Antisémitisme encore et toujours , l'Europe centrale et Tel Aviv au bal masqué.

Publié le 24 Février 2019

 

Quelques données

pour éclairer

les débats dans la tentative  

de criminalisation de la dénonciation du sionisme 

 

Antisémitisme encore et toujours , l'Europe centrale et Tel Aviv au bal masqué.

A partir du positionnement du chef du gouvernement israélien vis à vis des régimes d’extrême-droite dans l'U.E. le texte qui suit met aussi en lumière les tensions jusqu'au cœur de l'Etat Israélien (qui rappelons-le n'est pas caractérisé par un type de régime politique, ne se réfère pas au critère de démocratie, n'est donc pas une république mais tout comme par exemple l'Iran est un Etat religieux piloté par une théorie politique, le sionisme,  prônant installation en Israël  de tout ceux que l'appareil religieux considère comme juif et ayant installé un régime d'apartheid avec sa loi fondamentale de 2018). Si on suit les thèses de Macron et des lobbyistes qui le stimulent, critiquer ce régime deviendrait crime assimilable à l'antisémitisme. 

Il met aussi en évidence la complicité dans le totalitarisme allant jusqu'à conduire Netanyahou a des alliances avec des antisémites notoires (Orban ou le pouvoir ¨Polonais voire d'autres) et se voir ainsi contesté depuis Israël par les historiens et militants gardiens de la mémoire du génocide nazi. 

Il s'agit d'une tribune libre du monde du 24 Février 2019 publiée par  Jean-Pierre Filiu.

J-P Filliu est professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po (Paris). Il a aussi été professeur invité dans les universités de Columbia (New York) et de Georgetown (Washington). 
Ses travaux sur Israël et le monde arabo-musulman, diffusés dans une quinzaine de langues, ont été régulièrement primés en France et à l’étranger.

Notons que J-P Filiu utilise le terme de "Shoah" que Canaille le Rouge pour sa part persiste  refuser d'utiliser usant de concept laïc retenu par le tribunal international de Nuremberg de "génocide des juifs" commis par les nazis et (le texte de Filiu le rappel fort opportunément) par ses collabos*  et alliés dans les pays occupés par le 3e Reich.

24 février 2019

Le jeu dangereux de Nétanyahou avec la mémoire de la Shoah

Nétanyahou a cru se concilier les populistes européens en instrumentalisant l’histoire de la Shoah, un jeu très dangereux qui ne lui a pas évité la crise avec Varsovie.

C’était une manoeuvre diplomatique méthodiquement menée depuis juillet 2017 par Nétanyahou, invité alors à un sommet du « groupe de Visegrad », associant la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie et la Slovaquie. Le Premier ministre israélien misait sur ses nouveaux alliés populistes pour lever l’hostilité de principe de l’Union européenne (UE) à la colonisation des territoires palestiniens. Il n’hésitait pas à insister sur la communauté des valeurs qui les rassemblait autour du refus d’une immigration d’origine africaine et arabe, immigration que Bruxelles était accusée d’encourager. Pour consolider ce front interne à l’UE, Nétanyahou n’avait pas craint d’instrumentaliser l’histoire de la Shoah de manière inédite, un piège qui vient de se refermer sur lui avec la récente crise israélo-polonaise.

NETANYAHOU CONTRE YAD VASHEM 

En ce même été 2017 où Nétanyahou était l’hôte du groupe de Visegrad, il avait cautionné une campagne à relents antisémites que son homologue hongrois Viktor Orban avait lancée contre le milliardaire américain George Soros, lui-même un rescapé de la Shoah en Hongrie. Nétanyahou et Orban dénonçaient à l’unisson le soutien de Soros aux ONG de défense des droits de l’homme et d’assistance aux réfugiés, leur opposant une « légitimité » démocratique que seul le gouvernement en place incarnerait en Israël comme en Hongrie. Cet argumentaire« illibéral », partagé entre les deux chefs de gouvernement, s’accompagnait de gestes très chargés de symboles: refus par Orban de rencontrer le moindre dirigeant palestinien lors de sa visite en Israël, en juillet 2018 ; validation par Nétanyahou du projet de musée de l’Holocauste, à l’ouverture prochainement prévue dans la banlieue de Budapest, qui exonère le régime collaborationniste, au pouvoir jusqu’en 1944, de toute responsabilité dans l’extermination des Juifs de Hongrie.

L’enjeu de la réécriture de la Shoah, qui a valeur d’appoint dans la relation entre Nétanyahou et Orban, est en revanche central dans le rapprochement entre le Premier ministre israélien et son homologue polonais Mateusz Morawiecki, tenant d’une droite dure attachée à la « réhabilitation » de l’histoire nationale. L’adoption par Varsovie d’un dispositif mémoriel très rigide et potentiellement répressif rouvre dans les pires conditions de lourds débats sur la Deuxième guerre mondiale. Nétanyahou offre une porte de sortie au chef du gouvernement polonais en signant avec lui, en juin 2018, un communiqué conjoint faisant l’éloge de la résistance polonaise et de son « mécanisme d’assistance et de soutien systématiques au peuple juif ». Ce document provoque un véritable tempête en Israël. Il est vivement dénoncé, à Jérusalem, par les historiens de la Shoah du mémorial Yad Vashem, pour qui « minimiser le rôle des Polonais dans la persécution des Juifs représente une insulte non seulement à la vérité historique, mais aussi à l’héroïsme des Justes parmi les Nations ». Dans le même esprit, Yad Vashem s’était retiré dès 2014 du projet de musée de l’Holocauste à Budapest, afin de ne pas en cautionner les dérives révisionnistes.

L’OBSESSION DU GRAND MUFTI

Nétanyahou a toujours traité par le mépris l’opposition de Yad Vashem à son instrumentalisation politicienne ou diplomatique de l’histoire de la Shoah. Il vient en revanche d’être pris à son propre piège en confiant depuis Varsovie que « des Polonais » étaient complices de l’extermination des Juifs, avant de réduire son propos à la responsabilité « de » Polonais. Aux exigences d’excuses publiques de la partie polonaise, le tout nouveau ministre israélien des Affaires étrangères, Israel Katz, a rétorqué en accusant les Polonais de « téter l’antisémitisme avec le lait de leur mère ». Peu importe que Katz ne soit qu’un ministre chargé des affaires courantes, nommé du fait que le Premier ministre Nétanyahou est toujours ministre de la Défense et de la Santé, le coup porté aux relations israélo-polonaises est sévère et le sommet du groupe de Visegrad à Jérusalem est annulé. A titre de lot de consolation, les dirigeants hongrois, tchèque et slovaque maintiennent leur déplacement du 19 février en Israël, avec des entretiens séparés et une brève rencontre conjointe avec leur hôte israélien.

La première tentative de réécriture de l’histoire de la Shoah par Nétanyahou remonte à octobre 2015 quand, devant le congrès sioniste mondial à Jérusalem, il avait accusé Amine al-Husseini, le « grand mufti » de Jérusalem, exilé de Palestine depuis 1937, d’avoir inspiré en 1941 à Hitler l’idée même de la « solution finale ». Ces allégations, fermement démenties par Angela Merkel, avaient déjà suscité un tollé en Israël et provoqué les plus vives protestations de Yad Vashem. Une somme historique particulièrement documentée, « Les musulmans et la machine de guerre nazie » de David Motadel, tout juste publiée en français, montre entre autres, au-delà de l’inanité des accusations de Nétanyahou, l’impact discutable des harangues antisémites proférées par Husseini sur Radio-Berlin. De manière générale, le contraste est criant entre les ressources affectées par le régime hitlérien à sa « politique musulmane » et les résultats limités des nazis au Moyen-Orient (Motadel parle même d’un « échec total » de la formation militaire de « volontaires arabes »).

Nétanyahou, après avoir tenté d’exempter Hitler de la responsabilité intellectuelle de l’Holocauste, a pourtant continué dans cette voie révisionniste, dans l’espoir de conforter de nouvelles alliances européennes. La récente crise israélo-polonaise prouve cependant qu’il y a des limites à la réécriture de l’histoire de la Shoah par tel gouvernement ou par tel autre. C’est bien la seule bonne nouvelle de cette triste séquence.

 

*L'actualité avec ce scandale des pensions toujours versées par l'Allemagne à des collabos du régime hitlérien nous donne un sens de ce que fut cette collaboration et éclaire les questions posées par J-P Filiu. d'une lumière supplémentaire :

En Europe, 74 ans après la capitulation allemande, ils sont encore  1.532 à percevoir une pension, dont 573, le 1/3 dans la seule Pologne, le pays le plus représenté. Suivent la Slovénie (184), l'Autriche (101), la République tchèque (94).  71 en Croatie, 54 personnes la perçoivent en France, 48 en Hongrie, 34 en Grande-Bretagne,.

Cela rapporté à la démographie donne une idée de l'implication de cette collaboration dans les différents pays et du nombre de titulaires  qui furent pensionnés militaires et donc au titre de complices-acteurs des tueurs génocidaires. 

 

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