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Salaires et pensions ou pouvoir d'achat ?


"Ce que l'on conçoit bien s' énonce clairement , et les mots pour le dire arrivent aisément".  J'appelle ce vieux réac de Boileau à mon secours.

C'est que l'affaire n'est pas évidente, pourtant, va falloir clarifier.

D'autant qu'après discussion autour de moi, je vois bien qu'il y a besoin de débattre de la question :

Tout le monde est d'accord pour dire que les prix augmentent, qu'on y arrive plus, que le virement sur le compte en fin de moi est bouffé avant le 15 suivant, la pension fond comme calotte polaire  dans le CO2.  

Qu'est-ce qui ne suit pas ? Le pouvoir d'achat ou  les salaires et les pensions ? Que revendique-t-on ?

Le pouvoir d'achat c'est quoi ? L'ensemble des moyens disponibles pour se procurer un bien, acheter de quoi vivre, voir même il fut un temps se dégager un peu de superflus. Jusque là, pas d'embrouille ? Avançons.

De quoi est-il fait ce P.A. ? En voila une question bizarre ? 

Et pourtant : Ce qui arrive sur le compte en banque, c'est quoi et ça vient de quoi ?

Le salaire. pour une petite part aussi  les primes et indemnités. Le chèque service ou vacances, les tickets restaurant ou pourquoi pas les bons de la semeuse qui permettent de se procurer bien ou service à moindre coût ? Ils donnent de l'accès au commerce, mais ce n'est pas du salaire.


Hors celui-ci, à statut professionnel constant, la quasi-totalité de tous les autres sont aléatoires.

En plus, dans cet énumération manquent toutes les cotisations sociales, du salaire non pas différé mais socialisé, fruit du travail salarié qui paie la santé, la protection sociale, indemnisent le chômage et assurent  les retraites de ceux qui y sont  déjà comme le travail de la génération qui suit assurera celles de ceux qui travaillent aujourd'hui.

Sans parler des allocations familiales qui ont été fiscalisées pour ne plus les financer à partir des richesses produites dans les entreprises. (Parmi les 101 propositions du candidat Mitterrand en 1981, c'est une des nombreuses promesses qui n'aura pas été tenue). Les allocs  sont parties intégrales de ce salaire que les pleureurs du pouvoir d'achat refusent depuis 25 ans de voir augmenter. (1er plan de rigueur de Maurois pour répondre aux sollicitations du CNPF)

Le patronat refuse d'augmenter les salaires. Le gouvernement  ne parle que de pouvoir d'achat, jamais de salaire.

L'énumération ci-dessus aide à comprendre pourquoi. Creusons encore :

Ce n'est pas gratuit (pour eux) et ça leur coûte,  Pour nous, ça manque.

Là est le piège :

Le salaire c'est la base qui compte pour tout : aussi bien...les impôts que la sécu, le montant de la retraite mais aussi c'est la reconnaissance des qualifications, des points de grilles etc. mais aussi le niveau des profits : "moins je te paye plus cher, plus j'accumule rapidement."  (Ça va Boileau  ? Je reste clair ?)

Donner des bons d'achat, de réduction, de fidélité, de la FNAC, de le Semeuse ou d'autres, des tickets restau des chèques services ou congés, tous par ailleurs des éléments qui comptent hors salaires qui ne cotisent à rien, pèsent socialement sur le niveau de vie de chacun, sur sa capacité à mieux vivre, voir en ce moment à survivre. Les éléments non salariaux, sont peut-être du pouvoir d'achat, mais sont  surtout du canada dry de salaires.

Augmenter les salaires c'est tirer avec soi l'ensemble des salariés vers l'avant. Le patron n'a pas le droit de le diminuer (code du travail) mais il arrive à ses fins en supprimant les autres éléments "du pouvoir d'achat" et installe la rémunération au mérite qui devient le plus souvent la capacité à accepter l'inacceptable.

Augmenter les salaires, c'est toucher le cœur du profit. Voila pourquoi devant la pression de l'impossibilité de vivre, la nov-langue patronale, relayée par SA droite et SES  réformistes parle plus du PA que d'augmentation des salaires et ne prend ce chemin que quand elle y est contrainte.

En 68, ce n'est pas le pouvoir d'achat qui augmenté, ce sont les salaires. Cela a donné durablement de vrais moyens de vivre. Cela a-t-il entamé les profits ? Aucun patron n'a mis la clef sous la porte. Suivant la rémunération de départ, de 12 à 35% d'augmentation des salaires (54% pour des centaines de milliers d'ouvriers agricoles).


Devant la colère qui monte, le Medef et sa droite ont allumé des contre feux.  Ils jouent du vocabulaire  comme un apache des fortifs du couteau : ils savent s'en servir. Avec des complicités dans la place ils ont transformé les syndicats en partenaires dit sociaux, règle tout à coup de paritarisme: moitié patron moitié syndicat autour de la table qui décide que la plus grande part du gâteau va du côté patronal de la table et que le coté salarié lavera la vaisselle. Et il y en a qui trouve cela normal ? Pas moi.

Il ne s'agit pas de partenariat mais d'un affrontement de classe, où l'adversaire n'a aucune pitié. Les comptes de la nation le montre chaque année, la richesse des uns, les moins nombreux, se fait et s'accroît sur la misère grandissante de ceux qui sont eux de plus en plus nombreux.

Par contre, ils ont appris à se prémunir en travaillant tous les termes et expressions du terrain social: en imposant leur jargon patronal, tels les usagers devenus clients, sauf les jours de grèves où en plus ils sont otages. Les ouvriers n'existent plus, que des opérateurs. Normal, les conventions collectives garantissent le salaire ouvrier pas celui d'une opératrice ou d'un opérateur. C'est un outil d'individualisation qu'ils manipulent à merveille d'autant plus que le mouvement leur conteste peu ou mal cette façon de considérer et de rémunérer la force de travail.

Au moment où la colère grandit et que l'exigence de voir gonfler la fiche de paie monte massivement, ne ratons pas la marche par une mauvaise présentation de la revendication, il ne faut pas trébucher. Il faut augmenter massivement les salaires et les pensions, ce pas se fixer sur le P.A..



Un travail de conviction est à mener, des idées fausses à casser. Sans relâche il va falloir expliquer, et encore expliquer. Ce vieux Boileau même réac va de nouveau me venir en aide pour conclure :

"Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez";

S'il est franchement réac dans le "hâtez- vous lentement", un peu d'ardeur si elle est bien maîtrisée ne nuit pas à l'avancée du progrès, il a raison sur l'obstination à éclairer et expliquer. Expliquons et expliquons encore pour construire l'indispensable rapport de force.

 

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