Syndicats, lutte de classe, et collu-collisions.

Publié le 29 Novembre 2014

Août 1914

Novembre 2014

carte postale avec légende prémonitoire

carte postale avec légende prémonitoire

 

L'actualité syndicale, pour peu qu'on fasse effort de mettre en liens et perspectives des faits au premier abord traitant de thèmes différents permet à la fois d'y voir plus clair sur les enjeux du moment et d'éviter des impasses qui comme toutes impasses ne servent que ceux qui balisent le chemin pour y accéder.

Sur la toile, d'autres que Canaille le Rouge (dont Roger cette semaine sur ses p@ges http://www.le-blog-de-roger-colombier.com/)  ont dit ce qu'il fallait penser de la persistance de la campagne médiatique ciblant la direction de la CGT.

Pour traiter de  la question, histoire de faire dans l'originalité, La Canaille va l'aborder par le prisme des travaux sur le Syndicalisme durant la première  Guerre Mondiale.

Ayant assisté à la première journée du colloque à l'Hôtel de Ville  et ayant échangé avec des participants à la seconde ou présents à la totalité des travaux, des indications fortes pour aujourd'hui  peuvent avec grand intérêt y être puisées.

Mais d'abord un point qui n'est pas de détail sur les "affaires internes".  Le fait que des fuites organisées se produisent dans une période où devant une offensive sans précédent du capital contre le travail, offensive bénéficiant d'une union sacrée autour des valeurs du, et l'assistance au, capital, fait de l'émergence de cette campagne, ses origines au regard des questions des choix d'orientation, tout sauf une coïncidence.

Ces vapeurs méphitiques à débit calibré et dirigés n'arrivent pas hors des stratégies antisyndicales travaillées par les outils idéologiques et pratiques du Capital dès lors que cela permet de déplacer le débat  du champ des stratégies de lutte à celui de la protection ou pas de l'appareil d'une organisation, le syndicat, qui reste l'obstacle majeur pour le capital. Le grand timonier du Medef (pour parler comme parlait Kessler avant qu'il ne vire sa cuti) vient de la rappeler en annonçant vouloir s'affranchir des normes du BIT. L'attaque contre la CGT au travers de sa direction (Troie, son cheval ou Roncevaux et Ganelon  compris) participe de la vieille stratégie de rassembler l'ennemi dans la forteresse assiégée ou le passage périlleux pour mieux quadriller la campagne.

En cela les metteurs au point de la machine à jeyseriser les bruits se recrutent objectivement dans le camp de ceux qui ne veulent pas que la question des orientations puisse être mise en débat parce qu'ils militent d'abord pour un syndicalisme d'accompagnement et refusent de se coltiner à la dure réalité de l'affrontement de classe.

Si ceux qui organisent fuites et autres bruit de couloirs voulaient un débat de fond,  ils useraient d'autres moyens que la rumeur autour d'épiphénomène alors que le vrai débat demande autre chose que des vibrations d'un air plus ou moins vicié dans la VMC du complexe confédéral.

Quel rapport avec le colloque sur le syndicalisme en 14-18 ?

Des contributions tant des universitaires que des syndicalistes, du nord au sud, venant de  toutes les professions ont fait entendre une petite musique tout à fait décapante et nouvelle, différente des partitions imprimées depuis un siècle. Doux concert aux oreilles de La Canaille.

Une musique qui peut se solfier ainsi : Alors que le discours officiel fait du 2 aout 1914 la date d'un basculement de toute la CGT dans l'union Sacrée, à partir des archives  professionnelles, celles la presse nationale ou régionale pourtant sous le contrôle de la censure, les archives administratives ou de la police, fleurit  un autre paysage.

Ce qui émerge des contributions et discussions, c'est ceci : "certes la CGT a massivement sombrée dans l'union sacrée mais" …

Mais quoi ?  Mais, ceci : si on regarde ici, ou là, ou là encore et encore par ici ou par là : Dans le Nord en Bourgogne, dans le midi, à l'ouest, à Marseille, à Paris, ce n'est pas pareil. Si on fait de même au travers des professions, chez les métallos, dans la construction, chez les cheminots, malgré la mobilisation, dans le textile les filatures, les mineurs, les enseignants, et combien d'autres, ouvrières, ouvriers mobilisés ou pas sur le lieu de l'économie de guerre, dès le printemps 1915 (c'est-à-dire moins de temps que pour s'extraire d'un "état de grâce socialiste") éclatent des luttes,  voire des grèves, puissantes, malgré une direction de la CGT vitrifiée dans ses choix.

Des foyers d'agitations multiples, avec des mouvements long et fort en 1916, qui grondent de partout au printemps 1917 même dans les zones proches du front.

Des entreprises où les ouvriers et ouvrières même quand on envoit l'armée pour les contenir, sans succès, des travailleurs (beaucoup de travailleruses) qui exigent des réponses à leur revendications sociales (salaires, durée du travail, maintien des acquis statutaires et (ou) conventionnels. Des actions majoritaires et souvent largement qui  posent les questions de la nature de la guerre et l'exigence  Paix.  

Non le syndicalisme n'est pas dans sa globalité tombé dans l'union sacrée et, dès passée la sidération de la mobilisation, la classe ouvrière  ne s'est pas résignée.

Ce colloque qui ne prévoyait pas cette issue démontre dans les faits l'isolement de Jouhaux et des socialistes d'alors, partis avec baggages laissant les armes aux autres se réfugier dans les gouvernements d'union sacrée tandis que les salarié(e)s, malgrés états de guerre, mobilisations, première fusillades pour l'exemple,  fondent,  structurent et agrègent  des syndicats CGT et surtout s'en servent.

En témoignent les réactions du patronat (qui mesure le danger et s'organise en conséquence en renforçant l'UIMM, poussant le CGPF). Témoignages aussi des archives de la police montrant la profondeur du rejet de la guerre et de fait, la déconnection  de la direction de la CGT par rapport à la montée d'une salutaire houle revendicative qui conduira à l'émergence des comités syndicalistes révolutionnaires puis après la guerre à la CGTU . Toutes formes de luttes jusqu'à ce jour considérées comme mineures et pour cela mémoriellement  marginalisées. La masse des rebelles c'est là qu'iols se trouvent.

Quel lien entre aout 1914 et novembre 2014 ?

- Dis nous La Canaille, pourquoi  nous faire voyager dans cette traversée d'un siècle ?

-Pour cela : 

La mobilisation générale fut un fait d'alors, pas une rumeur.  Mais c'est la rumeur qui aujourd'hui mobilise largement et est généralement porté par les mêmes qui il y a un siècle ne vivaient que pour sabrer de l'ouvrier et pour fusiller du rouge  pour éviter de poser la question de fond de la guerre impérialiste, pour qui et comment elle est organisée par ceux qui ne la font pas.

D'autant que si ceux qui font circuler bruits, rumeurs et autres le faisaient pour ce vrai débat, les organisations de terrain de la CGT aux prises avec les forces conservatrices dans le champ social et politique leur feraient une "caisse de résonnance" autrement efficace que la question du M2 de parquet.

Qu'ils choisissent le ras du sol plutôt que les idées circonscrit le champ de leurs objectifs. Il ne s'agit pas pour eux de questions sur le déploiement de l'action revendicative mais de "règlements de compte à OK corral" entre gens partageant des choix avec ceux qu'ils prétendent combattre pour tenir le bureau du shérif, le saloon et la banque.

Cela laisse hors champ la question centrale des objectifs de luttes qui par ailleurs demandent d'être mis à plat. Les trois élections professionnelles de cette semaine – après les cheminots et les conditions de leur isolement dans leurs luttes- chez Orange, à la RATP, la CCAS, avant le 4 décembre doivent dans ce cadre servir de signal à ceux disposés à l'entendre.

Pourtant, nos sonneurs de cors aux pieds alimentent consciemment ce faux débat, l'attisent et veulent tout sauf que les syndiqués s'emparent des vraies questions.

Par ce moyen ils participent à l'affaiblissement des potentialités de lutte et renforcent une ligne contestable au vu de son bilan et dont la légitimité pourtant ne peut être contestée hors d'instances statutaires. Débats statutaires qui mettraient dans la lumière les visés mais aussi les viseurs, au bilan à mesurer à l'aune des avancées obtenues,  par ce qu'ils auront impulsé pour l'action revendicative.

Est-ce cela qu'ils portent ?

Avis de Canaille le Rouge; ils montrent ainsi leur vrais options et participent à détourner  les syndiqués du débat indispensable au moment où rien n'est plus urgent que de s'organiser pour combattre le capital et ses affidés réformistes présents dans tout l'espace social … y compris (et ceci explique peut-être cela) jusque dans certains espaces de directions dans la CGT.

Éclairage d'hier  et réflexion pour aujourd'hui : en dernier ressort et contrairement aux idées aussi fausses que martelées, la réalité du syndicalisme et singulièrement celle de la CGT ne se vit pas, ne se mesure pas  qu'autour des réunions de son bureau confédéral. Celui-ci,  construit dans une logique hors des syndicats engageant la responsabilité des sortant et devant les pousser à se taire, est à l'image des affrontements  entre les forces qui veulent intégrer la classe ouvrière aux objectifs du capital, des gardiens de sinécures et de ceux , qu'ils parlent s'ils existent, qui veulent en finir avec le capital.

De 1914 à 1919, c'est la force des luttes revendicative qui trace la ligne de front dans ce débat (preuve si besoin là encore que "ce sont les masses qui font l'histoire"). De même que Jouhaux en 1915 était dans la CGT sous le feu de l'accusation d'avoir, avec l'entrée dans l'union sacrée, négocié  les conditions de sa mobilisation …sur l'arrière et sa sortie des risques du front, pousse à des analogies sur l'attention envers les dirigeants portée par "l'establishment" et des considérations extérieures au besoin d'organisation des luttes, 

Cela laisse du temps pour certains pour explorer les devis de plomberie ou coût du mètre linéaire de goulottes électriques, temps qui n'est pas utilisée  pour aller dans les entreprises pour aider les salariés à s'organiser. Cela renvoie à cette guerre de l'arrière mobilisant la totalité des acteurs qui s'affrontent dans les salles d'états-majors et sont inconnus sur les premières lignes qui vient par ce colloque de l'IHS CGT d'être particulièrement bien éclairé. 

Recontextualisées aujourd'hui, ces situations peuvent montrer (litote) des mobilisations de directions syndicales en arrière de la ligne de crête de l'affrontement de classe.

Il est vrai que la recherche des devis sur le prix des poignées de portes et l'exploration des annuaires pour savoir à qui les envoyer usent plus d'énergie que rassembler pour dénoncer le gouvernement et le patronat qu'il sert, pour dénoncer les organisations et dirigeants qui pactisent avec le capital.

À un siècle de distance, des situations différentes mais des constantes dans la nature des réponses à construire.

Rédigé par Canaille Lerouge

Publié dans #syndicalisme, #lutte de classe, #histoire, #actualité, #cgt

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