A propos du 17 novembre

Publié le 27 Octobre 2018

Les vieilles conserves

sont porteuses

du botulisme.

C'est dangereux et mortel

pour les personne fragiles

1953, affiche de P Poujade. Regardez le paysage politique de 2018 et réfléchissez.

1953, affiche de P Poujade. Regardez le paysage politique de 2018 et réfléchissez.

L'histoire est faite aussi de ces opportunistes qui un temps battent une mayonnaise montée avec de l'huile de système, émulsionnant les idées rances de la droite française.

Ainsi, avant Tapie, il y eu Nicoud et d'autres sortis des " cold case " de la réaction française, héritiers de Boulanger et quelques autres de même acabit. À chaque fois, l'apparence du nouveau dans un écrin à la mode, mais toujours issus des fosses les plus nauséabondes, fertilisant le pire des idées brunes.

Petit retour sur l'histoire contemporaine de notre pays qui sans eux serait bien plus beau.

Dans les années 50 alors qu'une crise politique forte accompagne la reconstruction de la France dans l'après guerre cherchant à s'extraire de ses restes de pétainisme, où s'installe la guerre froide, apparaît sur la scène politique un certain Poujade (1920-2003) qui laissera dans l’histoire le nom de poujadisme, lequel comme les pâtes, les patates ou les haricots secs à le " mérite " de pouvoir être mis à toutes les sauces mais qui, ersatz de sauces et de légumes, comme le rutabaga rappelle de mauvais souvenir.

Le bonhomme d'abord. Né en 1920,  il milite quelque temps au sein de l'Union populaire des jeunesses françaises, filiale du Parti populaire français (PPF) de Doriot, avant de devenir, durant la guerre, chef de compagnie d'un mouvement de jeunesse vichyste, "les Compagnons de France". Apprenant Stalingrad, comme Mitterrand, il bascule à temps du côté des vainqueurs pour éviter d'avoir à rendre des comptes.

En 1953 Pierre Poujade devient célèbre. Libraire-papetier à Saint-Céré (Lot) d’où il est originaire, il prend la tête d'un groupe de commerçants qui s'opposent de manière véhémente à un contrôle fiscal.

À la tête du " Comité de résistance des commerçants et boutiquiers ", il entend lutter contre les « excès » et la « dictature » du Trésor Public ;, avec un certain succès. En novembre 1953, il fonde son propre mouvement " syndical ", l’Union de la Défense des Commerçants et Artisans du Lot (U.D.C.A) qui attire de plus en plus de sympathisants. Au discours antifiscal et corporatiste fondateur, s’ajoutent bientôt des thématiques assez diverses comme la défense de l’Algérie française et de l’Empire colonial, le rejet du parlementarisme, la critique des « élites » au nom du « peuple », l’anti-syndicalisme (contre les syndicats « traditionnels ») ou encore un certain nationalisme teinté d’antisémitisme et de xénophobie.

65 ans plus tard, cela ne vous rappelle rien ?

Aux élections législatives de 1956, l’Union et fraternité française (UFF) de Poujade obtient près de 12 % des suffrages (2,5 millions de voix), envoyant 56 députés à l’Assemblée Nationale (dont un certain J-M Le Pen). Opposé à De Gaulle à partir de 1958, Poujade va voir ensuite son influence électorale diminuer, mais ses surgeons sont toujours présents.

L 'affiche qui illustre cette p@ge explique pourquoi et surtout pour qui Poujade est « dangereux » : s'il dit viser De Gaulle et la constitution de la Ve République, les partis, les politiciens et les parlementaires, sa marotte, ce sont les « faux » syndicalistes complices du gouvernement, les impôts, mais aussi le « capitalisme international », les « bradeurs » de l’Empire, ceux qui exploitent les « travailleurs » ou encore l’ingérence de Moscou et de Washington.

Bref, un enfant de Pétain.

Regardez la similitude avec l'Italie de 2018 et surtout le vocabulaire d'un Dupont Aignant (ex future premier ministre de la fille de l'élu poujadiste de 56).

Autant d’ennemis contre lesquels un appel à la Résistance est ensuite lancé, qui cible aussi les « élites » et les « notables ». Une rhétorique en résonance avec tous les néofascime dans l'UE actuelle (vous noterez que Canaille le Rouge n'use pas du terme "populiste", le peuple n'est pas responsable des concepts fabriqués et instillés par ceux qui redoutent son intervention).

Dans le bas de l’affiche de Poujade, un message en deux temps : il y a sont ceux qui auraient à craindre Poujade le « dangereux » faisant barrage contre lui ; et donc ceux qui doivent s’unir derrière lui. Regardez au prisme de la France 2018.

Thème caractéristique des idéologies fascistes, la personnalisation. Tous derrière le chef qui va vous défendre et protéger.

Au texte correspond une image censée incarner et même démontrer ce qui est écrit, où Poujade apparaît dans toute sa vigueur, en homme courageux et simple (bras de chemise, il ne porte pas de costume, contrairement aux élites, aujourd'hui il aurait le col ouvert, pouerquoi pas une écarpe ?), un gage de proximité avec les travailleurs, ceux qu’il défend (et qu’il comprend) puisqu’il est comme eux.

La photographie dynamise l'homme d'action (on sent les restes de Doriot) menton en avant, penché vers la foule en attente.

L'affiche (1953) entend le définir comme un humain, certes, mais bardé de compétences (Il, lui, etc.) les combats qu’il porte (actuels, surtout rien sur son passé, son histoire propre dans l'histoire) et les idées qu’il défend, sans référence à un mouvement ou à une doctrine politique ou syndicale.

Et maintenant passons de 1953 à 2018 :

Un mouvement antisystème et anti-élites qui le rangerait du côté du peuple et des travailleurs, des « vraies gens », des « oubliés », des « petits » contre les « gros ». Le poujadisme se présente et se définit d’abord lui-même comme opposant. Pas comme construisant une alternative tant elle est si peu reluisante : contre le capitalisme, les élites et les « sortants »... mais il n'appelle jamais à les subvertir.

Quand c'est du Pierre DAC (qui, gaulliste, combattra Poujade) cela fait rire : " Je suis pour tout ce qui est contre et contre tout ce qui est pour ". Avec Poujade beaucoup moins : il va remettre en selle en sortant des placards les planqués de l'été 1944, tout ce qui va donner de l'élan à la droite extrême qui avec les mêmes mots d'ordre actualisés 2018 tente devant le vide du camp progressiste de reprendre la main.

Notons que le mot le plus en évidence (gros, gras et rouge) de l’Affiche de Poujade est un NON ! , indigné, qui entend dénoncer les accusations injustes dont il fait l’objet. ...regardez l’actualité et les affiches d'Asselineau, de Dupont Aignan, celle de la fürherin du R(F)- Haine, voire certaines des forces pourtant se parfumant d'être LA gauche.

Un message qui développe une sorte de dialectique de la force et de la victimisation.

Poujade se représente comme un homme " fort, déterminé, dangereux " donc menaçant pour les privilégiés. Mais il serait aussi, et pour cette même raison, la victime de la stigmatisation et des attaques de la caste qu’il combat. Une forme de Paranoïa que nous visitons à chaque moment en 2018.

Enfin, il apparaît que le discours poujadiste est fait pour leurrer, attirer. Il mêle des accents communistes (« travailleurs, unissez-vous »), nationalistes (dans le contexte de la Guerre Froide) contre « l’ingérence étrangère » et le « capitalisme international » ou encore impérialiste, pourtant si inconciliables d’un point de vue idéologique (en 53, l'UE n'est pas encore à l'ordre du jour).

L’affiche de Poujade met en avant qui il est, ce qu’il fait, ce qu’il pense sur tel ou tel sujet, ses convictions, ses combats. En quelque sorte d’un homme ancré dans le réel, pas des doctrines peu présentable à l'époque où il apparaît et qui aujourd'hui ont le vent en poupe.

Plutôt que d'argumenter sur ce " oui ou non participer au 17 novembre ", regardons bien les racines de ce qui semble neuf et n'est en fait que vieux remugles des cris de guerre des sergents recruteurs de la pire des réactions.

 

 

Rédigé par Canaille le Rouge

Publié dans #Pour réfléchir ensemble

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jaco vaurien 29/10/2018 00:19

eh oui tous ces pourris s'accrochent comme des berniques sur le rocher