Luttes sociales en France mais jetons un œil sur le monde

Publié le 1 Février 2020

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Luttes sociales en France mais jetons un œil sur le monde

Tandis qu'en France le pouvoir s'acharne à vouloir livrer à la finance les 325 milliards/an de la part socialisée des salaires finançant les retraites, ce même capital financier poursuit sa prédation à travers le monde, mais parfois subit des revers.

  • En France, décembre 2019 janvier 2020, le monde du travail s'affronte durement à ce capital prédateur.
  • Au Cameroun, décembre 2019 janvier 2020, un des piliers à base française de ce capital prédateur subit un dommage majeur qui met en lumière l'universalité et le montant de ce pillage.

Les montants sont à lire à l'aune des valeurs monaitaires de chacun des pays mais fixent une échelle de Richter de la dimension tellurique du pillage et de l'affrontement : 

Le jeudi 26 décembre 2019, la décision du tribunal administratif de Yaoundé tombe : annulation pure et simple de l’ensemble des procédures juridiques concernant l’attribution privée de la gestion du port de Douala, reprise en main la gestion du terminal à conteneurs de Douala par le biais d’une régie d’état, nouvellement fondée.

Cette décision de renationalisation pure et simple de la gestion lucrative du port de Douala a été généralement saluée par les opinions publiques camerounaises et panafricaines. Beaucoup moins on s’en doute dui coté des intégrators armateurs logisticiens mondiaux et de la françafrique. Tout comme elle était accueillie avec une certaine amertume dans les médias internationaux, dont le RFI qui disait notamment :

« Cette option, qui s’apparente à une certaine forme de renationalisation de la gestion du terminal à conteneurs (…) n’est pas sans risques selon divers experts. En premier lieu, le nouveau système d’ exploitation récemment acquis par le port de Douala et qui doit entrer en vigueur dès le 1er janvier 2020 nécessitait, pour les équipes qui vont assurer l’implémentation, un temps de formation minimale de 6 mois. Or, selon une source au port, cette formation n’aura pas excédé 10 jours. Se pose donc le problème de la maîtrise technique de toutes les opérations liées à l’import et à l’export, avec comme conséquence éventuelle, le risque de congestion. La légalité de cette option de renationalisation resterait elle aussi à établir et pourrait ouvrir la voie à un nouveau cycle judiciaire. »

Il faut déjà noter la condescendance de la rédaction de RFI s’apitoyant sur la "non-compétence de ces africains" qui, chacun le sait, sont de si grands enfants qu’ils ne sauraient utiliser les hautes technologies maîtrisables seulement que par les originaires de Bordeaux, Nantes ou les cadres barbouzards expédiés par la rue Oudinot.

Immédiatement, le bilan est là, montrant combien et comment se gavent les princes du CAC à rentes : 

22 milliards récoltés par l’état camerounais en 30 jours seulement, là où l’expertise du groupe Bolloré ne permettait de récolter que 2,5 milliards de recettes sur la même période, soit un pillage de 19,5 milliards pour le plus grand port d’Afrique centrale. Ces 85 % différentiels montrent le niveau de ce pillage colonial : pour 1 pour les caisses des pays pillés (et pour quels usages?) ce sont 10 pour les coffres de Bolloré.

Pour info, Bolloré aura géré ce port pendant 15 ans, on peut imaginer sans peine le manque à gagner de l’état Camerounais pendant toute cette période, en termes non seulement de recettes financières, mais aussi en termes d’expériences et de développement d’expertises locales, de capacités d’investissement dans les infrastructures et dans les programmes sociaux divers et variés… 

Là aussi, pour n’en rester que sur le terrain de la défense des intérêts immédiats des travailleurs, de quelles coopérations et activités syndicales internationales a-t-on besoin ? La filière CES-CSI est-elle la plus pertinente ?  

En 2018, les membres du Conseil d'Administration sont :

  • Vincent Bolloré, président-directeur général
  • Cyrille Bolloré (fils de Vincent), directeur général délégué et vice-président administrateur délégué
  • Yannick Bolloré (fils de Vincent), vice-président
  • Cédric de Bailliencourt, vice-président
  • Gilles Alix, représentant Bolloré Participations et directeur général du Groupe Bolloré
  • Nicolas Alteirac, administrateur représentant les salariés
  • Elsa Berst, administrateur représentant les salariés
  • Chantal Bolloré (sœur de Vincent)
  • Marie Bolloré (fille de Vincent)
  • Sébastien Bolloré (fils de Vincent)
  • Valérie Coscas
  • Marie-Annick Darmaillac, représentant Financière V
  • Hubert Fabri
  • Janine Goalabré, représentant Omnium Bolloré
  • Dominique Hériard-Dubreuil
  • Céline Merle-Béral
  • Alexandre Picciotto
  • Olivier Roussel
  • Martine Studer
  • François Thomazeau

Pour comprendre les enjeux :

Le groupe Bolloré en Afrique, ce sont 25 000 "collaborateurs", près de 250 agences réparties dans 46 pays Dans un article publié par France 24 (voir lien) on peut lire cela :

C’est au milieu des années 1980 que Vincent Bolloré jette son dévolu sur le continent en rachetant plusieurs sociétés françaises de transit ou de manutention des produits d’import-export, qui ont été florissantes à l’époque coloniale. L’une des plus importantes est la Société commerciale d’affrètement et de combustibles (SCAC), acquise en 1986.

Vincent Bolloré profite en outre de la vague des privatisations imposées en Afrique par les programmes d’ajustement structurel de la Banque mondiale et du FMI dans les années 1990. C’est ainsi que le groupe met la main sur des infrastructures stratégiques de plusieurs pays notamment des entreprises ferroviaires. En 1995, il réussira à attirer dans son giron la Société internationale de transport africain par rail (Sitarail), qui relie le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. En 1999, il prendra possession de la Compagnie ferroviaire du Cameroun (Camrail).

Mais ce sont les ports d’Afrique que vise Vincent Bolloré. Portes d’entrée sur le continent, ils sont des sources inestimables de recettes pour le continent. "L’Afrique est comme une île, reliée au monde par les mers, expliquait dans Le Monde diplomatique, un ancien du groupe Bolloré en 2006. Donc, qui tient les grues tient le continent."

Et très vite, Vincent Bolloré rafle la gestion de plusieurs terminaux à conteneurs mis en concession. De Douala (Cameroun) à Pointe-Noire (RDC) en passant par Cotonou (Bénin), Tema (Ghana) et Abidjan (Côte d’Ivoire), Vincent Bolloré ne ménage pas ses efforts, ni son énorme carnet d’adresses pour passer en force et doubler ses concurrents. C’est en négociant directement en 2004 avec Laurent Gbagbo par exemple que Vincent Bolloré obtiendra, la gestion du port d’Abidjan. "Les ministres, on les connaît tous là-bas, affirme en 2008 dans Libération, le directeur général du groupe Gilles Alix. Ce sont des amis. Alors, de temps en temps, on leur donne, quand ils ne sont plus ministres, la possibilité de devenir administrateurs d’une de nos filiales. C’est pour leur sauver la face. Et puis on sait qu’un jour ils peuvent redevenir ministres.”

Voila comment cela peut fonctionner et ... être enrayé, la preuve par Douala.

Certes cette nationalisation ne garantie pas une gestion transparente et démocratique et l'éloignement des bourgeoisie compradore mais le prédateur est tenu à distance.

Et cela, c'est une nouveauté à ne pas négliger.

Reste comme ici à ce que le peuple se dote de son outil politique pour pousser son travail d'émancipation. Là aussi, pas de leçon à donner mais que de la solidarité à affirmer ..

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