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Corsisation, kéçako ?

Après le Vichy fraise,

un Vichy Casa ?

Corsisation, kéçako ?

Pour certains ce qui arrive à Ajaccio serait comme coup de tonnerre dans un ciel serein. 

La situation est suffisament grave pour que nous prenions le temps d'y regarder de plus près.

La Corse est-elle un territoire qui aurait miraculeusement échappée à toutes les saloperies du 20ème siècle et n'en garderait aucune scorie ? 

La Corse n’est pas historiquement un terrain vierge d’activistes d’extrême droite. Battus par le mouvement populaire certains de ses héritiers gravitant autour de sa bourgeoisie véritable canal historique, sauront via les bastions économiques que sont les chambres de commerce se reconvertir dans un nationalisme aux aspects modernistes masquant les vieux poncifs réactionnaires voire fascistes tels la corsisation des emplois ou le droit exclusif réservé aux Corses d’accéder au foncier.

L'extrême droite mise en sommeil par l'insurrection de 43 ne peut faire oublier qu'elle dispose de racines forte dans l'île. Le Chiappe ex-préfet de police de Paris élu à Paris et à Ajaccio. Il qui cotoie les ligues factieuses. sa mise à l'écart est à l'origine des manifs factieuse de février 1934. C'est d'une vielle famille ultraréac monarchiste ajaccienne. à sa mort il sera cité à l'ordre de la Nation par Pétain.  Si la Résistance peut aligner plus de 11 500 combattant, il y a doncaussi le coté d'en face et ses relais solidement implanté . Le nombre des victimes de la répression par dénonciation assure une forme sanglante de continuité territoriale.

Durant la guerre, ce n’est pas un secret que de rappeler les liens d’une partie de la réaction Corse fut avec l’OVRA* comme la milice le fut avec la Gestapo ,tout comme une autre partie ici plus massive sera liée à la Résistance.

Résistant de droite patriote, fasciste de droite irédentiste ou PPF, la Corse n’est pas hors champ de l’affrontement réac-républicain avec des cartes brouillées pour qui voudrait lire sans décodeurs. A l’image d’un Pasqua résistant quand on connait son parcours, de patriotes de droite et de socialisants qui joueront la carte Mussolini.

Par contre, l’épuration en Corse fut encore plus « magnanime » que sur le continent. Les fascistes réfugiés en Italie pour un grand nombre ne seront pour ainsi dire pas inquiété, quelques emprisonnés (peu de temps) en Algérie pour d’autres reviendront sans problèùme très vite au Bercail.

Une partie des Bonapartistes irriguait les réseaux mafieux et factieux, une autres (deux fers au feu) faisait des démonstrations de patriotisme.

S’il est notoire que massivement le peuple Corse rejette l’occupation italienne des signes de fractures sont visibles :

Plusieurs faits relevés par les historiens aident à y voir clair :

Lorsque début 40 des leaders du PPF (le parti de Doriot) viennent en Corse , ils ne réunissent en tout et pour tout, lors d'un meeting, qu'une trentaine de personnes.

Une image qui reflète bien le sentiment du préfet de région Balley, installé par Vichy, qui dans un courrier en date du 23 décembre 1941 écrit au sujet des Corses : 

« Les récentes mesures édictées contre les Juifs de la zone occupée ont soulevé un sentiment d'horreur peu propice à susciter chez les Corses un esprit de collaboration. »

Pour autant, un an plus tard :

« Le 11 novembre 1942, 85 000 soldats italiens débarquent en Corse. À ce moment-là, dans toutes les villes de l’île, de drôles de manifestations ont lieu. C’est notamment le cas à Bastia où, pour montrer soit son soutien à l’idéal défendu par Mussolini ou pour afficher son hostilité, les Bastiais rivalisent d’imagination. Ainsi ce jour-là, tous les bureaux de tabac de la ville sont pris d’assaut par les opposants à l’Italie fasciste et à son leader Benito Mussolini. Certains Bastiais ne vont pas y acheter des cigarettes, mais des sortes de pin’s avec la tête de Maure bien visible. Le message destiné aux troupes transalpines était clair : « Vous êtes en Corse et ce ne sera jamais l’Italie. » Les soldats défilent devant les terrasses des cafés largement occupées par ces « résistants ». Dans le même temps, cette fois-ci, les partisans d’une Corse italienne et des adeptes de la Collaboration avec l’occupant ont trouvé un autre moyen de signifier leur soutien sans faille au Duce. Ils accrochent, sur les fils à linge, lorsque les Italiens passent dans les rues, des chemises noires symbole des troupes les plus radicales du régime fasciste. Une manière de dire : « Vous êtes les bienvenus... » »

Hélène Chaubin, historienne, note dans ses travaux repris par l’ANACR de Corse du Sud :

« L'occupation italienne fut plus dure en Corse que sur le continent. À Breil (tribunaux militaires italien jugeant les Résistants) , les peines s’allégèrent sauf pour les FTP-MOI transalpins (encore 5 condamnations à mort le 22 août 1943) ; à Bastia, où il semble que le général Magli, qui ne transmettait pas les demandes de grâce, ait voulu un durcissement, on sait que Pierre Griffi fut exécuté le 18 août, Jean Nicoli, Michel Bozzi et Joseph Luiggi le 30 août. »

 

Concernant la Collaboration intellectuelle, elle précise :

La collaboration intellectuelle et la collaboration par l'écriture sont faciles à établir. En 1941 et en 1942, « Martinu Appinzapalu » était porté comme l'un des collaborateurs de la revue italienne Corsica Antica e Moderna. D'autres activités ne sont révélées que par les dossiers de l'épuration et de la Justice. Celui d'E.G. confirme les visites de dirigeants muvristes à la Villa Italia et au Chalet Bellevue où se tenaient les services de renseignement de l'occupant. Lui-même fréquentait aussi à Bastia la Caserne Marbeuf où avaient lieu les interrogatoires conduits par l'OVRA (12) et les carabiniers. Des témoignages de résistants confirment son comportement.

 

Dans sa thèse de doctorat, "Résistance(s) et société corse" Sylvain Gregori, peut noter qu'en 1942 :

"Il y a beaucoup de membres du PPF à Ajaccio et Corte mais un peu moins à Bastia. Dans la cité impériale, les jeunes bonapartistes issus de la bourgeoisie de la ville sont virulents. Le maire de l'époque Dominique Paoli, ultra-conservateur et réactionnaire, sera jugé à la Libération. Il envoie un message de félicitations à Mussolini quand il prend Addis-Abeba. En 1942, il promulgue un arrêté municipal qui interdit aux femmes le port du pantalon dans sa ville. Toujours à Ajaccio, Jean Fricker qui crée le groupe Collaboration, part avec une vingtaine d'hommes sur le front de l'Est dans la légion des volontaires français combattre aux côtés des Allemands. Il n'y restera pas longtemps. Quand il rentre, il est à la risée de tout Ajaccio. On retrouve également comme collaborateurs idéologiques, les Pétainistes ultras, issus eux de la droite locale."

J-L Paniccaci, qui dirige le Musée de la Résistance azuréenne (Réseau du Musée de la Résistance nationale) a soutenu une thèse de doctorat d’Histoire sur l’occupation italienne. Une présentation de sa thèse met avant :  

« L’auteur insiste sur la répression exercée par l’occupant transalpin à l’égard de la Résistance, et rapporte en détail nombre de cas de tortures opérées par l’OVRA (martyr de Fred Scamaroni à Ajaccio). » le VII° corps d’armée, 800 carabiniers et 8 bataillons de Chemises noires envahirent l’île. Ainsi commença une occupation de plus en plus pesante qui dura jusqu’au 8 septembre 1943.

Plusieurs camps d’internement avaient été ouverts où, sans jugement, pouvaient être détenues des personnes indésirables en raison de leurs convictions, pour les Corses, Prunelli-di-Fiumorbu et Albereto sur l’Ile d’Elbe.

 

Pour faire le tour  (si on peut dire) des corps constitués, un fait éclairant : Fred Scamaroni responsable du BCRA parachuté en Corse trahi, il est arrêté. Atrocement torturé, pour être sûr de ne pas parler, il se tranche la gorge avec un morceau de fil de fer. L'évêque d'Ajaccio refuse des obsèques religieuses à « l'inconnu qui s’était suicidé » il sera jeté enroulé dans une couvertre dans la fosse commune.

Après-guerre le cycle normal des cursus dans le monde des fonctionnaires de l’administration dont celle militaire et coloniale reprendra sa viteese de croisière : concours, engagement, mutation, promotion et prises de poste. de Hanoï à Basse Terre, de Papeete à Casablanca Tananarive ou Pointe-Noire.

C’est comme cela que le très nationaliste président de la région Corse qui arrive dans son fauteuil, comme le dit mon pote Roger sur ses pages « Jean-Guy Talamoni, président nationaliste de l'Assemblée de Corse, est né à Saumur d'une mère native du Maroc, certes française mais d'une famille originaire d’Espagne ».  Heureusement pour lui qu’à l’époque les emplois n’étaient pas saumurisés  et réservés « qu’aux nés natifs de » à l’époque, sinon…

Pas un secret non plus de rappeler comment une partie la plus fortunée des pieds noirs dont nombre d'ex membre de l'OAS ont investi la partie est de la Corse pour y installer des plantations et on fait venir (souvent clandestinement) de la main d’œuvre de pays d’Afrique du nord, mais surtout pas d’Algériens dès fois qu’ils reconnaissent des gens qui avaient un passé à blanchir (et en plus ils avaient gagné leur indépendance en bottant le cul à ces nouveau colons) et leur demande des comptes. C'est une des racines de leur cri de guerre "les arabes dehors"

Pas inutile de rappeler non plus comment la bourgeoisie Corse n'a de cesse de pourchasser le syndicalisme de lutte et de classe, de traquer la CGT pour installer les syndicats autonomistes qui agissent pour la privatisation des services publics, jouent en Corse le même rôle que la CFDT ici. Les Bergers se retrouvent.

Ces éléments permettent de percevoir ce qui se passe à Ajaccio. Pas besoin de candidature f-haine, ils ont la version locale d'implantée sur place. Avec la « corsisation des emplois » ou « le droit d’ancienneté pour accéder au foncier » l'emprise mafieuse sur l'économie, avec les Arturo UI de la clementines c’est l’instauration d’un droit du sang façon « Marine est là », antagonique aux valeurs du choix Révolutionnaire des Corses.

Cela renvoi à la critique ferme et juste des communistes de Corse (2015/12/corse-apres-les-menees-racistes-factieuses-de-noel.html) dénonçant les oripeaux réactionnaires et religieux du nouveau pouvoir régional qui entre en résonnance avec la pire des réactions établies et met en route des centaines de pogromistes vers les quartiers populaires pour en découdre, le préfet laissant ses troupes "se laisser déborder" pour mieux ensuite, patelin, interdire les manifestations revendicatives et syndicales.

Pour qui cela roule-t-il ? Pourquoi le Medef regarde-t-il d'un seul coup vers le ciel si bleu de l'Île de Beautée..

 

 

OVRA : ​Organizzazione per la Vigilanza e la Repressione dell'Antifascismo, la gestapo de Mussolini 

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