Marche pour le climat ; ce qui s'y est dit ; une lueur nouvelle à ne pas mépriser

Publié le 10 Septembre 2018

Les manifestations

contre le dérèglement climatique

viennent de produire une étincelle.

Bien entretenu, ce feu 

peut être précieux

Marche pour le climat ; ce qui s'y est dit ; une lueur nouvelle à ne pas mépriser

J-E Ducoin conclus son édito de ce lundi dans l'Humanité par ce paragraphe ;

" Nous sommes meurtris par les égoïsmes systémiques des maîtres de l’économie globalisée, leur immoralité foncière, leur méconnaissance des lois humaines fondamentales qui les poussent dans les logiques destructrices du capital. Bâtir un nouveau monde – un vrai – suppose une nouvelle ère de l’humanité. Se développer autrement, produire autrement, consommer autrement. Et puis éradiquer les inégalités sociales et environnementales. "

Cela mérite qu'on s'y arrête tant il y a matière à débat, sur le fond.

Cela peut paraître séduisant, voir juste. En fait il pointe les limites d'une construction politique : ce "et puis" de la dernière ligne à lui seul montre un quart de siècle d'impasse.

Est-il possible de "Bâtir un nouveau monde – un vrai – suppose une nouvelle ère de l’humanité. Se développer autrement, produire autrement, consommer autrement" sans d'un même pas et en s'attelant d'entrée à cette première besogne qu'il met lui en queue avec ce "et puis" , attaquer la seconde -- approche qui est familière pour ceux qui ont dans leur besace la charte d'Amiens définissant les tâches du syndicalisme-- pour non pas "et puis"  mais de suite travailler "éradiquer les inégalités sociales et environnementales. "

Les millions de gens dans la misères, le chômage, les super profits et le feu à la planète montre bien les limites de ce "et puis".

C'est autour de cette différence d'approche que s'éclaire les échecs des uns ; il parait qu'ils en débattent,  et les attentes d'une issue politique pour le plus grand nombre.

​​​​​​​D'abord bien prendre la mesure de l’événement.

Il serait tout aussi stupide d'y espérer une avant-garde prête avec l’Élysée et la rue de Varennes à refaire le coup de la prise du Palais d'hiver que de n'y voir que la branche bobo des pique-niqueurs du Prix de Diane.

Mais ne pas pointer que 50 000 personnes, avec leurs propres moyens et inexpérience pour beaucoup, ont dénoncé les menaces que porte le mode production quasi-exclusif en place sur la planète et, pour un nombre plus que conséquent d'entre eux, affirmer l'urgence de rompre avec le capitalisme serait une faute politique majeure.

Quelle force politique ou sociale est-elle capable en 2018 en France d'appeler à une manifestation sur le thème de la contestation du mode de production capitaliste ?  Aucune, et pourtant il y a eu ce samedi 7 du monde pour manifester leur opposition aux assassins de la planète et à leurs responsabilités dans son extinction programmée. 

À noter qu'aucune de ces forces politiques, es-qualité, se disant  historiquement  (auto)mandatée  pour aboutir à cette subversion n'était organisatrice ni même présente, à Paris comme dans bon nombre des rassemblements hors Île de France. 

Noter encore et c'est tout aussi important qu'à partir d'un constat partagé, le mouvement est d'entrée en croissance planétaire.

Ce bon vieux Marx avait dans des travaux célèbres énoncé cette idée aussi simple que forte : " 
les gens ne se posent comme question que celle pour lesquelles ils peuvent apporter des réponses ".

La question qui est posée à ceux qui sincèrement se battent pour subvertir le système – et des réponses sont possibles – est relativement simple. Elle s'articule en plusieurs points.

      - Les manifestants " anti-capitalisme " (limites comprises dans leur acceptation du terme) de ce 7 septembre mesurent-ils bien la nature de l'objet à détruire, son côté subversif ?
      -Sont-ils assez nombreux pour le détruire ?
      -Ont-ils idée, la nature ayant horreur du vide, par quoi le remplacer ?
      -Représentent-ils à eux seuls la quintessence exclusive de cette force subversive?
      -Ceux qui combattent au quotidien le capital se sentent-ils à ce moment mobilisés par cette forme de contestation de fond du système ?


Si la réponse à ces questions à ce moment est
non, pour autant il serait contre productif de ne pas regarder à la fois le positif et les obstacles qui sont en face d'une onde en recherche qui ne demande qu'à devenir lame de fond si des révolutionnaires savent en tirer toutes les potentialités.

Premier obstacle qui renvoie à ce que les habitués de Canaille le Rouge rencontrent sur ces pages : la nature du système capitaliste, ce rapport social d'exploitation et donc sa suppression. Elle n'était pas au cœur de la contestation du 7/09. 

Faut-il en faire grief aux participants ou bien y voir un point de rassemblement à construire autour du contenu anticapitaliste plus fécond qu'une chaîne de sigles sur une banderole permettant à la kyrielle de hors-sol installés derrière de se refaire à bon compte une virginité pour continuer de jouer au chien de garde du système ? 

Ne voir dans les présents sur le parvis de la Libération de Paris ce samedi que des " Hulotcrates " en deuil ou que des " Chlorophilomanes " en surdose serait une erreur de même nature que celle commise en 68 par ceux qui n'ont pas vu la nature révolutionnaire des craquements de la société ou comme celles et ceux qui ont méprisé l'émergence du féminisme dans la contestation d'un ordre établi. 

Renouveler serait une faute dont le capital saura tirer partie comme il l'a fait après 68. Il dispose des outils " soft " (la social-démocratie) ou " hard " (la violence des partis fascistes) pour s'en assurer.

Sachant que les analystes grassement équipés et payés par les dominants dans l'antagonisme de classe ont par nature, disposant de l’État pour orienter le cadre fonctionnel des sociétés humaines, toujours une longueur d'avance dans l'expertise des mouvements sociaux, n'est-il pas indispensable de mesurer à quel point la monté actuelles des mouvements fascistes qu'il tolère voir encourage, la stigmatisation de toute réaction populaire qu'il tente avec ses outils de border dans ce qu'il nomme populisme, n'est pas de fait son expression et riposte anticipée ? Sa mesure du danger pour son avenir ?

Devant cette situation, clin d’œil à ce bon vieux Vladimir, autre pilier de l'analyse révolutionnaire de la politique,
" Que faire ?".

D'abord tenter de comprendre et ne pas mépriser. 

Ensuite user de notre caisse à outils, nous ne sommes pas démunis même si certains, émoussés, sont à changer. Expliquer dans notre camp historique à ceux s'interrogeant sur la nature de ce qui frémis, où et comment se manifeste l'enjeu de classe convergent avec les luttes sociales, comment aider à se saisir de ces outils ceux qu,i s'ils n'en sont pas encore à s'en emparer pour leur propre analyse, peuvent à partir de leur propre réflexion contribuer au rassemblement anticapitaliste.

Les militants engagés sur le terrain des luttes sociales ont à tenir un rôle irremplaçable : la dénonciation des effets est nécessaire, mais là encore, comme dans une enquête de CHSCT (pas étonnant de voir les efforts pour les effacer du paysage) aider à remonter et éclairer l'arbre des causes. 

Le dérèglement climatique a une cause fondamentale. C'est cette connaissance qu'il est urgent de faire partager : la recherche effrénée du profit par l'usage inconsidéré et dévoyé des sciences et des techniques en portant atteinte aux conditions même de survie de l'humanité par leur usage et la surexploitation de la force de travail sans qui il n'y aurait de richesse – espace de réflexion familier et d'actions habituelles des militants dans le champ professionnel. 

Cela permet de reposer sur ces pieds – actualisation de cette fameuse dialectique de la nature – la question essentielle : croissance de la rente par le pillage ? Ou suppression de la rente et réaffectation des richesses, réorganisation des conditions de leur production pour leur plus grand nombre ? 

Parler de croissance zéro à des peuples qui crèvent de faim et de maladies est criminel, tout autant qu'une " décroissance " les laissant sur le carreau. Le figeage de cette croissance, ne pas s'attaquer aux conditions de production, la nature des richesses crées et leur réaffectation pose toujours cette même question.

Oxfam institut britannique de sondage nous confirme : 82 % de la richesse mondiale créée s'est retrouvée dans les poches des plus riches de la planète qui représentent 1 % de la population, alors que la moitié la plus pauvre de l'humanité (3,7 milliards de personnes) n'a rien reçu.

Cela permet de poser aussi la question des gâchis des moyens militaires pour en maintenir la production de cette forme corrompue de la richesse. Les dépenses militaires globales de la planète sont estimées à 1 739 milliards USD en 2017, soit 2,2 % du produit intérieur brut mondial et correspond à une dépense de 230 USD par habitant : un an de salaire moyen en Birmanie. La nature impérialiste du capital qui là aussi fabrique du dérèglement structurant celui du climat mettant en cause l'avenir vivant de la planète est brutalement posé. la aussi le "et puis" de J-E Ducoin indique les limites.

À partir de la nature de classe et du combat émancipateur pour s'affranchir de l'exploitation, un espace s'ouvre à l'exploration des voies autogestionnaires singulièrement à partir de l'expérience de ceux qui historiquement agissent là où se créent les richesses et donc leur nature, leur répartition pour quels usages. Ils posent à tous de façon renouvelée la question de l'alternative. 

La question d'un autre projet de société est alors possible et... largement partageable pour le mettre en chantier.

Anti capitaliste, il est donc, puisque seul à ainsi le  revendiquer, à se définir comme tel, un projet communiste. 

C'est aussi la démonstration que le projet communiste ne se pose pas comme le processus dans la durée d'un dépassement de l'existant, mais bien d'abord par un indispensable effet de seuil, une rupture impérative pour stopper les causes de la situation et donc l'abolition du rapport social d'exploitation. 

En cela les manifestants qui dénonçaient le capital ce 7 septembre sont consciemment ou pas en résonance avec les salariés qui se battent pour les services publics contre les gâchis écologiques de la rentabilité capitaliste pour une autre utilisation des richesses que seul le travail humain produit. 

Être Révolutionnaire, aujourd'hui n'est-ce pas mettre en consonance ces aspirations et énergies pour écrire une autre musique que la rengaine patronale, de ses factotums et chien de garde ? 

La Crise est telle que pour l'avenir de la planète, le communisme n'est pas " une question " mais " la réponse ".

Une réponse aussi urgente qu'attendue pour survivre pour les sociétés humaines du 21e siècle. Une réponse non pas assénée telles des tables d'une loi décrété d'essence divine ou issue des " think tank " des hors-sol, mais la construction émancipatrice renforcée par la part que pourra y prendre chaque membre de l'humanité.

Nous sommes loin des universités d'été d'entre convaincus, des débats de fin de gueuleton sur la Canebière ou des calculs de sauvegarde d'appareil...et c'est tant mieux.

 

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