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Marseille : Les parasites se gavent de la misère

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Marseille : Les parasites se gavent de la misère

Ceci, tiré de LA Marseillaise du 19 septembre, quand la misère des uns fabrique la richesse des autres :

Deux élus et candidats aux municipales, Christophe Madrolle  à Marseille et le député Mohamed Laqhila à Aix-en-Provence, louent  des appartements aux Rosiers, une copropriété sinistrée de Marseille,  en état de crise financière, bâtimentaire et sécuritaire. Plongée dans le business  de la misère.

Lundi, le député Mohamed Laqhila (Modem, membre de la majorité présidentielle) a ressorti sur son Facebook une vidéo de son intervention à l’Assemblée nationale, le 6 novembre 2018, au lendemain du drame des effondrements d’immeubles rue d’Aubagne. La raison ? Saluer le lancement du numéro d’appel dédié aux signalements des marchands de sommeil ou prétendus tels.

Il aurait pu suffire au député de la 11e circonscription des Bouches-du-Rhône d’évoquer la situation catastrophique d’une des plus importantes copropriétés privées dégradées de Marseille, les Rosiers, dans le 14e arrondissement, où il possède trois appartements depuis maintenant plus de vingt ans. Il n’est d’ailleurs pas le seul élu. Christophe Madrolle, conseiller d’arrondissements écologiste en mairie des 4-5, possède, lui, un T3, depuis douze ans.

Cela n’a gêné aucun d’eux d’investir dans cette copropriété de 1957 tombée depuis si longtemps déjà en souffrance : le dernier plan de sauvegarde remonte à 1999 ! « Il y a urgence à lutter contre ce fléau qui encore en 2018 touche les plus démunis. Il en va de la dignité de nos concitoyens ! », tonnait Mohamed Laqhila, le 6 novembre 2018 dans l’hémicycle. « Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 40 000 logements dégradés, 6 000 des 20 000 copropriétés sont qualifiées de fragiles », ajoutait cet homme de chiffres - il est expert-comptable - reprenant les données du rapport Nicol de 2015 sur le mal-logement à Marseille.

Aucun des deux élus-candidats ne s’estime être un de ses marchands de sommeil qui minent la cité. Avec son autre fléau, les gangs de dealers et de squats organisés comme la semaine dernière quand des bandes rivales de migrants nigérians s’y sont affrontées : 9 blessés dont 3 au couteau et 6 par armes à feu, rapportait La Provence.

« Un T3 pour 27 000 euros, l’équivalent d’un séjour d’une semaine à Courchevel », ose une petite annonce terriblement cynique diffusée sur Leboncoin et qui a vite été effacée après l’épisode des règlements de comptes. Le nom des Rosiers n’apparaît pas dans l’annonce destinée aux investisseurs initiés. La copropriété qui vit sous le joug des dealers et des mafias de l’immobilier est vite reconnaissable. « Si certains qualifient ce secteur de dégradé, cette résidence au délicat nom de fleur est située dans un quartier chaud... été comme hiver », décrit l’agent immobilier franchisé.

À louer « petit bijou pittoresque »

« Le logement peut se louer facilement 630 euros par mois avec 435 euros de CAF. » L’annonce cible les investisseurs « cafistes » qui opèrent sur ces copro de misère (relire l’enquête de La Marseillaise du 3 avril 2019), le loyer étant largement sécurisé par le tiers payant de la CAF. « Vous apprécierez la convivialité des lieux et pourrez même échanger avec vos voisins autour d’un bon feu de caisses certains jours », se moque encore l’annonce qui ironise même sur l’absence d’ascenseur desservant l’appartement « favorisant ainsi les économies à la salle de sport ». Pour visiter « ce petit bijou pittoresque » (sic), l’annonceur que La Marseillaise trace depuis août dernier a laissé un portable. « C’est une résidence rentable mais complexe, j’en ai trois, mon associé en a une quinzaine entre 30 et 35 000 euros », répond le trentenaire décomplexé qui nous explique sans fard que sa « clientèle cafiste possède entre 3 et 20 lots ». Les locataires ? « Plutôt des Comoriens, ça reste un quartier sensible, ça deale pas dans le bâtiment mais dans celui d’à côté. » Quand nous lui indiquons que nous sommes journaliste, il confesse « jouer sur la misère » mais pour « avertir de la problématique » car « c’est un investissement à risque dans un parc très dégradé ». De nous relater au fil de l’entretien les méthodes qui régissent « dans cette copropriété un peu ancrée dans la mafia » et qui sombre sous le poids d’un solde débiteur de plus d’un million d’euros. « Les Rosiers, c’est verrouillé à des stades plus élevés, dans le sens où il y a la mafia à l’intérieur. C’est un réseau marseillais ancré avec la mairie qui connaît la situation. (...) À la cité du Mail, j’en ai aussi, mais pour y aller, il faut un scooter pourri et avec le point de deal en bas de l’immeuble, montrer patte blanche et trois fois sa carte d’identité. Les diagnostiqueurs ne veulent plus venir. »

La hantise du squat

« Quand l’appartement est squatté, il faut appeler le concierge, lui donner 500 euros. Il doit toucher 10 à 20 000 euros par mois qu’il rétrocède aux différentes sociétés annexes car il le resquatte ensuite. » Dans sa clientèle, il nous dit avoir un policier qui vient de revendre quatre apparts avec les locataires dedans. Souci pour un lot vendu sans occupant. « Lors de la visite pour la signature de l’acte authentique, on découvre qu’il est squatté. Il a payé 580 euros au concierge. Aujourd’hui, l’appart est vide mais je ne peux pas garantir qu’il le soit jusqu’au bout. »

Se considère-t-il comme le complice des marchands de sommeil ? Silence gêné de notre agent qui dit toucher 2 000 euros par transaction. « Très complexe... J’ai affaire à des avocats qui ont une vingtaine d’appartements. Ils font le jeu de la CAF mais leurs appartements sont en bon état. » Il reconnaît avoir déjà vendu des appartements squattés « et pas qu’aux Rosiers ». « Tant qu’il y a un tarif et une méthode pour reloger les squatteurs qui à leurs dépens paient un loyer de 600 euros. »

Et oui, aux Rosiers, même le squat est un business. « Les appartements squattés se vendent entre 7 000 et 12 000 euros. J’en ai un. Le propriétaire est en faillite complète. Il faut le vendre vite. Vous savez, c’est pas ma tasse de thé les produits de quartier où la misère est florissante. »

David Coquille  et Florent de Corbier

Les mêmes qui hurlent contre les bénéficiaires de l'APL, qui encaissent les loyers mais ne font pas de travaux, qui se servent aux passages, les relais mafieux faisant écran avec les lieux de pouvoir  locaux voir plus larges.

C'est aussi  cela capitalisme, avec cette autre facette du rapport social d'exploitation.

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