Publié le 18 Octobre 2012

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La Canaille tournait autour de son clavier pour voir comment réussir à porter le niveau d'indignation qui a explosé à l'annonce des cogitations de la cours d'assise de Créteil pour aboutir à la banalmisation des viols collectifs.


Comment, à commencer par la presse, accepter que ces faits soient rassemblés sous l'appellation "faits divers".


Un représentant de l'ordre est tué (inadmissible) et là tous les corps constitués se mettent en marche.


Une femme est violée cela fait au mieux un article le plus souvent un entrefilet sauf si le crime se produit dans des lieux préciblés et encore soyons heureux si les détails ne permettent pas de vendre du papier en jouant sur le "croustillant".


Pire encore, hier midi sur france Inter une chroniqueuse faisant preuve d'une délicate finesse s'interrogeait pour savoir si finalement le viol tarifé appelé prostitution n'était pas une protection séculaire contre le viol agressif ? Comme si les BMC de la grande muette avait empêché les troupes sur les TOE de laisser aller leur instioncts.


A force de prendre son temps, d'autres eux qui n'ont pas eu de mal à trouver les mots, ont publié.


Le texte de danièle Bleitrach est un de deux qui me parait le plus proche de ma colère même si en faisant toujours le pari de l'humanité je persiste à avoir une conclusion moins pessimiste, à peine moins pessimiste. Son texte n'en reste pas qu'à la dénonciation, il fait plus qu'il interpeller, il exige reflexion.

 

 

Aucune bête n’aurait pu inventer un tribunal qui autorise le viol (par danielle Bleitrach)

Doit-on considérer le viol, la destruction d’un être humain par des pratiques humiliantes qui témoignent de la fascisation des esprits comme un pêché de jeunesse ? Peines légères, sursis et acquittement, une semonce, un procés où les victimes ont été traitées en accusées et un verdict qui manifeste de l’embarras, oui cela a eu lieu mais elles l’ont bien cherché…

C’est bien là le sens du verdict du procès du Tribunal de Créteil. Jamais je n’aurais imaginé vivre une telle négation de tous les combats que nous avons menés… Me voici revenue aux temps où une femme qui se faisait avorter était curetée à vif par des carabins à qui l’on autorisait le viol du personnel feminin comme une détente après le travail… Voici revenu le temps où les professeurs de génécologie étaient parfois des obsédés sexuels qui nous traitaient comme du bétail, tout cela a été rarement dit et a pourtant existé, je me souviens d’un professeur aixois qui était célèbre pour son mépris de nos corps et le plaisir qu’il éprouvait à humilier les femmes en détresse… Tout cela pour dire que la tournante n’est pas affaire de banlieue, c’est toute une société, à commencer par les bons bourgeois, qu’ils soient voltairiens ou grenouille de bénitier, qui autorise la licence, celle qui jette les femmes en pature à ceux que l’on détruit en masse, dans la marginalité…Une prime à la délinquance, à la soumission, à la destruction de soi pour que l’on se taise, qu’il n’y ait pas de révolte et de révolution.

Heureusement cela a créé, en France, une incompréhension, mais elle est encore trop limitée, trop partiale, elle n’ose pas mesurer la signification de ce « fait divers ».

Ce verdict dit bien ce qu’il veut dire ; dans les zones de non droit vous pouvez traiter les femmes comme cela vous sied, vous avez toute licence. Déjà le vocabulaire  employé dans les médias, circonscrit l’affaire, c’est seulement dans le  ghetto dans lequel on prétend enfermer cette permission de violer: » la tournante » devient un terme  ethnologique, il s’agit d’une pratique limitée, cela crée une exception alors qu’il s’agit du  viol en bande organisée comme crime…

Ce procès est un scandale mais ce n’est pas un fait isolé. Quand une société est entrée en régression, les femmes en sont les premières victimes.  75.000 femmes sont violées chaque année dans notre pays. 10% d’entre elles portent plainte et seuls 2% des violeurs sont condamnés. Combien de femmes meurent sous les coups de leur conjoint? Combien de souffrances en silence avant d’en arriver là…Qui dira que la femme risque plus dans sa famille que partout ailleurs, de ses voisins, dans son travail, de tous les abus d’autorité? Dans ces temps où chacun s’érige en défenseur des pseudos vertus familiales et des institutions exemplaires…

Quel droit à la France après un tel verdict de s’instaurer conscience morale face à d’autres pays, à oser aller porter la mort en Afghanistan, sous le fallacieux prétexte de dénoncer le traitement des femmes ? Qu’est-ce qui dans notre passé et dans notre présent nous autorise à donner des leçons nous dont les tribunaux accordent le permis de violer? Le récit, j’allais dire des accusées alors qu’il s’agit des victimes, est hallucinant. Sade lui-même aurait-il inventé en se masturbant dans sa prison un acte aussi ignoble que celui de ces hommes sodomisant leur victime et la forçant à lécher les préservatif tâché de merde(1) ? Et c’est un détail parmi d’autres.  il y a dans ces viols une volonté de meurtre, un besoin d’anéantir l’autre, une pulsion ignoble et un tribunal cautionne cela. Que veut dire le « sursis » pour certains accusés, reconnaître qu’ils sont coupables mais que leur acte criminel est une vétille ?

Personne ne veut comprendre que dans un société tout est lié, on tente de nous faire croire que la régression, l’humiliation imposée aux femmes ne concernerait qu’une partie, bien sûr étrangère ou considérée comme telle, de notre société, mais les chiffres sont là: la violence faite aux femmes concerne toutes les couches de la société… Et ce que dit le tribunal de Créteil c’est la complicité des élites dans le crime.

Regardez les accusées, je veux dire les victimes, du procès de Creteil! Regardez le supplice infligé à certains corps, l’obésité comme un autochâtiment ! On dénonce la burqa, mais qui dira cette dissimulation imposée par la souffrance, l’humiliation, la peur ?

On me dit sois plus indulgente, plus tolérante ! Mais notre société n’est plus qu’une gigantesque maison de tolérance dont font les frais les exploités, les êtres fragiles, les femmes, les enfants, les vieillards, les malades mentaux, les populations stigmatisées,et… Comme dans d’autres temps, dont il ne faut surtout pas se souvenir, puisque les nier est à la mode… Pourtant nous sommes partis de la Résistance des plus dignes pour instaurer une revendication à l’égalité; un protection des faibles…

L’inhumanité aujourd 'hui est sans rivage. On dit ce qui se passe dans les caves des grands ensembles mais qui s’intéresse au harcélement subi en période de chômage par celle qui a une famille à nourrir, un mari chômeur ou parti ailleurs ?… Elles sont toutes considérées comme des folles, des mythomanes. Nous sommes dans une société de prostitution généralisée et la victime qui se plaint doit se taire, elle a mérité son sort… Elle a perdu la bataille de la concurrence généralisée…

La seule réponse possible face à tant d’hypocrite consensus serait de lancer un grand débat sur le viol que les masques tombent, ceux de respectabilité comme les autres. Que le viol, la néantisation d’un être humain soit révélé, châtié,  non seulement dans les cages d’escalier en bandes organisées, mais aussi face à l’hypocrisie générale d’une société. Un système qui détruit les êtres humains et condamne à l’autodestruction ceux qu’elle voue à l’inhumanité. Le collectif devient alors le lieu du crime et de la haine, sur lequel il faut fermer les yeux, comme on organise le bordel aux armées, continuez!… Il y a le soudard qui décharge dans le corps épuisé, mais il y a le général qui commande au souteneur un certain nombre de créatures. Le tribunal de Créteil organise la collecte des corps, des femmes déjà mortes pour envoyer les hommes à la boucherie, la leur et celle de celles qu’ils auraient pu aimer… C’est la garantie depuis toujours qu’il y aura des « honnêtes femmes », femmes honteuses de  leurs corps et de leurs désirs, que ces corps que l’on destine à la prostitution, à la consommation collective des tranchées. Chaque fait divers est désormais exploité pour construire une exception, un corps étranger à la norme, celle des honnêtes gens, il y a même eu un président récent qui a prétendu gouverner à partir du fait divers… Il y a la bête qu’il faut stigmatiser pour que les braves gens dorment en paix, l’étranger, le monstre oui mais voilà depuis Créteil la collusion est manifeste.

Est-ce que cela n’a rien à voir avec l’acceptation du fascisme qui est en train de gagner les esprits ? Vous n’avez pas voulu voir que rien n’a été éradiqué, vous pronez l’oubli de ce dont l’humanité a été un jour capable,mais dites vous bien que ce qui c’est passé dans ce tribunal n’est pas plus bestial que ce qui s’est passé dans les camps d’extermination: l’individu devenu objet sur lequel on s’acharne fait partie du destin de l’humanité, aucune bête n’agit ainsi avec un tel raffinement dans l’enfer pour soi-même et pour les autres, ils n’ont aucune loi pour leur donner le permis de l’horreur.

Danielle Bleitrach

(1) voici ce que j’écris dans le livre désormais terminé sur Fritz lang et bertolt Brecht, à propos du « fait divers et ce qu’il révèle (il s’agit en 1933 des soeurs Papin) : « Ce qui frappe à Auschwitz, c’est le coté voyeur du dispositif, la volonté de créer une  société dont la productivité était la mort et où l’on observait les gens en condition de précarité absolue. Très étonnantes sont les fresques que des détenus ont pu produire, et les institutions les plus folles pour le contrôle des corps, comme l’effarant Sheissmeister dont la fonction était de diriger la défécation, alors que les gens souffraient de dysenterie. Menguele était la vérité de la jouissance en acte à l’intérieur des corps« .  un seuil a été franchi celui de la consommation de l’autre décrite par Salo de Pasolini. Notre société en train de s’effondrer ne cessera jamais de reproduire l’ignominie avec l’assentiment de la morale dominante.

Rédigé par canaille le rouge

Publié dans #Coup de gueule

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