10 mai. C'est au passif de l'histoire de France

Publié le 10 Mai 2015

à l'actif du souffle révolutionaire

d'être du coté des abolinistes,

des anticolonialistes

10 mai. C'est au passif de l'histoire de France

Robespierre, 17 mai 1791, l'honneur de la République face au Barnave d'hier qui sont les Macron d'aujourd'hui :

 

« ...Dès le moment où dans un de vos décrets, vous aurez prononcé le mot esclaves, vous aurez prononcé et votre propre déshonneur et le renversement de votre Constitution.
Je me plains au nom de l’Assemblée elle-même, de ce que, non content d’obtenir d’elle tout ce qu’on désire, on veut encore la forcer à l’accorder d’une manière déshonorante pour elle et qui démente tous ses principes.
Si je pouvais soupçonner que, parmi les adversaires des hommes de couleurs, il se trouvât, quelque ennemi secret de la liberté et de la Constitution, je croirais que l’on a cherché à se ménager un moyen d’attaquer toujours avec succès vos décrets pour affaiblir vos principes, afin qu’on puisse vous dire un jour, quand il s’agira de l’intérêt direct de la métropole : vous nous alléguez sans cesse la Déclaration des droits de l’homme, les principes de la liberté, et vous y avez si peu cru vous-mêmes que vous avez décrété constitutionnellement l’esclavage. L’intérêt suprême de la nation et des colonies est que vous demeuriez libres et que vous ne renversiez pas de vos propres mains les bases de la liberté.
Périssent les colonies, s’il doit vous en coûter votre bonheur, votre gloire, votre liberté. Je le répète : périssent les colonies et les colons s’ils veulent, par des menaces, nous forcer à décréter ce qui convient le plus à leurs intérêts.
Je déclare au nom de l’Assemblée, au nom de ceux des membres de cette Assemblée qui ne veulent pas renverser la Constitution, au nom de la nation entière qui veut être libre, que nous ne sacrifierons aux députés des colonies, ni la nation, ni les colonies, ni l’humanité entière...

 

c'est le texte ci dessus qui conduit Canaille le Rouge à réaffirmer sa solidarité pour le combat mémoriel des descendants d'esclaves de la traites négrière, combat aussi juste que toutes les causes contre tous les servages, celui du commerce triangulaire étant institutionalisé, codifié, administré par ce qui sera le socle du capitalisme financier de la France et l'outil intéressé de sa révolution industrielle.

Voila pourquoi le texte qui suit reçoit le soutien de Canaille le Rouge qui souhaite un rebond pétitionnaire de la part de ses signataires.

Pour que l'hôtel Gaillard devienne un musée de l'esclavage

Le 10 mai 2015, François Hollande se trouvera en Guadeloupe pour commémorer leMémorial ACTe, consacrée à la mémoire de l'esclavage. Le bâtiment est très beau, et il y a lieu de se réjouir de cette circonstance, mais tous les Français n'auront pas les moyens de s'y rendre, et dans l'hexagone, il n'y a toujours pas de musée de l'esclavage. Nous avons un musée de la pipe, un musée de la cloche, un musée des papillons, un musée du talc, un musée du sel, un musée de la dentelle, nous avons même un musée Louis de Funès et 12 musées du sabot; soit 12 000 musées au total, mais toujours pas de musée consacré à la colonisation et à l'esclavage.

En 2006, Edouard Glissant avait remis à Dominique de Villepin un rapport de préfiguration sur un projet qui allait en ce sens, mais le dossier a été enterré. En 2012, Françoise Vergès, Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Marc Cheb Sun et Christiane Taubira avaient prolongé cette initiative en lançant un appel dans Libération. Sans réponse. En 2014, un vœu a été présenté au Conseil de Paris, demandant la mise en place d'un projet similaire, mais la mairie l'a écarté estimant que cela ne relevait pas de sa compétence, mais de celle de l'Etat. Bref, on tourne en rond.

Aux Etats-Unis, où il y eut au total moins d'esclaves qu'en France, on compte plus de 150 musées consacrés à l'esclavage et aux combats des afro-américains. Dans l'hexagone, alors même que vient de commencer la décennie des personnes d'ascendance africaine décrétée par l'ONU (mais dont personne en France ne parle apparemment), toujours rien. Aucun bâtiment ne semble prévu pour une pareille initiative. Quoique...

La cérémonie organisée chaque année le 10 mai par l'association des amis du général Dumas, en partenariat avec la mairie de Paris, se déroule place du Général Catroux, autrefois place des trois Dumas. Une statue érigée en 1913 avait été abattue par les collaborateurs en 1943. Le 10 mai 2015, le Premier Ministre et la maire de Paris s'y retrouveront autour de la sculpture aux chaînes brisées.

Sur cette place se trouve aussi l'hôtel Gaillard, qui appartient à la Banque de France. Classé en 1999, il n’est plus utilisé depuis des décennies. Aujourd'hui, il est censé devenir un « centre de l'économie et de la monnaie », projet porté par Marc-Olivier Strauss-Kahn, le frère de Dominique Strauss-Kahn. Mais cette initiative a suscité de nombreuses critiques quant aux valeurs qu'elle est censée porter, d'autant qu'il y a déjà un « hôtel de la monnaie » à Paris. En revanche, ce bâtiment de plus de 6000 m² pourrait être consacré à ce projet de musée, et cela paraît d'autant plus justifié quand on connaît l'histoire de l'institution.

Organisme privé au départ, la Banque de France est fondée en 1800, sous l'égide de Napoléon. Dès le début, la plupart des financiers, régents et censeurs qui lui apportent leur crédit « moral » et surtout financier sont des hommes d'affaires impliqués dans le commerce triangulaire.

C'est le cas par exemple d'Alexandre Barrillon (planteur à Saint-Domingue, qui lutte les armes à la main pour défendre l'esclavagisme lors de la révolte de 1791), de Journu-Auber(négrier militant pour le rétablissement de l'esclavage), de Guillaume Mallet "l'aîné" (qui possède 1086 actions dans la Compagnie des Indes). Jean-Frédéric Perregaux lui-même, qui est à l'origine de l'institution, et qui devient le premier président de la Banque de France, possède 200 actions dans la Compagnie des Indes. Bref, plus de trois quarts des financiers de la Banque de France, à commencer par son premier président, sont liés au commerce colonial et à la traite négrière.

Par ailleurs, c'est la Banque de France elle-même qui a finalement recueilli les fonds issus de la liquidation de la Compagnie des Indes lorsque celle-ci fut dissoute en 1793. En outre, c'est aussi la Banque de France qui a recueilli en 1848 l'héritage de la Banque de Bordeaux, elle-même créée par Pierre Balguerie et issue du commerce triangulaire. Enfin, pour couronner le tout, le premier siège de la Banque de France est l'hôtel Massiac, lieu de rencontre de la haute finance parisienne et siège historique du lobby des planteurs de Saint-Domingue. En d'autres termes, c'est l'esclavage qui a en bonne partie financé le capital initial de la Banque de France, et c'est la Banque de France qui a en bonne partie financé l'économie française depuis 200 ans.

Le 10 mai 2015, quand le Premier Ministre et la maire de Paris évoqueront la mémoire de l'esclavage, ils ne le savent peut-être pas encore, mais ils seront en face de l'institution financière centrale de ce pays, qui a tiré profit de l'esclavage. Tandis que par millions, des hommes et des femmes étaient assassinés en Afrique, tandis que d'autres étaient capturés, déportés, torturés, lacérés, déchirés, exploités aux Antilles, en Guyane ou à la Réunion, les fondateurs de la Banque de France prospéraient, radieux et béats sur leur magot sanglant.

Le 10 mai, nos responsables politiques pourront-ils sans mot dire regarder l'hôtel de la Banque de France qui sera face à eux? Et à l'inverse, les responsables de la Banque de France pourront-ils sans mot dire regarder la cérémonie se déroulant devant eux ? En tout cas, nous ne pouvons rester silencieux. Nous ne pouvons commémorer les victimes du crime contre l'humanité devant la Banque des bourreaux par le crime enrichis sans exiger que cet hôtel, qui symbolise l'horreur économique dans toute sa splendeur, devienne demain le lieu de la mémoire, de la dignité et de la réconciliation.

C'est pourquoi nous demandons au Premier Ministre et à la maire de Paris de s'engager ce 10 mai afin que l'hôtel Gaillard, payé grâce à la sueur et au sang des esclaves, devienne non pas un musée de la finance, mais bien plutôt le musée de l'esclavage et de la colonisation dont notre pays a tant besoin.

10 mai. C'est au passif de l'histoire de France

S'il fallait un texte pour appuyer cette démarche, Canaille le Rouge se retourne vers le grand Maximilllien.

Voici ce que tonait Robespierre à la tribune de l'assemblée le 2 décembre 1792. C'est bon pour lafrance continentale comme pour ses colonies :

"Citoyens, c’est à vous qu’est réservée la gloire de faire triompher les vrais principes, et de donner au monde des lois justes. Vous n’êtes point faits pour vous traîner servilement dans l’ornière des préjugés tyranniques, tracés par vos devanciers, ou plutôt vous commencez une nouvelle carrière où personne ne vous a devancés. Vous devez soumettre du moins à un examen sévère toutes les lois faites sous le despotisme royal, et sous les auspices de l’aristocratie nobiliaire, ecclésiastique ou bourgeoise ; et jusqu’ici, vous n’en avez point d’autres...

J’ai vu l’aristocratie accuser le peuple ; j’ai vu les intrigants hypocrites imputer leurs propres crimes aux défenseurs de la liberté qu’ils nommaient agitateurs et anarchistes ; j’ai vu un ministre impudent dont il n’était pas permis de soupçonner la vertu, exiger les adorations de la France en la ruinant, et du sein de ces criminelles intrigues, la tyrannie sortir armée de la loi martiale, pour se baigner légalement dans le sang des citoyens affamés. Des millions au ministre, dont il était défendu de lui demander compte, des primes qui tournaient au profit de sang-sues du peuple, la liberté indéfinie du commerce ; et des baïonnettes pour calmer les alarmes ou pour opprimer la faim, telle fut la politique vantée des nos premiers législateurs.

Les primes peuvent être discutées ; la liberté du commerce est nécessaire jusqu’au point où la cupidité homicide commence à en abuser ; l’usage des baïonnettes est une atrocité ; ce système est essentiellement incomplet parce qu’il ne porte point sur le véritable principe.

Les erreurs où on est tombé à cet égard me paraissent venir de deux causes principales :

1° Les auteurs de la théorie ( du libre marché)n’ont considéré les denrées les plus nécessaires à la vie que comme une marchandise ordinaire, et n’ont mis aucune différence entre le commerce du blé, par exemple, et celui de l’indigo ; ils ont plus disserté sur le commerce des grains, que sur la subsistance du peuple ; et faute d’avoir fait entrer cette donnée dans leurs calculs, ils ont fait une fausse application des principes évidents en général ;c’est ce mélange de vrai et de faux qui a donné quelque chose de spécieux à un système erroné.

2° Il l’ont bien moins encore adapté aux circonstances orageuses que les révolutions amènent ; et leur vague théorie fût-elle bonne dans les temps ordinaires, ne trouverait aucune application aux mesures instantanées, que les moments de crise peuvent exiger de nous. Ils ont compté pour beaucoup les profits des négociants ou des propriétaires, et la vie des hommes à-peu-près pour rien. Eh pourquoi ! c’étaient des grands, les ministres, les riches qui écrivaient, qui gouvernaient ; si ç’eût été le peuple, il est probable que ce système aurait reçu quelques modifications !

Le bon sens, par exemple, indique cette vérité, que les denrées qui ne tiennent pas aux besoins de la vie, peuvent être abandonnées aux spéculations les plus illimitées du commerçant mais la vie des hommes ne peut être soumise aux mêmes chances. Il n’est pas nécessaire que je puisse acheter de brillantes étoffes ; mais il faut que je sois assez riche pour acheter du pain, pour moi et pour mes enfants. Le négociant peut bien garder, dans ses magasins, les marchandises que le luxe et la vanité convoitent jusqu’à ce qu’il trouve le moment de les vendre au plus haut prix possible ; mais nul homme n’a le droit d’entasser des monceaux de blé, à côté de son semblable qui meurt de faim.

Quel est le premier objet de la société ? C’est de maintenir les droits imprescriptibles de l’homme. Quel est le premier de ces droits ? celui d’exister.

La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là ; la propriété n’a été instituée ou garantie que pour la cimenter ; c’est pour vivre d’abord que l’on a des propriétés. Il n’est pas vrai que la propriété puisse jamais être en opposition avec la subsistance des hommes.

Les aliments nécessaires à l’homme sont aussi sacrés que la vie elle-même. Tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propriété commune à la société entière. Il n’y a que l’excédent qui soit une propriété individuelle, et qui soit abandonné à l’industrie des commerçants. Toute spéculation mercantile que je fais aux dépens de la vie de mon semblable n’est point un trafic, c’est un brigandage et un fratricide.

D’après ce principe, quel est le problême à résoudre en matière de législation sur les subsistances ? le voici : assurer à tous les membres de la société la jouissance de la portion des fruits de la terre qui est nécessaire à leur existence ; aux propriétaires ou aux cultivateurs le prix de leur insdutrie, et livrer le superflu à la liberté du commerce.

Je défie le plus scrupuleux défenseur de la propriété de contester ces principes, à moins de déclarer ouvertement qu’il entend par ce mot le droit de dépouiller et d’assassiner ses semblables. Comment donc a-t-on pu prétendre que toute espèce de gêne, ou plutôt que toute règle sur la vente du blé était une atteinte à la propriété, et déguiser ce système barbare sous le nom spécieux de la liberté du commerce ?...

Sans doute si tous les hommes étaient justes et vertueux ; si jamais la cupidité n’était tentée de dévorer la substance du peuple ; si dociles à la voix de la raison et de la nature, tous les riches se regardaient comme les économes de la société, ou comme les frères du pauvre, on pourrait ne reconnaître d’autre loi que la liberté la plus illimitée ; mais s’il est vrai que l’avarice peut spéculer sur la misère, et la tyrannie elle-même sur le désespoir du peuple ; s’il est vrai que toutes les passions déclarent la guerre à l’humanité souffrante, pourquoi les lois ne réprimeraient-elle pas ces abus ? Pourquoi n’arrêteraient-elles pas la main homicide du monopoleur, comme celle de l’assassin ordinaire ? pourquoi ne s’occuperaient-elles pas de l’existence du peuple, après s’être si long-tems occupées des jouissances des grands, et de la puissance des despotes ?

Or, quels sont les moyens de réprimer ces abus ? On prétend qu’ils sont impraticables ; je soutiens qu’ils sont aussi simples qu’infaillibles ; on prétend qu’ils offrent un problême insoluble, même au génie ; je soutiens qu’ils ne présentent au moins aucune difficulté au bon sens et à la bonne foi ; je soutiens qu’ils ne blessent ni l’intérêt du commerce, ni les droits de la propriété.

Que la circulation dans toute l’étendue de la république soit protégée ; mais que l’on prenne les précautions nécessaires pour que la circulation ait lieu. C’est précisément du défaut de circulation que je me plains. Car le fléau du peuple, la source de la disette, ce sont les obstacles mis à la circulation, sous le prétexte de la rendre illimitée. La subsistance publique circule-t-elle, lorsque des spéculateurs avides la retiennent entassée dans leurs greniers ? Circule-t-elle, lorsqu’elle est accumulée dans les mains d’un petit nombre de millionnaires qui l’enlèvent au commerce, pour la rendre plus précieuse et plus rare ; qui calculent froidement combien de familles doivent périr avant que la denrée ait atteint le temps fixé par leur atroce avarice ? Circule-t-elle, lorsqu’elle ne fait que traverser les contrées qui l’ont produite, aux yeux des citoyens indigents qui éprouvent le supplice de Tantale, pour aller s’engloutir dans le gouffre inconnu de quelque entrepreneur de la disette publique ? Circule-t-elle, lorsqu’à côté des plus abondantes récoltes le citoyen nécessiteux languit, faute de pouvoir donner une pièce d’or, ou un morceau de papier assez précieux pour en obtenir une parcelle ?

La circulation est celle qui met la denrée de première nécessité à la portée de tous les hommes, et qui porte dans les chaumières l’abondance et la vie. Le sang circule-t-il, lorsqu’il est engorgé dans le cerveau ou dans la poitrine ? Il circule, lorsqu’il coule librement dans tous le corps ; les subsistances sont le sang du peuple, et leur libre circulation n’est pas moins nécessaire à la santé du corps social, que celle du sang à la vie du corps humain. Favorisez donc la libre circulation des grains, en empêchant tous les engorgements funestes. Trois causes les favorisent, le secret, la liberté sans frein, et la certitude de l’impunité.

Le secret, lorsque chacun peut cacher la quantité de subsistances publiques dont il prive la société entière ; lorsqu’il peut frauduleusement les faire disparaître et les transporter, soit dans les pays étrangers, soit dans les magasins de l’intérieur... Quel est le bon citoyen qui peut se plaindre d’être obligé d’agir avec loyauté et au grand jour ? A qui les ténèbres sont-elles nécessaires si ce n’est aux accapareurs et aux frippons ? D’ailleurs, ne vous ai-je pas prouvé que la société avait le droit de réclamer la portion qui est nécessaire à la subsistance des citoyens ? Que dis-je ? c’est le plus sacré des devoirs. Comment donc les lois nécessaires pour en assurer l’exercice seraient-elles injustes ?

J’ai dit que les autres causes des opérations désastreuses du monopole, étaient la liberté indéfinie et l’impunité. Quel moyen plus sûr d’encourager la cupidité et de la dégager de toute espèce de frein, que de poser en principe que la loi n’a pas même le droit de la surveiller, de lui imposer les plus légères entraves ? Que la seule règle qui lui soit prescrite c’est le pouvoir de tout oser impunément ? Que dis-je ? Tel est le degré de perfection auquel cette théorie a été portée, qu’il est presqu’établi que les accapareurs sont impeccables ; que les monopoleurs sont les bienfaits de l’humanité ; que, dans les querelles qui s’élèvent entr’eux et le peuple, c’est le peuple qui a toujours tort. Ou bien le crime du monopole est impossible, ou il est réel ; si c’est une chimère, comment est-il arrivé que de tout tems on ait cru à cette chimère ? Pourquoi avons-nous éprouvé ses ravages dès les premiers tems de notre révolution ? Pourquoi des rapports non-suspects, et des faits incontestables, nous dénoncent-ils ses coupables manoeuvres ? S’il est réel, par quel étrange privilège obtient-il seul le droit d’être protégé ? Quelles bornes les vampires impitoyables qui spéculeraient sur la misère publique, mettraient-ils à leurs attentats, si, à toute espèce de réclamation, on opposait sans cesse des baïonnettes et l’ordre absolu de croire à la pureté et à la bienfaisance de tous les accapareurs ? La liberté indéfinie n’est autre chose que l’excuse, la sauvegarde et la cause de cet abus. Comment pourrait-elle en être le remède ? De quoi se plaint-on ? précisément des maux qu’a produits le système actuel, ou du moins des maux qu’il n’a pas pu prévenir ? et quel remède nous propose-t-on ? Le système actuel. Je vous dénonce les assassins du peuple, et vous répondez : laissez les faire. Dans ce système, tout est contre la société ; tout est en faveur des marchands de grains.

C’est ici, législateurs, que toute votre sagesse et toute votre circonspection son nécessaires. Un tel sujet est toujours délicat à traiter ; il est dangereux de redoubler les alarmes du peuple, et de paraître même autoriser son mécontentement. Il est plus dangereux encore de taire la vérité, et de se dissimuler les principes. Mais, si vous voulez les suivre, tous les inconvéniens disparaissent : les principes seuls peuvent tarir la source du mal.

Je sais bien que quand on examine les circonstances de telle émeute particulière, excitée par la disette réelle ou factice des blés, on reconnaît quelquefois l’influence d’une cause étrangère. L’ambition et l’intrigue ont besoin de susciter des troubles : quelquefois, ce sont ces mêmes hommes qui excitent le peuple, pour trouver le prétexte de l’égorger, et pour rendre la liberté même terrible, aux yeux des hommes faibles et égoïstes. Mais il n’en est pas moins vrai que le peuple est naturellement droit et paisible ; il est toujours guidé par une intention pure ; les malveillants ne peuvent le remuer, s’ils ne lui présentent un motif puissant et légitime à ses yeux. Ils profitent de son mécontentement plus qu’ils ne le font naître ; et quand ils le portent à des démarches inconsidérées, par le prétexte des subsistances, ce n’est que parce qu’il est disposé à recevoir ses impressions, par l’oppression et par la misère. Jamais un peuple heureux ne fut un peuple turbulent. Quiconque connaît les hommes, quiconque connaît surtout le peuple français, sait qu’il n’est pas au pouvoir d’un insensé ou d’un mauvais citoyen, de le soulever sans aucune raison, contre les lois qu’il aime, encore moins contre les mandataires qu’il a choisis, et contre la liberté qu’il a conquise. C’est à ses représentants à lui témoigner la confiance qu’il leur donne lui-même, et de déconcerter la malveillance aristocratique, en soulageant ses besoins, et en calmant ses alarmes.

Les alarmes même des citoyens doivent être respectées. Comment les calmer, si vous restez dans l’inaction ? Les mesures même qu’on propose, ne fussent-elles pas aussi nécessaires que nous le pensons, il suffit qu’il les désire, il suffit qu’elles prouvent à ses yeux votre attachement à ses intérêts, pour vous déterminer à les adopter. J’ai déjà indiqué quelle était la nature et l’esprit de ces lois, je me contenterai ici de demander la priorité pour les projets de décrets qui proposent des précautions contre le monopole, en me réservant de proposer des modifications, si elle est adoptée. J’ai déjà prouvé que ces mesures et les principes sur lesquels elles sont fondées, étaient nécessaires au peuple. Je vais prouver qu’elles sont utiles aux riches et à tous les propriétaires.

Je ne leur ôte aucun profit honnête, aucune propriété légitime ; je ne leur ôte que le droit d’attenter à celle d’autrui ; je ne détruis point le commerce, mais le brigandage du monopoleur ; je ne les condamner qu’à la peine de laisser vivre leur semblables. Or, rien, sans doute, ne peut leur être plus avantageux ; le plus grand service que le législateur puisse rendre aux hommes, c’est de les forcer à être honnêtes gens. Le plus grand intérêt de l’homme n’est pas d’amasser des trésors, et la pus douce propriété n’est point de dévorer la subsistance de cent familles infortunées. Le plaisir de soulager ses semblables, et la gloire de servir sa patrie, valent bien ce déplorable avantage.

A quoi peut servir aux spéculateurs les plus avides, la liberté indéfinie de leur odieux trafic ? à être, ou opprimés, ou oppresseurs. Cette dernière destinée, sur-tout, est affreuse. Riches, égoïstes, sachez prévoir et prévenir d’avance les résultats terribles de la lutte de l’orgueil et des passions lâches contre la justice et contre l’humanité. Que l’exemple des nobles et des rois vous instruise. Apprenez à goûter les charmes de l’égalité et les délices de la vertu ; ou du moins contentez-vous des avantages que la fortune vous donne, et laissez au peuple, du pain, du travail et des moeurs.

C’est en vain que les ennemis de la liberté s’agitent pour déchirer le sein de leur patrie ; ils n’arrêteront pas plus le cours de la raison humaine, que celui du soleil ; la lâcheté ne triomphera point du courage ; c’est au génie de l’intrigue à fuir devant le génie de la liberté. Et vous, législateurs, souvenez-vous, que vous n’êtes point les représentans d’une caste privilégiées, mais ceux du peuple français, n’oubliez pas que la source de l’ordre, c’est la justice ; que le plus sûr garant de la tranquillité publique, c’est le bonheur des citoyens, et que les longues convulsions qui déchirent les Etats ne sont que le combat des préjugés contre les principes, de l’égoïsme contre l’intérêt général ; de l’orgueil et des passions des hommes puissants, contre les droits et contre les besoins des faibles.

"

Amis et (ou ) camarade qui partage ce texte, prends garde à toi, tu es à coup sûr atteint par cette maladie incurable dès lors qu'elle est ancrée dans ton coeur encrée dans ta raison : tu es communiste.

Gardes bien grandes ouverte les portes pour que d'autres y entrent  et pour laisser s'enfuir chez les Barnave de 2015 ceux qui ont oublié le contenu des déclarations de Robespierre en 1792.

Rédigé par Canaille Lerouge

Publié dans #politique, #esclavage, #révolution

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