Faire quelque chose, hier. Mais aujourd'hui ? Et si on essayait ?

Publié le 3 Février 2014

 

 

On laisse le pavé à la réaction ?

ou on fait quelque chose ?

La cloche muette du Mont Valérien (Pascal Convert)

La cloche muette du Mont Valérien (Pascal Convert)

 

 

Faire quelque chose, hier. 

 

Le titre d'un film de Vincent Goubet qui raconte comment il y a ¾ de siècle des femmes et des hommes ont un jour décidé de ne pas supporter l'insupportable.

 

Canaille le Rouge reprend ici une idée qu'il a déjà avancée mais qu'il est bien décidé à ne pas lâcher : la question n'est pas de savoir ce que nous aurions fait à l'époque à leur place mais de savoir ce qu'ils feraient aujourd'hui.

 

Aujourd'hui ? Il n'y a rien à faire ? Cela ne doit-il pas pousser chacun de nous à voir comment faire quelque chose ?  

 

Les corps francs de la réaction tentent de tenir le pavé de nos villes.

 

Combien de fois, et avec une crédibilité à chaque fois réduite par l'inertie en terme de riposte, les républicains opposants à la prise de la rue par l'extrême droite vont-ils la laisser se pavaner sans réagir.

 

Or, Souci, pas marginal, souci, sur le fond ; doit-on attendre que ceux qui jusqu'à ce jour par habitude délégataire décidaient de ce que nous devions faire sortent de leur léthargie ou bien chacun se prend par la main et décide de faire quelque chose ?

 

Quand on parle de querelles byzantines, cela fait sourire et chacun y va de son couplet sur le sexe des anges.

 

En 2014, nos cupidono-sexologues s'affairent autour des urnes et surtout des sièges : Et qu'on s'engueule pour les municipales et qu'on traficote pour les régionales et que je te négocie les entres deux tours avant le premier. 

 

Le tabouret vous dit la canaille, le tabouret : garder le siège en se fichant des dossiers.

 

Et pendant cela, comme lames sur les côtes atlantiques, la marée brune tape sur les murs de la République.  Pendant ce temps là nos hors-sol non seulement ne prennent pas d'initiative mais font comme si rien n'était.

 

C'est Mélenchon qui s'invective avec Bové par blog interposé, c'est Laurent qui se balade en Aquitaine, le NPA qui est aux abonnés absents. Lepaon qui rencontre le CRIF, Berger qui doit débattre avec Blummollet pendant que Désir fait pleurer Filoche à la Mutu. Le MRAP, l'UJRE, qui sont occupés ailleurs. La LDH s'indigne.

 

Pendant ce temps la vicomtesse anti-avortement embarque ses hordes bénites encadrées par les croix celtiques et les fachos qui les portent pour aller casser la gueule d'abord aux journalistes, premiers à leur tomber sous la main,  hurler la haine bavante "les juifs dehors", accompagnés, la mine réjouie, de quelques mômes qui se dieudonisent à la vitesse voulue par une société qui les abandonne.

 

Calendrier à venir ? Pas de manif, aucune initiative antiraciste, antifasciste de prévue. Le f-haine qui pourtant n'arrive pas à monter ses listes attend patiemment son heure, mais dans les salons ou les voitures de première classe des TGV qui sillonnent le pays, dans les avions officiels ou prêtés par des patrons qui ainsi renvoient l'ascenseur, on parle "élections" ; ce sexe des anges de 2014.

 

Alors voilà.

Puisque personne ne veut prendre d'initiative, Canaille le Rouge en met une en débat :

 

Il y a 70 ans, le 21 février 1944 (notez la date) au fort du Mont-Valérien les nazis exécutent trois lycéens résistants du lycée Anatole-Le-Braz de Saint-Brieuc,

 

Georges Geffroy (né le 21 octobre 1925),

Pierre Le Cornec (né le 25 août 1925), et

Yves Salaün (né le 19 novembre 1925)

Ils ont été condamnés à mort le 11 février 1944 

 

Ce même jour, dans ce terrible dernier voyage, ils seront les compagnons de Missak Manouchian et ses camarades des Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée, ceux de l'Affiche Rouge, fusillés en même temps qu'eux.

 

Celestino Alfonso , Espagnol, 27 ans

Joseph Boczov , Hongrois, 38 ans - Ingénieur chimiste

Georges Cloarec, Français, 20 ans

Rino Della Negra, Italien, 19 ans

Thomas Elek,  Hongrois, 18 ans - Étudiant

Maurice Fingercwajg,  Polonais, 19 ans

Spartaco Fontano , Italien, 22 ans

Jonas Geduldig, Polonais, 26 ans

Emeric Glasz, Hongrois, 42 ans - Ouvrier métallurgiste

Léon Goldberg, Polonais, 19 ans

Szlama Grzywacz , Polonais, 34 ans

Stanislas Kubacki, Polonais, 36 ans

Césare Luccarini, Italien, 22 ans

Missak Manouchian , Arménien, 37 ans

Armenak Arpen Manoukian, Arménien, 44 ans

Marcel Rayman, Polonais, 21 ans

Roger Rouxel, Français, 18 ans

Antoine Salvadori, Italien, 24 ans

Willy Schapiro, Polonais, 29 ans

Amédéo Usséglio, Italien, 32 ans

Wolf Wajsbrot , Polonais, 18 ans

Robert Witchitz , Français, 19 ans

 

Tous éxécutés par les nazis après avoir été torturés puis livrés par la police de la collaboration.

 

Ceux qui défilaient hier se revendique ouvertement de la filiation des bourreaux pour nombre d'entre eux et de leurs auxiliaires pour tous.

 

Pour la mémoire et contre les idées des héritiers des bourreaux des années 40.

 

Faire quelque chose en 2014.

 

Quelque chose qui témoigne pour le 21 février 44 et montre notre colère de février 2014.

 

Nous avons trois semaines pour mettre la poudre  et l'allumer.

 

Faire que sa préparation s'étende et rebondisse, qu'elle soit ce mouvement citoyen de protestation des démocrates pour se cristaliser là où chacun se trouve à un moment le 21 février.

 

Les formes ? A débattre.

Une proposition certainement naïve (mais attention, agir vite. Pas de commission, scéance de brain storming ou autre, nous sommes des républicains, pas des cupidono-sexologues).

 

Si dans chaque lieu public, gare, port et aéroport, bureau de poste, métro, autobus, commerce, CAF, pôle emploi. Dans la rue, cours de lycée, amphithéâtre, restau U, en tout lieu, à 11h00 ou 13 h00 on stoppe tout. 

 

Une grève civique, citoyenne. Au total deux ou trois minutes . Ceux qui voudront la réprimer afficheront leur camp.

 

Décidé par le syndicat, l'association, dans le bureau, le service, l'atelier, la classe, au pied de son escalier ou autour de la machine à café. Avec quelques collègues on éteint la machine, l'ordi, que le clavier s'arrête.

 

On stoppe la voiture et met ses feux de détresse.

 

La France fait silence, en mémoire. Puis se fait entendre pour dire non.

 

Qu'au bout de cette première minute, on klaxonne, applaudit, chante, on fait du bruit à faire vibrer la France pour donner une visibilité et sonorité à un geste qui fait signe et se répond.

 

Pour le proposer et se compter autour de soi dans la préparation, tracts, affichettes, papillons comme il y a 70 ans et nos outils d'aujourd'hui : Tags, vidéo, réseau sociaux, internet, intranet qui ensuite seront muet durant ce moment.

 

Que notre immobilisation mette la société en mouvement que notre colère froide, silencieuse fasse du bruit.

 

Peut-être qu'en plus, sait-on jamais, nos cupidono-sexologues se rendront compte qu'il peut se passer des choses sans eux.

 

Comme cette idée est complètement folle, raison de plus pour l'essayer. A chacun d'en décider et de la populariser. Canaille le rouge n'en est pas propriétaire.

 

Dès que mise en ligne elle appartient à ceux qui la trouve séduisante et veulent la faire vivre et réussir.

 

Contre la haine, contre les idées brunes et glauques, montrer au monde, obliger les hors sol à regardez et écouter la France.

 

Imposer à la réaction le contre pouvoir de la démocratie portée par son peuple dans toute sa diversité qui lui dit non, qui va ainsi lui imposer de se taire.

 

« De si loin qu’on se souvînt, la vie avait cette couleur d’habitude qui emprunte aux tournantes saisons ses nuances et fait aux hommes une marée d’humeurs qui varie avec le soleil et le vent.

De si loin qu’on se souvînt, il y avait des familles de pêcheurs, des chasseurs habiles à tirer au vol les plumes dans le ciel et la bête des taillis débusquant, et des artisans qui, de père en fils, se transmettaient les secrets du bois, savaient courber le fer, tresser l’osier ; il y en avait qui se crevaient pour d’autres ; et l’on voyait passer sur des chevaux habillés d’étranges étoffes des dames et des seigneurs qui parlaient un langage difficile à suivre, non tant à cause de la vitesse de leurs coursiers que pour les idées de bizarrerie nées dans leurs maisons trop grandes (…) »

Louis Aragon, La Diane française 1944

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