Prendre le temps de réfléchir

Publié le 23 Décembre 2018

 

Au dela de l'extrême droite

qui doit être fermement chassée 

ce que dit ce moment

du mouvement social

Prendre le temps de réfléchir

dans l’ancienne Rome, la lutte des classes ne se déroulait qu’à l’intérieur d’une minorité privilégiée, entre les libres citoyens riches et les libres citoyens pauvres, tandis que la grande masse productive de la population, les esclaves, ne servait que de piédestal passif aux combattants. On oublie la phrase célèbre de Sismondi : « Le prolétariat romain vivait au dépens de la société, tandis que la société moderne vit aux dépens du prolétariat. » Karl Marx, préface à la Deuxieme édition en 1869 de son ouvrage " la guerre civile en France ".

 

" La France est le pays où les luttes de classes ont été menées chaque fois, plus que partout ailleurs, jusqu’à la décision complète, et où, par conséquent, les formes politiques changeantes, à l’intérieur desquelles elles se meuvent et dans lesquelles se résument leurs résultats, prennent les contours les plus nets. Centre du féodalisme au moyen âge, pays classique, depuis la Renaissance, de la monarchie héréditaire, la France a, dans sa grande Révolution, détruit le féodalisme et donné à la domination de la bourgeoisie un caractère de pureté classique qu’aucun autre pays n’a atteint en Europe. " Friedrich Engels , préface de la 3e édition allemande de 1885

 

S'il est un ouvrage à ouvrir ou rouvrir au plus vite dans l’œuvre de ce bon vieux Karl Marx , la Guerre civile en France arrive certainement immédiatement après le toujours actuel " Manifeste Communiste ". Dès la première page on y trouve ceci :

 

" Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants. Et même quand ils semblent occupés à se transformer, eux et les choses, à créer quelque chose de tout à fait nouveau, c’est précisément à ces époques de crise révolutionnaire qu’ils évoquent craintivement les esprits du passé, qu’ils leur empruntent leurs noms, leurs mots d’ordre, leurs costumes, pour apparaître sur la nouvelle scène de l’histoire sous ce déguisement respectable et avec ce langage emprunté. "

 

C'est à la lumière de cela que Canaille le Rouge propose de réfléchir au sens de ce qui se produit en ce moment, de ce que cette phase de la crise structurelle du capital et les souffrances qu'il impose au plus grand nombre pour maintenir son hégémonie porte d'inattendue pour ceux qui observent cette nouvelle scène de l'histoire et ont du mal à s'y repérer s'ils n'en restaient qu'à une grille de lecture non actualisée.

Bien évidemment il est d'abord nécessaire de bien faire la part des choses entre ce qui se passe dans tous le pays autour d'un mouvement social puissant, avançant ses exigences, et ce qu'on nous montre des événements parisiens et leur médiatisation pour construire une opération politique à partir de la montée en épingle des actions factieuses encadrées par des fascistes et autres nazillons dont toute la panoplie ultra-réactionnaire, racisme, antisémitisme, haine du syndicalisme compris, qui les révèle dans ce qu'ils sont de plus hideux.

Si des scories idéologiques, l'exigence du Référendum d'initiative citoyenne servant d'écran voir de dérivatifs sont toujours présentes par endroit , depuis le début décembre l’émergence des exigences économiques et sociales est le moment faisant converger les forces sociales en colère.

Dans ce qui suit Canaille le Rouge concentrera sa réflexion à partir des enjeux pour le syndicalisme. Non pas qu'il pense qu'il n'y a pas de réflexion politique forte à avoir. Dans ses propos antérieurs il a déjà à plusieurs reprises montré, et veut le confirmer ici, combien l’absence d'un outil politique proposant une alternative claire à cet aspect de l'ultralibéralisme manque cruellement au monde du travail. Devant ce que de plus en plus on nomme " macronisme ", devant cette nouvelle phase de la crise que le macronisme fait peser sur les catégories populaire et le choix de l'imposition par tout les moyens, dont la répression, de ses solutions, l'urgence pour le monde du travail de se doter d'un tel outil qui lui fait défaut éclate au grand jour.

Mais concernant le syndicalisme de classe, Canaille le Rouge pense que celui-ci détient pour une part non exclusive mais décisive part des clés d'une issue où il a pertinence à intervenir à partir de ses principes fondateurs et de sa place dans la société.

Pour prendre la question par le bon bout, il va bien falloir que celles et ceux qui s'interrogent sur ce que l'on peut qualifier de puissant mouvement social qui échappe aux grilles de lecture " normalisées ", se posent la question qui fait mal : "comment et surtout pourquoi des militants à la pointe des luttes sociales dans leurs entreprises, les organisations professionnelles et interprofessionnelles dans lesquels ils agissent, ont-ils pu passer à côté d'un phénomène qui était en résonance profonde avec toute leur réflexion et leur actions ?"

Corollaire de cette question, ce défaut lié à une grille de lecture " normalisée " par une pratique jamais ou peu remise en cause n'est-elle pas source de cette incompréhension ?

En 1986-87, l'alerte avait été chaude. Comment un mouvement social calé sur des bases revendicatives pouvait émerger, hors de la construction syndicale, sur des mots d'ordres en résonance avec les contenus revendicatifs portés par la CGT ? Le phénomène des coordinations avait été analysés et avait permis à la CGT en 95 de mener un conflit massif et bien conduit mais où déjà une autre rupture apparaissait, cette fameuses grève par délégation de ceux qui disaient ne pas pouvoir la faire, montrant une césure entre ceux qui " pouvaient faire grève " et les marginalisés du cadre de l'affrontement social.

Malgré un travail de fond la césure est devenue fossé puis rupture.

L’abstentionnisme aux élections politique a certes alerté mais a-t-il été bien évalué dans toute sa dimension ?

Élément à regarder et réfléchir aujourd'hui, nombre des abstentionnistes des élections politiques, absents des rendez-vous revendicatifs syndicaux, sont rassemblés les samedi sur ces rond-points, péages et autres symboles de la redistribution-remodelage de l'espace économique et social voulu par le capital.

Concernant en particulier le syndicalisme de classe, pointant son absence quand ce mouvement a pris corps, pour quelle raison a-t-il laissé le champs libre, un temps par définition beaucoup trop long, aux manœuvres de l'extrême droite dont l'expertise en terme de manipulation a été perdue de vue pour les plus conscients et dont les pratiques locales pour d'autres ont servi de repoussoir du tout au nom du combat impératif contre les formes usuelles mais marginales des pratiques factieuses ultra médiatisées dans les grandes métropoles masquant les autres réalités de la colère de masse à travers le pays?

De quelles pertes de repères et surtout pourquoi cette absence de réflexion parmi les syndicalistes pourtant expérimentés se nourrit-elle ?

En quoi une vision pour partie si ce n'est "parisienne" au moins francilienne, à conduit au plan national à cette prise de distance alors que l'ensemble des questions posées renvoyait à ce fond revendicatif dont la CGT est historiquement porteuse et que ni ceux qui munis de leur gilet fluo, ni nombre de syndiqués à la CGT qui les regardaient en chiens de faïence avaient conscience de la proximité des contenus portés par les uns et les autres ?

Cela doit conduire a une remise à plat de deux questions qui ne sont pas nouvelles pour le syndicalisme :

- son appréhension de la nature du salariat, ses évolutions et mutations socio-économiques mais aussi, nouveauté né de l'accélération du remodelage du paysages économique, sa répartition géographique.

-d'autre part, les conceptions du rassemblement renvoyant à un débat en cours autour du bilan du " syndicalisme rassemblé " et le choix entre le rassemblement autour des sigles ou celui autour des contenus revendicatifs. Le moment "gilets jaunes" devant aider à trancher maintenant la question.

Au passage, notons que ceux qui depuis des mois appellent à un nouveau 36, un nouveau 44 ou 68 ont été parmi les premiers à ne pas voir ce qui fermentait dans le corps social du pays, ceux qui parmi eux l'ont senti , il y en a eu, ont battu la campagne pour user de ces modèles d'expérience qui – avis de Canaille le Rouge – maintien la réflexion en retard sur la mesure de l'actualité des réponses à construire.

A leur décharge ils n'en ont pas eu l'exclusivité.

L'auteur de ces lignes, peut-être engoncé lui aussi par une lecture trop normalisée des luttes, étant pourtant de ceux qui appellent à inventer plutôt qu'à reproduire des modèles garantie efficace ...à l'époque de leur mise en œuvre, n'a pas été épargné par ce temps de recul, participant à laisser le champ libre aux récupérateurs de tout poils.

Pourtant l'histoire dont il se dit friand enseigne que les ligues , poujadisme et autres coordinations ne voient le jour que sur un terrain de détresse sociale dont le syndicalisme sur base d’analyse de classe, et le politique quand il existe, disposent des outils pour aider à la construction d'une issue alternative et du rapport de forces pour s'y engager.

Le contenu de la colère est en résonance aux étalons historiques des colères populaires : moyen de vivre (pouvoir d'achat) fiscalité (sentiment d'injustice devant l’impôt), et sentiment exacerbé de mépris par les élites (économiques, politiques, culturelles) subit par ceux qui prennent conscience de produire les richesses et d'être exclus de leur " juste " répartition, sans que la question de leur maîtrise par eux, producteurs, ne soit à ce moment clairement posée.

Transversale à tout cela et cela émerge au travers de l’exigence du référendum d'initiative citoyenne , la question historique et révolutionnaire de la démocratie, de son contenu. L’expérience de 2005 puis des programmes mensongers de trois locataires précédents ou actuel de l’Élysée alimentent le rejet du politique et donc la négation d'une citoyenneté quand la colère montre l'exigence de la reconquérir.

Dans l'après 68 une réflexion positive souvent portée par des syndicalistes communistes à l'image des travaux de René Le Guen et du collectif qu'il animait a conduit à scruter et porter propositions sur les mutations internes au salariat à partir de celles que traversait la classe ouvrière par l'introduction des nouvelles technologies et leur transformation des conditions dans la production matérielle des richesses et donc de la création de la valeur, l'irruption de la communication dans l'organisation des process de production. Cette réflexion devait conduire à un projet en permanence à ajuster de stratégie autogestionnaire tirant enseignement des combats de la seconde moitié du XXe siècle. Les stratégies d'appareil et ambitions personnelles d'alors parmi certains de ceux qui avait du l'accepter du bout des lèvres l'ont fait avorter.

Dans le même temps, la volonté du capitalisme français, échaudé par les combats de la classe ouvrière, à l'inverse du capital anglo-saxon et germanique l'a conduit à éclater, restructurer ses bases productive et les moyens de circulation des marchandises indispensables à la réalisation de la valeur par la mise en place de ses pôles d'excellence et délocalisations, par une éradication de ses bassins industriels avec une recomposition des implantations coupées des lieux historiques de transferts de la richesse (réseaux ferroviaire, canaux, ports et) lui permettant de se réorganiser en ayant purgé le monde du travail de ses repères de classe autour d'un réseau routier flexibilisé, éclatant les implantations historiques de construction des solidarités simultanément à une reconfiguration des emplois et leurs intitulés hors conventions collectives.

C'est du moins ce que le capital visait.

La colère des "gilets jaunes" explose sur les lieux de cette recomposition illustrés par les rond-points des ZAC, des ZI, des ZES des ZUP, des ZUS, et pour les jeunes des ZEP. Tous à proximité des grands centres de profits commerciaux, des plate-formes logistiques, non loin de ces townships cantonnement verticaux ou pavillonnaires de la force de travail et autres structures que le capital a su reconfigurer pour maximiser ses profits. Loin des centres villes sanctuarisés pour héberger les offices de la rente et ses facilités d'habitat, offrir les espaces de confort social de la bourgeoisie triomphante… sauf quand la colère vient sur les champs Élysée ou ses lieux alter égo d'autres métropoles.

Les rond-points organisant le système, urbanisme de la rente et de la consommation normalisées, devenant dans ces temps de colères de masse des lieux de leur socialisation. Ils rassemblent ceux des laissés pour compte du capital financiarisé n'ayant plus de liens géographiques et sociaux avec ceux du même capital financiarisé présents dans ce qui reste (en nombre encore grâce à leurs luttes) des lieux historique de l'affrontement capital-travail.

Est-ce un hasard du calendrier si la colère des ouvriers de Ford Bordeaux est au diapason de celle des gilets jaunes d'Aquitaine ? Si les "gilets jaunes" de Picardie sont au diapason de la colère des zones de ruines économiques décidées par le capital?

Comment se fait-il que les luttes depuis des mois menées par les travailleurs des services publics à l'image de celle des cheminots n'aient pas rencontré la colère de ceux qui s'emparant du symbole "automobile-carburant -transport imposé" symbole de leur abandon par l'état et ceux qui le commande, ces fameux gilets jaunes devenus symboles ?

Pourquoi les porteurs de gilets jaunes ont-ils regardé souvent non seulement très méfiants mais avec parfois une franche hostilité les luttes que les premiers menaient avant que pour les mêmes raisons leur colère explose ?

Pourquoi tant de difficultés à faire converger les colères pour en faire des outils efficaces capable d'arracher des avancées sociales aux nantis du système ?

Corollaire, autre débat que syndical mais que le citoyen syndicaliste ne peut ignorer, pourquoi cette absence au plan politique devant tant de colères convergentes pour construire la subversion d'un système qui pérennise la domination de ces nantis?

Cela va bien devoir être un débat du 52e congrès de la CGT. Pas un débat de circonstance tombant du ciel de l'hiver 2018-2019 mais bien dans la continuité d'une réflexion engagée sur le bilan du mot d'ordre du syndicalisme rassemblé.

Pour Canaille le Rouge décembre 2018 est la finalisation d'un constat de l'échec qu'avec d'autres il avait annoncé.

Rassemblé autour de quoi ? Du moins disant pour permettre d'accumuler les sigles au point d'édulcorer ou d'oublier les cahiers et repères revendicatifs en matière de salaires et pensions ? Actant ainsi les reculs du pouvoir d'achat parce que la volonté de garder les Lucky Luke du stylo dans le panel sur les calicots conduisait à laisser tomber ceux qui vivent de plus en plus mal, lesquels rendant responsables de lmeur abandon non pas les signataires ou le patronat mais l'organisation qui était pour eux repère pour construire des luttes gagnantes.

Syndicalisme rassemblé, oui si c'est autour de la revendication telle qu'exprimés par les travailleurs pas telle que portées par un consensus des négociateurs. Vient qui veut la défendre sans l'adapter pour conserver le nombre des appelants.

Vraie ou fausse c'est l'image que cela a donné et le vrai l'emporte sur le faux. Cela NOUS revient aujourd'hui en pleine figure, laissant un espace où s'engouffre tous les chevaux de retour de la pensée fasciste qui sait, tranquille et assurée de ses arrières, que le capital compte sur eux au besoin pour conserver sa domination.

C'est aussi en interne le besoin de regarder ses propres lacunes en matière de fonctionnement. Le syndicalisme c'est héritage des cahiers de doléances de 89 que les "gilets jaunes" ont réanimé, le cahier revendicatif. Hors depuis des années il n'est plus es qualité à l’ordre du jour de ce qui fonde les choix des orientations de la CGT débattu dans ses congrès. Maintenant renvoyé à des repères ajustés par une commission il échappe à la maîtrise des syndiqués eux même.

Les "gilets jaunes" avec certes des contenus contestables pour certains points, voire totalement condamnables sur d'autres , ont réactualisé le cahier de leur doléance dont le contenu pour de nombreux points sans qu'ils le sachent mais sans non plus que les syndiqués le maîtrisent coïncident avec les propositions (qui gagneraient à retrouver leur nom de revendications) de la CGT.

La question du transport domicile travail étant sur ce point un cas d'école : les "gilets jaunes" exigeant la suppression des taxes sur les carburant grevant les budgets des familles rejetaient dans de nombreux endroits la CGT qui exige que le coût du transport domicile-travail soit supporté par le patronat, revendication que nombre de syndiqués étaient incapables de porter n’ayant jamais débattus du contenu des objectifs revendicatifs de leur syndicat.

La question du salaire et du SMIC, après moult débats à permis d'avancer un peu mieux et de clarifier et marginaliser l'extrême droite opposée à l'augmentation des salaires. Mais le mal est là et il ne faut pas laisser se refermer la plaie sans l'avoir d'abord purgée de ses foyers d'infection si nous voulons éviter les risques de gangrène.

Bien évidement avec ce long texte Canaille le Rouge ne prétend pas faire le tour de la question. Il ne s'agit que d'une approche à chaud pour ouvrir le débat et contribuer à la réflexion des syndicalistes présents dans l'action, acteurs de la vie démocratique de leur organisation syndicale et réfléchissant au-delà de l'action urgente et quotidienne à la construction d'une alternative politique...et du besoin d'un réel outil politique pour la mettre en œuvre.

 

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