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De Tunis au Caire en passant par Tripoli via la City, Ryad, et Paris- Neuilly

Le Caire, quelle piste d'analyse ? D'abord regarder "nos" propres commentateurs

 

Ceux qui haïssent l’idée de révolution se reconnaissent à la forme de leurs œillères entretenant une imagerie peu subtile : ils aiment Mirabeau et le serment du jeu de paume mais exècrent St Just et Robespierre. S’ils admettent timidement février 17, ils stigmatisent Octobre en comptant leurs emprunts russes, haïssent Nasser devant leurs coupons du canal de Suez, et aujourd’hui même mort éructent contre Chavez. Ils aiment le Castro de 1957 mais cherchent depuis 55 ans à assassiner celui de la prise de La Havane et du progrès social au cœur des Caraïbes comme ils s’affranchissent du droit international pour intimider Morales.

 

Cela sous-tend une idée jamais exprimée clairement mais qui sue sa haine à travers les titres de la presse quotidienne et les magazines pour prendre ensuite le relais dans les livres d’histoire :

Quand « on » tire sur le peuple c’est pour rétablir l’Ordre et pour cela tous les tenants de l’Ordre même parfois en mesurant quelques regrets trouvent le mal nécessaire.

Quand le dit peuple en ayant plus qu’assez de se faire tirer dessus tire à son tour sur les tenants de l’ordre ancien, c’est au mieux un dérapage inadmissible, voire l’arrivée d’une dictature communiste à mettre en quarantaine et à faire disparaitre au plus vite. Et là, le Figaro n'est pas seul à pisser de la copie.

 

Les déclinaisons sont variables : Une guérilla plus ou moins narco trafiquante dans la jungle amazonienne est qualifiée de marxiste et, rebond recherché, condamne d’emblée comme complices tous ceux qui proposent de prendre l’analyse de Marx pour examiner et transformer le monde. C’est la méthode Guetta sur France inter qui aura ses dérivées régionales contemporaines à propos de Kadhafi ou Assad après Saddam Hussein.

 

Si un démocrate est assassiné en Tunisie par un des partisans de l’ordre moral qui refuse toute transformation le mettant en cause, partisans bien en cour parmi les tenants de notre Ordre général (qui ici donne des ailes à un Gattaz), ce n’est pas un partisan de la réaction libérale qui tue mais ; joker ; un « salafiste », en oubliant évidement de préciser que si salafiste il y a, il est de la même eau que ceux qui ont été aidés puissamment par la France en Libye, du même tonneau (continuité de la république depuis le Troll de Neuilly à Blummollet d’aujourd'hui) que ceux de Syrie et qui sont tous armés et financés par les décapiteurs de Ryad ou des émirats si bien en cour à Paris avant et après mai 2012.

 

Quand le peuple exige en masse l’arrestation des coupables et dénonce les complicités, c’est le peuple qui est considéré comme menaçant ; la presse de ce jour en témoigne.

 

Cela n’est pas réservé qu’à l’export : un fasciste assassine un démocrate à Paris, c’est une bagarre de rue. Des travailleurs viennent demander des comptes à leur patrons ce sont des hordes qui déferlent. Quand le dit patron anéanti la vie économique sociale d’une région c’est pour préserver l’entreprise mais qu'un pays exproprie les compagnies pétrolières qui pillent ses richesses, c’est un crime contre le droit de propriété.

 

Ce n’est pas circonscrit  au rapport politiques et sociaux entre peuples et états mais au-delà des politiques étatiques et équilibres géopolitiques bien instillé jusque dans les ressorts de l’analyse des faits de société : un conducteur de train est éventuellement impliqué dans une catastrophe ferroviaire ayant fait plus de 70 morts ? en prison. Un patron de labo pharmaceutique à coup sûr impliqué dans quelques centaines de fois plus de morts pour arrondir ses profits ? C’est la légion d’honneur et les méandres d’une procédure qui le laisse en liberté et jouir des milliards payés par la mort des autres. Pour ne rien dire de la grande vadrouille affairiste d’un Tapie ou des affaires des fourriers de guerre du genre Haliburton.

 

Quand dans ces contextes tumultueux se déclenchent des épisodes plus ou moins  révolutionnaires, si "on" en reste à Mirabeau pas de bobo mais si un peuple s’empare des rennes de son pays, là, c’est la mobilisation générale. De Brunswick à Guantanamo en passant par Caracas ou St Petersburg, du massacre de Wounded Knee  à Ouvéa via Sétif ou Madagascar, de Mi- Lay en Oradour ou Hiroshima, ils font bloc derrière les assassins avant éventuellement de prendre un peu de distance selon qui sort gagnant.

 

C‘est ainsi que les mêmes qui ont salué le départ de Ben Ali ou Moubarak devenus encombrant et leur remplacement par des dominicains torquemadesques du coran sont saisis d’épouvante à l'idée de la possibilité de voir le peuple avec les armes dont usent leur bourreaux chercher à chasser les inquisiteurs.

 

Avec l’argument de la légitimité électorale, hypocrisie totale des experts en coup tordus, légitimité qui est celle qui justifiait de laisser les mains libres à Hitler selon les mêmes (histoire plus que contestable oubliant le coup de force organisé par le capital allemand) avec celui arrivé en tête il y a juste 80 ans.

 

Les mêmes qui n'ont pas ce genre d'états d'âmes quand il leur faut épauler un Pinochet, un Suharto ou un Orban après fait un glacis protecteur pour conserver Franco.

 

Ils donnent des leçons aux peuples dont ils ont empêché durant des décennies sous toutes les latitudes à travers toutes les longitudes, à coups de canonnières,  l’accès à la souveraineté.

 

Voir les dirigeants  génocidaires des pays colonisateurs donner aux ex ou néocolonisés des leçons de droit de l’homme en la matière est aux confins de l’obscénité et de la suffisance. Surtout quand on se rappelle de qui les frères musulmans sont les marionnettes, qui historiquement tire les ficelles.

 

Et bien non la révolution n’est pas la résolution au tableau noir d’une équation chimique dont on cherche à équilibrer les termes pour arriver à une nouvelle stabilité mais bien un processus parfois très exothermique, le plus souvent très  instable, et dont la mise en commun des composants peut être éminemment conflictuelle et d’autant plus exothermique que les forces du capital et de l’obscurantisme résistent aux exigences populaires.

 

Les mêmes qui laissaient faire les tyrans appellent à la modération voire expriment condamnation. Ils sont disqualifiés, qu’ils se taisent.

 

Aujourd’hui l’armée française fait la police en Afrique subsaharienne, la tunisienne surveille voire intimide le peuple en deuil et en colère. L’armée égyptienne oscille entre jouer sa propre carte et se mettre du côté du peuple. Les commentateurs officiels de ce côté-ci de la méditerranée exprime spontanément plus de sympathies pour celle qui a accueillis Blummollet avec les honneurs dus à l’ancienne puissance coloniale que pour celle qui refuse les intégristes (après pourtant un long temps avoir flirté avec les Frères Musulman qui cachaient leur fond fasciste derrière un modernisme livré clés en main par les conseillers US, ceux de Ryad voir du Pakistan). Ce qui ne fait pas de cette armée et encore moins de la police égyptienne une force progressiste loin s’en faut.

 

La crise du capital qui secoue la planète, ses causes, fabriquent de la colère et poussent à la recherche d’issues dont les détenteurs et hommes de main du capital savent qu’ils en feront les frais. Ce n’est que justice.

 

Quand le peuple décide de reprendre la main pour définir son destin, ceux qui se mettent en travers connaissent les risques d’autant mieux qu’ils ont été le plus souvent (en fait quasiment constamment) ceux qui exerçaient contre celui-ci la violence qui conduit les foules à réagir.

 

D’où la brutalité des interventions impérialistes « préventives » et ses guerres pour imposer son ordre économique et social, d’où les réactions populaires qui sont parfois à la mesure de ce que le peuple subit.

 

Quand les damnés de la terre arrivent à se lever, les foules esclaves décident de rester debout.

 

En Egypte, singularité d’une union particulière il s’agit de la petite bourgeoisie, de catégories intellectuelles attachées à la révolution de 1952 qui disposent toujours d’une influence (certes non prépondérente) au sein de l’armée, les syndicats ouvriers et toutes les forces de la société civile laïque. Autre singularité égyptienne, l’armée et la police qui se dressent contre les « frères » sont les mêmes qui ont réprimé et laissé réprimer les grèves de Suez, du Caire ou d'Alexandrie, traduit les grévistes devant des tribunaux d’exception ? Ne pas avoir cela en tête fait courir à de graves erreurs d’appréciation.

 

Plus que jamais, ici comme partout, primauté au mouvement populaire. Canaille le Rouge est décidément plus du côté de Robespierre que de Mirabeau, de Vallès que des Goncourt, campé sur Octobre, toujours aux côtés de Cuba contre les bordéleux de Miami, du coté de l'ouvrier du textile egyptien ou des conserverie tunisienne.

 

Cela s’appelle avoir une vision de classe. A lire ceux qui s’expriment dans la presse officielle quotidienne dite progressiste qui ramènent les évènements à un « simple affrontement entre la police et pro Morsi », c’est une denrée rare. Outre l’édito de S. Halimi dans le Diplo qui participe à l’indispensable éclairage plus équilibré des faits Monde-diplomatique.S Halimi, La Canaille vous met en lien la page du Blog e S. Nony snony.poison-mortel ses infos et coups de projecteur sont des plus affutés et aident à éclaircir la reflexion.

 

 

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PLR 15/08/2013 12:10

Egypte: plus de 460 morts après la dispersion des pro-Morsi. Faut-il avoir des états d'âme ?

Canaille le Rouge 15/08/2013 12:42

Une actualisation est en cours qui ne retire rien à la réalité de la situation de base et la réalité de l'affrontement jusqu'à dans le camp impérialiste, actualisation bientôt en ligne.