75 ans, se souvenir et continuer leur combat

Publié le 29 Novembre 2019

Une page d'histoire

peu ou pas connue

St Martin de Ré ; dans cette prison forteresse française, des centaines de résistants antifascistes français et étrangers resteront internés jusqu'en décembre 1944.

St Martin de Ré ; dans cette prison forteresse française, des centaines de résistants antifascistes français et étrangers resteront internés jusqu'en décembre 1944.

Voici une histoire que trop peu de gens connaissent. Ces héros eux même s'étant effacés se sentant presque coupables, eux, d'avoir survécu.

Des premier.e.s arrêté.e.s dès fin 38, les derniers vont recouvrer la liberté que fin 1944, ce seront des dizaines de milliers d'interné.e.s administratif.ve.s, victimes de ces lettres de cachet du 20e siècle mis en place par le gouvernement Raynaud -Daladier, piétinant le vote du Front populaire.

Ces décrets et lois qui servent toujours de base juridique aux centres de rétentions administratives encore en vigueur 80 ans plus tard.

Elles et ils vont subir une répression massive qui pour un grand nombre d'entre eux conduira jusqu'au peloton d'exécution, à  la guillotine en France pour les hommes , ou en Allemagne pour les femmes, au convois Nacht une Nebel de la déportation.

D'autres ont vécu l'internement. Pour la grande masse d'entre eux, ce sont les années de leurs 20 ans. 

Certain.e.s au bout de quatre années qui auront traversé cette épreuve seront les cadres politiques, syndicaux, associatifs, des mouvements sportifs, culturels, d'éducation populaire,  lié.e.s à leur quartier, leur ville, leur village.

Elles et Ils impulseront la reconstruction du pays mettant en œuvre le programme du Conseil National de la Résistance.

Leur histoire collective reste à écrire. Pour la connaître, leur rendre hommage et en faire un morceau très fort de l'aiguille de notre boussole.

 

Voici une de ces pages , aussi forte que méconnue :

La Rochelle et les îles font parties de ces poches de l'Atlantique où les armées nazies se sont retranchées. L'administration (maires et préfets ou sous préfets etc) de Pétain sont toujours en place dans ces poches.

En février 1944, des hommes qui auront servi de réservoir d'otages à Châteaubriant pour les uns, tous ayant échappé aux pelotons d'exécution et à la déportation, sont  livrés par l'Etat français pétainiste pour servir de main d'oeuvre esclave de la Kriegsmarine. 

Sortis du camp de Pithiviers, ils viennent renforcer un contingent de déjà 400 prisonniers politiques présents (plus une centaines répertoriés comme droits communs). Ils sont destinés à travailler au renforcement des fortifications du mur de l'atlantique. C'est à Saint Martin de Ré ou des camps annexes qu'ils seront gardés pour la première fois par l'armée Allemande. Partout ailleurs, de décembre 40 à début 44 c'est l'administration pénitentiaire française et sa gendarmerie qui s'en chargent.

Organisés clandestinement, ils sabotent, résistance dans la Résistance.

Décembre 1944, plus de deux semaines après libération de Strasbourg, ces internés, derniers prisonniers politiques de la capitulation, de la collaboration, sont plusieurs centaines, une immense majorité de communistes, des Républicains Espagnols, tous internés administratifs soit sans jugement, soit maintenus après avoir purgé la peine infligée par les tribunaux de la pré-collaboration ou de la collaboration effective, pour le plus grand nombre depuis l'automne 40. Ils (plus de 800) sont toujours enfermés à la prison-bagne de l'île de Ré ou dans des camps annexes,

Ils auront connu les prisons françaises, certains à Ré depuis 4 ans, les camps comme Aincourt, Pithiviers Châteaubriant, Voves, Eysse, le fort du Hâ,  Rouillé et d'autres étapes de répression et enfermement. Ils auront vu partir vers la mort leurs camarades, redoutant leur tour.

Le 22 juin 1944, un convoi de détenus politiques venant de l'Île de Ré promis à la déportation, traverse la ville de La Rochelle en direction de la gare. Face à l’héroïque hostilité de la population de La Rochelle envers l’occupant, les allemands sont obligés de renforcer la garde et de faire dégager les quais en y postant des mitrailleuses. 

Les détenus sont réincarcérés à Ré.

Début décembre, Ils sont plusieurs centaines qui quittent le bagne, grâce à la pression des FFI autour de La Rochelle et une négociation conduite par la Croix Rouge, pour être échangés contre des prisonniers de guerre allemands fait par la Résistance.

Ils seront enfin libérés ? NON !

A la Rochelle, l’administration des enfants de Pétain veille : ils sont jetés dans la prison de la Ville. Leur tapage, la peur des suites, la Résistance devenue armée régulière progressant et la pression de la population font que les détenus français vont être libérés.

Une libération qu'ils attendent depuis des mois.

Ils refusent de sortir. Ils se mettent en grève.

Ils décident tous ensemble de ne sortir que si les autres internés politiques sont  libérés avec eux (essentiellement des républicains Espagnols).  Et ils l'imposent.

Le 13 décembre 1944, les détenus politiques sont "relaxés" d'accusations infondés ou de crimes qu'ils n'ont pas commis. Certains d’entre eux auront passé presque 4 ans à la citadelle de Saint Martin de Ré.

3 semaines après la Libération de Strasbourg ils vont pouvoir tenter de retrouver leur foyer parfois dévasté par la répression.

Cela juste quelques semaines avant le début de la Libération des survivants des camps de la mort et de la déportation.

75 ans plus tard les derniers viennent de disparaître. L'histoire de ces héros de l'ombre exige d'être visitée, étudiée et présentée à tous.

Canaille le Rouge propose à celles et ceux des Canaillophiles se trouvant à proximité de La Rochelle de venir le 07 décembre 2019 à 16h00 devant la Citadelle de St Martin de Ré où un hommage officiel leur sera rendu.

 

Plaque apposé sur le mur face à la citadelle, à proximité de celle rappelant le lieu d'embarquement des communards condamnés aux bagnes "d'outre-mer"

Plaque apposé sur le mur face à la citadelle, à proximité de celle rappelant le lieu d'embarquement des communards condamnés aux bagnes "d'outre-mer"

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