Reprise inaccoutumée d'un édito

Publié le 27 Novembre 2020

Avec des précautions

qui ne sont pas d'usage

tant ce moment

est inacoutumée

Reprise inaccoutumée d'un édito

Pas tous les jours que Canaille le Rouge reprend in extenso un édito d'un journal pourtant qualifié par lui comme étant de révérence ou (et) de déférence.

C'est dire la gravité et la profondeur du malaise.

Il s'agit de celui du journal "le Monde" de ce 27 novembre (daté 28).

Bien évidemment il concerne la crise ouverte entre le pays et sa police, du comportement de celui qui publiquement et de façon complètement hors champ républicain, ministre de l'intérieur, se proclame son chef (sic).

Les commentaires et critiques viendront plus tard. Déjà, ce texte, entre ses secousses et répliques expression d'un séisme majeur pour aider à mesurer la nature de la crise.

Editorial du « Monde »

Un groupe de policiers s’acharnant de longues minutes à coups de poing, de pied et de matraque sur un homme noir dans un lieu privé, sans autre motif apparent que le non-port d’un masque anti-Covid, des armes pointées, des injures racistes répétées, selon la victime.

Ces faits, qui « font peu de doute », selon le ministre de l’intérieur, et dont a été victime, le 21 novembre, à Paris, le producteur de musique Michel Zecler confirment que ce n’est pas d’une série de « bavures », de dérapages individuels, que souffre la police française. Il s’agit bien là d’une grave crise du commandement, de dérives hiérarchiques et d’une perte des repères républicains.

Révélé trois jours après la dispersion inutilement violente d’un campement de demandeurs d’asile, place de la République à Paris, et après de multiples épisodes documentés de violences policières, notamment contre les « gilets jaunes » et les manifestants opposés à la réforme des retraites, cet insupportable tabassage ébranle l’idée de sécurité publique, l’un des fondements de la démocratie. Il salit la France.

L’histoire le montre : le comportement des policiers dépend largement des ordres qui leur sont donnés, de la fermeté des rappels aux procédures et au droit, de l’impunité promise ou non. « Vous serez couverts », déclarait aux policiers parisiens le préfet Maurice Papon quelques jours avant le massacre de manifestants algériens le 17 octobre 1961. A l’inverse, on sait ce que l’absence de drame pendant les émeutes de Mai 1968 doit aux consignes du préfet Maurice Grimaud : « Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. »

Violence sans garde-fous

Or, lundi, à Paris, dans un tout autre contexte, c’est un commissaire divisionnaire, haut gradé de la brigade anticriminalité de Seine-Saint-Denis, qui fait un croche-pied à un manifestant. C’est le préfet Lallement qui couvre une opération où des hommes entraînés pour courir après des délinquants sont chargés d’évacuer des migrants installés dans des tentes et au cours de laquelle un journaliste est molesté. En juillet, devant les députés, c’est Gérald Darmanin qui déclare : « Quand j’entends le mot violences policières, personnellement, je m’étouffe », reprenant le verbe utilisé à sept reprises, au cours de son agonie, par Cédric Chouviat, ce livreur mort en janvier, à la suite d’un contrôle policier.

Il est trop tard pour le ministre de l’intérieur pour trouver « choquantes » les images de la place de la République et « inqualifiables » celles du passage à tabac de Michel Zecler. La police, dont M. Darmanin s’affirme fièrement le patron, ne peut évidemment pas être jugée globalement à l’aune des faits qui déconsidèrent certains de ses membres. Ceux-là semblent en roue libre, livrés aux démons d’une violence sans garde-fous et d’un racisme débridé, signant des PV mensongers, ignorant qu’ils sont filmés et se croyant « couverts ».

Gérald Darmanin, choisi par le président de la République pour séduire les électeurs conservateurs, menace d’entraîner le pays dans une spirale de désordres terriblement dangereuse, aggravée par les multiples tensions liées au confinement. Comment les appels d’Emmanuel Macron à la « bienveillance » et au « respect de nos valeurs » peuvent-ils être crédibles, si la police et son ministre ne sont pas d’urgence recadrés ? Si M. Darmanin a pour seule boussole les revendications corporatistes des syndicats ? Les policiers qui déshonorent la sécurité publique doivent être écartés définitivement. Il faut aussi remplacer l’actuelle inspection générale de la police nationale par une instance d’inspection réellement indépendante.

Quant au fameux article 24 de la proposition de loi « sécurité globale », attentatoire à la liberté d’expression, il doit, tout comme d’autres dispositions dangereuses de ce texte, être immédiatement retiré. Sans la diffusion des images que ce texte prétend réglementer, Michel Zecler serait aujourd’hui poursuivi pour « rébellion », et les policiers tabasseurs auraient poursuivi leur exercice.

 

Le Monde

Bien sûr, à partir des évolutions de la situations et surtout sans jamais prendre ce texte comme repère exclusif , il faudra bien y revenir, la crise ouverte ne pouvant se refermer sans casse.

A voir comment le pouvoir s'agite pour colmater les brêches rien de plus urgent que d'y glisser des coins pour le repousser en fond de court et lui imposer une défaite.

C'est bien plus urgent que parler de 2022 et peut modifier la donne en transformant la réaction de colère en tsunami politico social.

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