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Abraham Serfaty est mort.

Mort d'un internationaliste, un communiste, un grand révolutionnaire du Maghreb
http://www.lefigaro.fr/medias/2009/07/28/20090728PHOWWW00055.jpg


Abraham Serfaty est décédé jeudi dans une clinique de Marrakech (sud du Maroc), à l'âge de 84 ans.

 

Descendant de Juifs chassés d'Espagne en 1492, Ancien membre du parti communiste marocain puis du mouvement marxiste-léniniste Ila-al-Amam (en avant), Abraham Serfaty a passé près de 17 ans (de 1974 à 1991) en prison au Maroc.

 

Militant communiste marocain dès 1944 et lors de son séjour en métropole dans les rangs du PCF de 1945 à 1949, il s'engage ardemment pour l'indépendance de son pays, ce qui lui vaut d'être emprisonné en 1950, et placé en résidence surveillée en 1956.

 

Cet ingénieur qui fut l'un des promoteurs de la politique minière du Maroc indépendant, blâmait aussi les partis politiques pour les lenteurs dans le processus démocratique, c'est ce qui le conduira à rompre avec le parti communiste marocain.

 

Issu d'une famille de juifs tangérois chassés d'Espagne en 1492, Abraham Serfaty, restait un antisioniste convaincu. "J'irai d'abord en Palestine lorsqu'il y aura un Etat puis je passerai voir des amis juifs qui se trouvent eu Israël", avait-il confié à l'AFP dans une interview en 2005.

 

En 1972, il avait été arrêté une première fois, les autorités l'ayant sauvagement torturé.

 

Après plusieurs mois de clandestinité, Abraham Serfaty avait été condamné en octobre 1977 à la prison à perpétuité sous l'accusation de "complot contre la sûreté de l'Etat".

 

Internationanliste et anti impérialiste, soutien du Front Polisario contre l'impérialisme marocain et les grandes compagnies minières qui pillent le Sahara occidental, il avait passé 17 ans en prison à Kénitra (nord de Rabat). Il fut libéré en 1991 par Hassan II, père de l'actuel roi Mohammed VI, après une importance campagne internationale en sa faveur. Il fut aussitôt expulsé du Maroc vers la France, par le ministre de l'Intérieur de l'époque, Driss Basri, au motif qu'il était un "ressortissant brésilien".

 

En 2000 après l'intronisation de Mohammed VI, A. Serfaty avait été autorisé à rentrer au Maroc avec son passeport marocain restitué. Il s'était alors installé à Mohammédia (sud de Rabat) avec son épouse Christine Daure-Serfaty,

 

"Abraham (Serfaty) est décédé ce matin (jeudi) dans une clinique de Marrakech à l'âge de 84 ans", a indiqué Christine Daure-Serfaty, son épouse.Il souffrait "d'une maladie pulmonaire et avait des problèmes de mémoire", a précisé Mme Serfaty.

 

"Il sera enterré après demain (samedi) au cimetière juif de Casablanca, près de ses parents", selon son épouse.

 

Très fatigué ces derniers mois, Abraham Serfaty a vécu le reste de sa vie à Marrakech.

 

C'est un immense combattant de la lutte des peuples et de l'anti-impérialisme, un authentique communiste qui nous quitte.

 

Sa venue  dès sa sortie de prison à la fête de l'Humanité 1991 avait été un des grands moments phare de la fête.

 

Salut Camarade.

 

 

Pour mesurer la trempe de l'homme, un extrait d'une tribune envoyé au Monde en 2004 :



Abraham Serfaty: L'héritage de Hassan II


Le "point de vue" de M. Driss Basri publié dans Le Monde du 27 juillet appelle de ma part quelques remarques. Ce "point de vue" comprend deux parties : la seconde est un méli-mélo sur les problèmes du Sahara occidental, mais je voudrais m'attarder davantage sur la première partie.


Arrivée à l'aéroport Rabat-Salé- Ph M.H
Arrivée à l'aéroport Rabat-Salé- Ph M.H
Celle-ci est un panégyrique du règne d'Hassan II, que le peuple marocain résume pourtant par le terme d'"années de plomb". Que l'on permette à l'un des principaux opposants à ce régime d'exprimer ici un point de vue différent de celui de M. Driss Basri. 

Je voudrais prier le lecteur de ces lignes d'excuser l'indignation qui suit. Mais puis-je oublier mes camarades Abdellatif Zeroual et Amine Tahani, morts sous la torture ? Puis-je oublier Saïda Mnebhi, morte en grève de la faim ? Puis-je oublier tant de vies de mères combattantes, mortes épuisées par leur lutte pour leurs enfants emprisonnés, y compris la mienne, morte en avril 1982 ? Puis-je oublier les 33 morts dans les cachots de Tazmamart avant que, grâce à la lutte de Christine Daure, les portes du bagne s'ouvrent sur les 28 survivants ? 

On ne peut pas oublier que les années du règne d'Hassan II furent jalonnées de massacres. Celui du 23 mars 1965 contre la jeunesse révoltée de Casablanca. Celui de juin 1981 contre toute la population des quartiers pauvres de Casablanca, également révoltée. Celui de janvier 1984 contre le peuple de Marrakech et tout le peuple du Rif, de Nador à Ksar-el-Kébir, eux aussi révoltés, en passant par Alhuceïma en état d'insurrection. Ce peuple du Rif qu'il qualifia alors de "oubash" ("voyous"). 

Il est vrai qu'Hassan II avait une haine particulière contre les Rifains. Prince héritier, il avait dirigé en janvier 1959 le massacre de leur principale tribu, les Aït Ouriaghel, dont les hommes avaient pris le maquis pour protester contre les exactions du gouverneur local. 

Il serait trop long de parler ici des exactions d'Hassan, prince héritier. Elles ont été résumées par lui-même en février 1956 :"Pour parler un langage de cavalier, deux ou trois tours de manège et tout sera fini." 

C'était le temps de la guerre d'Algérie. La résistance marocaine envisageait la libération du Sahara marocain - y compris Tindouf et tout le Sahara occidental -, dont la population aspirait alors à rejoindre le Maroc indépendant dans la lutte commune avec les combattants algériens. Mais Hassan ben Mohammed intervint à la tête des nouvelles forces armées royales pour ouvrir la route de Tindouf à l'armée française, et contribuer à neutraliser, en février 1958, l'Armée de libération du Sud marocain lors de l'opération "Ecouvillon", menée par les troupes françaises et espagnoles. 

Mais il serait trop long de faire le bilan des exactions d'Hassan II contre les peuples marocain, sahraoui et algérien. En ces temps où la politique française était encore une politique coloniale, Hassan ben Mohammed, devenu Hassan II, en était un allié sûr. 

Il en est de même pour la politique sociale et économique vis-à-vis du peuple marocain. Hassan II a été l'allié sûr des forces les plus rétrogrades du capitalisme français et européen. Sa politique au Nord n'a laissé pour issue à ses hommes que l'expatriation vers l'Europe. Sa politique dans la vallée du Souss — qui en a fait baisser la nappe phréatique de moins 10 mètres à moins 100 mètres par la culture intensive d'oranges dans les fermes lui appartenant en grande partie - a contraint sa population mâle à s'expatrier également. Entre autres exemples ! ...



Mardi 10 Août 2004
Le Monde

 


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